Un accord...pour discuter l'accord du Brexit

Un accord…pour discuter l’accord du Brexit

 L’ING Eco, votre rendez-vous hebdo, vous propose un résumé des dernières actualités macroéconomiques, grâce aux experts d’ING Belgique.

États-Unis – Marché du travail toujours solide

Les données macroéconomiques étaient, la semaine dernière, centrées sur le marché du travail américain. L’enquête ADP avait déjà, en milieu de semaine, annoncé un rapport sur l’emploi solide en novembre. Ceci a été confirmé vendredi. L’économie américaine a été capable de « produire » encore 228.000 nouveaux emplois nets en novembre. Les chiffres des mois précédents n’ont que marginalement été revus. On notera également que l’emploi privé se porte bien (+221.000 emplois). Le taux de chômage quant à lui reste stable à 4,1%, c’est-à-dire à un niveau particulièrement faible. Le taux de participation au marché du travail reste lui aussi stable à 62,7%. Il pourrait certainement encore augmenter de manière à permettre des augmentations supplémentaires de l’emploi malgré un taux de chômage très faible.

L’évolution des salaires était évidemment très attendue, compte tenu de son importance pour la dynamique future du chômage. Avec une hausse de 2,5% sur un an, les salaires horaires progressent certes (+2,3% en octobre) mais il en faudra encore un peu plus pour convaincre les marchés de la nécessité, pour la Fed, de continuer à faire progresser ses taux directeurs. Pour notre part, nous restons convaincus que les marchés sous-estiment la dynamique future de l’inflation.

On notera par ailleurs que l’indice de confiance des consommateurs mesuré par l’université du Michigan s’est un peu dégradé en décembre, passant de 98,5 à 96,8. La composante liée aux prévisions des consommateurs est responsable de ce repli, alors que la composante liée aux conditions actuelles a encore progressé.

De même, il faut noté le léger repli de l’indice ISM du secteur non manufacturier en novembre, passant de 60,1 à 57,4. Pour l’instant, nous ne considérons pas ces replis comme alarmant. L’ensemble des indicateurs de confiance restent à des niveaux élevés.

Zone euro – Troisième trimestre solide

Les détails des chiffres du PIB au troisième trimestre révèlent que la croissance économique (+0,6% QoQ) est imputable à l’investissement (+1,1% QoQ) et, dans une moindre mesure, à la consommation des ménages (+0,3%). La bonne santé de la demande domestique est une bonne nouvelle, dans la mesure où cela signifie que les très bons niveaux de confiance reflétés dans les enquêtes se traduisent aussi par une évolution positive de l’activité économique.

On notera cependant que les ventes au détail se sont nettement repliées en octobre en zone euro (-1,1% MoM). Dès lors, elles ne progressent que de 0,4% sur un an alors qu’elles étaient encore en progression de 4% le mois précédent. Cela pourrait avoir un impact sur la croissance de la consommation des ménages au quatrième trimestre, mais il est encore trop tôt pour parler de mauvaise performance.

Un accord…pour discuter l’accord du Brexit

« Il y a un accord sur le Brexit ! » Certains médias se sont un peu emmêlés les pinceaux sur l’accord intervenu en fin de semaine dernière. Mais ils ont raison sur le fait qu’une étape importante semble avoir été franchie.

L’accord de la semaine dernière porte en fait sur les conditions préliminaires à toute discussion commerciale entre le Royaume-Uni (R-U) et l’Union européenne (UE). Sur les trois dossiers préliminaires, un accord semble en effet avoir été trouvé : concernant les droits des citoyens européens au R-U et ceux des citoyens britanniques en Europe, il a été convenu que les personnes concernées, leurs enfants et leur partenaire pourront rester là où ils sont. Cependant, les tribunaux britanniques prévaudront sur les règles européennes pour les personnes sur le sol britannique. Dans des cas spécifiques, il pourra être fait appel à la Cour européenne de justice pendant 8 ans après le Brexit.

