Un accord, mais pas la fin de la guerre commerciale

Un accord, mais pas la fin de la guerre commerciale

États-Unis : Les consommateurs sont toujours confiants

Les récentes données économiques américaines ont été relativement médiocres, signe d’un ralentissement économique. Les indices ISM manufacturier et non manufacturier sont en chute libre, la confiance des petites entreprises (NFIB) est au plus bas depuis que Donald Trump est devenu président et la croissance de l’emploi et des salaires semblent ralentir. Malgré cela, il semble que les consommateurs restent optimistes. L’indice de confiance des consommateurs de l’Université du Michigan a ainsi atteint son plus haut niveau en trois mois en octobre (96), ce qui suggère que les ménages sont toujours prêts à dépenser. Par ailleurs, l’inflation globale des prix à la consommation s’est établie à 1,7% en septembre, alors que l’inflation sous-jacente (qui ne tient pas compte des prix volatiles de l’énergie et de l’alimentation) était de 2,4%. Ce sont des données importantes car il y avait une crainte de hausse des pressions inflationnistes après trois augmentations de l’inflation de 0,3% mom. Si la reprise s’était poursuivie, cela aurait pu être perçu comme une contrainte pour les futures mesures de relance de la Fed. Par ailleurs, les anticipations d’inflation des consommateurs ont atteint leur point le plus bas, à 2,2% pour un horizon de 5 à 10 ans. En conséquence, la FED continuera probablement à réduire ses taux dans les prochains mois.

Zone euro : La production industrielle n’est pas en forme

En France, la production industrielle a reculé de 0,9% en août, impliquant que sa croissance sera probablement négative sur l’ensemble du Q3, après deux bons trimestres. Après avoir bien résisté pendant plusieurs mois, il semble donc que le secteur industriel français n’échappe plus à la morosité industrielle européenne. En Italie, après s’être contractée à la fois en juin et en juillet, la production industrielle a affiché une légère augmentation de 0,3% mom en août, tandis que la mesure corrigée des effets calendriers, mieux adaptée pour suivre la tendance, a enregistré une autre contraction de 1,8% mom. Le faible rebond de la production italienne ne devrait pas, à notre avis, marquer le début d’un redressement. Les données de septembre sur la confiance indiquent en effet une nouvelle faiblesse et nous tablons toujours sur une croissance nulle du PIB italien en 2019. La production industrielle allemande a augmenté de manière inattendue de 0,3% en août. Néanmoins, cela ne signifie pas que les perspectives se sont améliorées. Avec la chute des commandes à l’exportation, il est évident que l’industrie allemande reste extrêmement sensible à l’évolution de la guerre commerciale. Les récents événements sont donc de mauvais augure, l’OMC permettant aux États-Unis d’imposer 7,5 milliards d’euros de droits de douane sur les produits européens afin de compenser les subventions illégales reçues par Airbus. Ces tarifs entreront en vigueur dès le 18 octobre. Dans le même temps, les États-Unis pourraient encore décider en novembre d’imposer des droits de douane sur les voitures européennes, ce qui serait particulièrement préjudiciable à l’industrie allemande. Il semble donc qu’une reprise économique en Allemagne dépendra de la politique budgétaire, celle-ci pouvant booster la croissance si elle devenait accommodante.

Royaume-Uni : L’économie souffre

L’estimation mensuelle du PIB britannique indique que celui-ci s’est contracté au mois d’août, de 0,1% (après +0,4% en juillet, révisée à la hausse). Une grande partie de la faiblesse est centrée sur l’investissement. Il semble que l’incertitude entourant le Brexit et l’activité économique mondiale rend les entreprises réticentes à se développer, tandis que les préparatifs en vue d’une éventuelle sortie sans accord le 31 octobre conduisent à une réduction du temps et des ressources alloués aux projets d’investissement potentiels. Heureusement, l’activité des consommateurs continue de croître, même si la confiance reste relativement déprimée. La croissance économique devrait donc rester modeste pour le reste de l’année, avec une moyenne de 0,2 à 0,3% par trimestre.

Un accord, mais pas la fin de la guerre commerciale

Les négociateurs chinois et américains ont conclu un « mini-accord » vendredi dernier. En quoi consiste-t-il ? Est-il le début d’une trève commerciale globale ? C’est l’occasion de faire le point sur les derniers développements de la guerre commerciale et sur les perspectives.

