2021 sera un challenge pour l’emploi en France

2021 sera un challenge pour l’emploi en France

La baisse de l’emploi est restée modérée en France au quatrième trimestre, malgré le confinement. Une bonne nouvelle, qui n’efface malheureusement pas des perspectives dégradées pour le marché du travail en 2021.

Bonne nouvelle

Une bonne nouvelle malgré un mauvais chiffre. En ces temps économiques compliqués, où l’on manque de superlatifs pour décrire l’ampleur exceptionnelle du choc que nous vivons, certaines données peuvent surprendre positivement malgré un chiffre affiché négatif. C’était le cas la semaine passée du PIB français, qui avait diminué de « seulement » 1.3% en glissement trimestriel au quatrième trimestre 2020, contre une anticipation de repli de 4%.

C’est également le cas avec les chiffres d’emploi pour le quatrième trimestre publiés ce matin par l’INSEE. Sur le quatrième trimestre, l’emploi en France a diminué de « seulement » 0.2% par rapport au trimestre précédent. Cette chute est beaucoup moins importante que celles qui avaient été observées pendant le premier semestre 2020 (-2.5% t/t au T1 et -0.8% t/t au T2). Et surtout, la légère baisse du T4 ne vient pas effacer le fort rebond observé au T3. Sur le dernier trimestre 2020, 39 600 emplois privés ont été détruits en France, après la forte création de 312 400 emplois au troisième trimestre. Cette évolution moins défavorable que prévue est à mettre sur le compte de l’intérim, qui a poursuivi son redressement dynamique, de l’agriculture et de la construction. Malgré le confinement en place en novembre, ces trois sous-secteurs ont créé des emplois au quatrième trimestre.

Le choc économique du coronavirus a conduit le secteur privé français à détruire 360 500 emplois sur l’année 2020, soit une baisse de 1.8% de l’emploi privé total sur un an. C’est beaucoup moins que les 600 000 emplois détruits que prévoyait l’INSEE à la mi-décembre. En comparaison avec l’ampleur de la baisse du PIB (-8.3% sur l’année), ces données montrent une remarquable stabilité de l’emploi en 2020. Cela s’explique évidemment par les mesures de soutien à l’emploi qui ont été prises pendant la crise, notamment le dispositif de chômage partiel. Selon la Dares, 3.1 millions de salariés ont été en chômage partiel en novembre et 2.4 millions en décembre (contre 8.4 millions durant le pic du mois d’avril). D’une façon assez remarquable, certains secteurs ont même créé des emplois au cours de l’année 2020. L’emploi privé dans le secteur de la construction a ainsi augmenté de 1.4% par rapport à avant la crise.

Et pour la suite ?

Malgré cette bonne nouvelle, les perspectives pour l’emploi ne sont pas des plus réjouissantes pour la suite. Tant que la crise sanitaire perdure et que des restrictions sanitaires sont imposées, le dispositif de chômage partiel sera maintenu, soutenant le marché du travail et limitant fortement les destructions d’emplois.

Néanmoins, une fois la reprise économique engagée, la disparition progressive des dispositifs de soutien conduira inexorablement à une diminution de l’emploi de salariés. C’est donc au moment où la situation économique s’améliora que le marché du travail risque de subir un contrecoup. L’ampleur du contrecoup dépendra de la façon dont les dispositifs de soutien, chômage partiel mais aussi prêts garanti par l’Etat et fonds de solidarité, seront progressivement abandonnés. Abandonner ces dispositifs de la manière la plus douce possible pour le marché du travail, tout en veillant à ne pas maintenir artificiellement pendant une période trop longue des emplois qui n’ont aucune chance de perdurer après la fin de la crise sanitaire, est l’un des défis principaux des autorités pour 2021, non seulement en France, mais aussi dans l’ensemble de l’Europe.

Nous estimons que les conséquences de la crise sanitaire vont conduire l’emploi en France à se détériorer en 2021 par rapport à 2020. Pour l’emploi, 2021 sera donc plus difficile que 2020. Nous prévoyons ensuite une amélioration pour 2022 grâce à la reprise économique. Un retour au niveau d’emploi qui prévalait avant la crise n’est pas envisagé avant fin 2023.