Concernant la frontière irlandaise, un accord a également été conclu. L’ensemble du R-U, en ce compris l’Irlande du nord, quittera bien l’union douanière. Ceci étant, il est aussi garanti qu’il n’y aura pas de frontière « dure » avec l’Irlande. Les modalités du maintien d’une frontière « souple » restent cependant peu claires.

La question des engagements financiers du R-U envers l’UE était enfin le morceau de choix des négociations. L’accord n’indique pas de montant précis. Cependant, il y a un accord sur la méthodologie de calcul des engagements, qui pourraient atteindre jusqu’à 50 milliards GBP. Le R-U s’engage également à payer sa quote-part au budget européen en 2019 et 2020. On notera enfin que l’accord porte également sur d’autres domaines, comme la coopération nucléaire ou en matière de sécurité.

Les négociateurs peuvent donc à présent se concentrer sur la deuxième phase des négociations qui doit donner lieu à un accord sur les futures relations commerciales entre l’UE et le R-U. Il faudra choisir parmi les trois scénarios suivants : (i) un scénario « à la norvégienne » où le R-U aurait accès au marché unique européen sans pour autant avoir son mot à dire ou (ii) un scénario à la canadienne où l’UE et le R-U négocieraient un accord commercial qui leur est propre. Notons au passage que la négociation d’un accord « à la canadienne » est nettement plus compliquée et chronophage. Enfin, (iii) si les négociateurs ne parviennent pas à se mettre d’accord sur l’un de ces deux scénarios, les relations commerciales seraient régies par les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

L’issue de cette deuxième phase aura d’importantes conséquences sur l’économie britannique à long terme. En revanche, à court terme, c’est avant tout l’incertitude liée au statut actuel du Brexit qui pèse sur leur économie.

L’article 50 ayant été enclenché en mars 2017, le R-U doit quitter l’UE le 29 mars 2019. Compte tenu de la masse de points à aborder, il semble improbable qu’un accord « à la canadienne » soit trouvé pour la fin de l’année 2018. Or, seul un accord bouclé avant la fin de l’année prochaine laisserait assez de temps aux parlements nationaux et régionaux pour ratifier l’accord conclu avant que le « divorce » ne soit prononcé fin mars 2019. Ceci dit, les négociateurs pourraient se mettre d’accord sur une phase de transition débutant fin mars 2019, ce qui leur permettrait d’éviter de tomber par défaut sous le régime de l’OMC.

Tout porte à penser que l’on parviendra au moins à cet accord formel sur la période de transition, tant il est crucial pour l’économie britannique. Ceci étant, il faudrait que cet accord soit atteint avant fin mars 2018. En effet, une enquête du CBI (l’équivalent britannique de la FEB) suggère que 60% des entreprises déclencheraient leur plan d’urgence si un accord transitionnel n’était pas trouvé d’ici là.

Les entreprises industrielles lanceraient alors un mouvement de relocalisation en dehors du R-U alors que les investisseurs financiers diminueraient drastiquement leurs positions en GBP. Dans ce cas de figure, la fuite des capitaux conjointe à une balance commerciale historiquement déficitaire devrait accentuer la dépréciation de la Livre Sterling et logiquement conduire à une hausse de l’inflation. La Bank of England ferait face au dilemme suivant : remonter les taux pour tempérer l’inflation, alors que l’économie serait loin d’être au beau fixe.

En revanche, un accord transitionnel pourrait donner lieu à un tout autre scénario. Les relations entre l’UE et le R-U ne seraient pas rompues et cela donnerait confiance aux ménages et aux entreprises. Il en résulterait un regain de leur activité économique couplée à une remontée des taux (afin de tempérer l’inflation) et vraisemblablement en une Livre Sterling plus forte.

Du point de vue de l’euro, ces 2 scénarios ne sont pas conséquences. Nos prévisions sont fondées sur l’existence d’un accord et d’une période de transition. Ceci signifie que l’absence d’accord aurait non seulement comme conséquence d’affaiblir le GBP mais pourrait aussi être dommageable pour l’euro face aux autres devises.