La guerre commerciale s’est empirée ces derniers mois

Depuis le mois de mai 2019, il y a eu une véritable escalade dans la guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis. Alors que les deux pays étaient en train de négocier début mai, le Président Trump avait décidé d’augmenter les droits de douane de 10% à 25% sur 200 miliards d’importations de produits chinois. La Chine avait ensuite repliqué en augmentant ses droits de douane sur 36 milliards de dollars d’importations de produits américains. Par la suite, en août, juste après un nouveau cycle de négociations, les Etats-Unis avait décidé de mettre en place des droits de douane supplémentaires de 15% sur les produits chinois pas encore taxés (représentant 300 miliards de dollars), avec une entrée en vigueur début septembre sur les 112 premiers miliards de biens (en autre sur des vêtements et chaussures) et le 15 décembre pour le reste (en autre sur des jouets et des objets électroniques). La Chine a alors rétorqué en adoptant des droits de douane supplémentaires sur 75 milliards de dollars d’importations américaines, dont des voitures. Cela a poussé D. Trump à augmenter les droits de douane de 25% à 30% sur 250 milliards de dollars de marchandises chinoises à compter du mois d’octobre. Finalement, une petite détente des relations a eu lieu en septembre, quand la Chine a décidé d’exclure 16 produits américains de la liste des produits taxés et quand les Etats-Unis ont reporté de 15 jours une augmentation de tarifs précédemment décidée.

Au final, si l’ensemble des hausses tarifaires annoncées sont effectivement implémentées, les mois d’été auront été le théâtre d’une sérieuse augmentation des droits de douane. Ceux-ci atteignent désormais des niveaux historiquement élevés. Selon les estimations de l’institut PIIE1, 97% des importations américaines de biens chinois et 69% des importations chinoises de biens américains sont désormais taxés. En deux ans, les droits de douane moyens sur les importations américaines de produits chinois ont augmenté de 3,1% à 26,6%, tandis que les droits de douane chinois sur les importations en provenance des Etats-Unis ont augmenté de 8% à 25,1% en moyenne (voir graphique). Quand on sait que la Chine applique des droits moyens de 6,7% pour les biens en provenance des autres pays, il devient assez clair que la guerre commerciale a profondément modifié les flux de commerce dans le monde.

Un mini-accord, et puis quoi ?

Le vendredi 11 octobre, les Etats-Unis et la Chine ont signé un accord commercial partiel, mais les deux pays sont loin d’avoir réglé tous les problèmes. En effet, les engagements formels pris par les deux pays sont faibles : la Chine a décidé d’importer de 40 à 50 milliards de dollars de produits agricoles américains, tandis que les Etats-Unis ont renoncé à la hausse précédemment décidée de 25% à 30% des tarifs douaniers sur 250 milliards d’importations en provenance de Chine. Pour le reste, il n’y a pas d’accord. Toutes les hausses tarifaires récentes restent en place, y compris la hausse prévue pour décembre. Il n’y a pas d’accord non plus sur le transfert forcé de technologies d’entreprises occidentales à des partenaires chinois dans des coentreprises. Et il n’existe pas d’accord sur la manière de mettre un terme au prétendu vol de propriété intellectuelle.

Malgré l’optimisme affiché par les dirigeants des deux pays quant aux chances de parvenir à un accord lors la deuxième et de la troisième phase des négociations, ce mini-accord laisse pour le moment beaucoup de questions ouvertes. En conséquent, il est peu probable que celui-ci supprime toute l’incertitude, liée à la guerre commerciale, qui afflige le climat des affaires et déprime actuellement la production et les investissements dans le secteur manufacturier du monde entier. Il faudra un beaucoup plus grand accord avant que les tensions commerciales ne cessent de tourmenter les entreprises et les marchés mondiaux.

Ceci étant, on ne peut nier que ce mini-accord est un pas dans la bonne direction. Nous continuons de penser qu’un accord plus global sera conclu entre les Etats-Unis et la Chine au premier trimestre 2020, principalement car D. Trump en a besoin pour sa campagne électorale en vue des élections présidentielles de novembre 2020.

L’objectif est-il atteint ?

Le but de Donald Trump en lançant la guerre commerciale était l’amélioration de la balance commerciale américaine, principalement avec la Chine. D’une certaine manière, on peut dire que les droits de douane ont fait leur travail. Les importations en provenance de Chine ayant fortement chuté, le déficit des six premiers mois de 2019 a été réduit de 11% par rapport au premier semestre de 2018. Le problème est que les déficits avec les autres pays étant en augmentation, le déficit commercial total des États-Unis reste obstinément en place. En effet, il apparait que les importations en provenance de Chine sont loin d’être toutes remplacées par la production américaine, les américains important désormais davantage en provenance d’autres pays comme le Vietnam. Cela montre bien que le déficit commercial des Etats-Unis provient surtout du niveau excessif des dépenses, qui dépasse la production nationale, et que D.Trump a contribué à stimuler en réduisant fortement les impôts. Si l’économie américaine continue de ralentir, le déficit pourrait diminuer quelque peu, car les dépenses ont tendance à se réduire en période de ralentissement économique. Mais le ralentissement dans les autres pays fait aussi baisser les exportations. Dès lors, il est clair qu’une réduction structurelle du déficit nécessite que le gouvernement américain dépense moins ou limite la croissance des dépenses privées en augmentant les impôts. Et c’est plutôt compliqué à mettre en place en période électorale…
 


1. https://www.piie.com/blogs/trade-investment-policy-watch/trump-trade-war-china-date-guide