Allemagne: fin de l'incertitude politique?

Allemagne: fin de l’incertitude politique?

 L’ING Eco, votre rendez-vous hebdo, vous propose un résumé des dernières actualités macroéconomiques, grâce aux experts d’ING Belgique.

États-Unis – Soupçon d’inflation?

Les indicateurs de confiance se sont un peu repliés en décembre aux Etats-Unis. On savait déjà qu’il en était ainsi des indicateurs de confiance des consommateurs. Il en va de même de l’indice NFIB du moral des chefs de petites entreprises, qui est passé de 107,5 en novembre à 104,9 en décembre, alors que le consensus tablait plutôt sur une légère hausse de l’indicateur. A ce stade, il ne faut pas être particulièrement alerté par ce repli. Il faut aussi se rappeler que l’enquête a probablement été réalisée avant la signature de la réforme fiscale.

En matière d’évolution des prix, les signaux restent contradictoires : l’indice des prix à la consommation, qui permet de mesurer l’inflation, est en hausse de 2,1% sur un an en décembre, contre 2,2% en novembre. Il tendrait donc à indiquer des tensions inflationnistes plus faibles. Ceci dit, l’indice des prix à la consommation excluant les biens alimentaires et l’énergie donne le signal inverse : il est effectivement en hausse de 1,8% sur un an en décembre contre 1,7% en novembre. Nous restons cependant convaincu que petit à petit, l’inflation va faire son retour aux Etats-Unis, ce qui incitera la banque centrale américaine à poursuivre la normalisation des taux. Elle devrait ainsi procéder à 3 nouvelles hausses de taux cette année.

On notera enfin que sur le marché du travail, les demandes initiales d’entrée en chômage ont augmenté durant la semaine se terminant le 6 janvier (261.000 contre 250.000 la semaine précédente). Ce chiffre reste néanmoins très faible et compte tenu de la volatilité « naturelle » de cette série, nous n’y voyons pas de dégradation particulière du marché du travail.

Zone euro – Quand l’emploi va, tout va…

La bonne santé de l’économie de la zone euro, qui s’est une fois de plus marquée en décembre par de nouvelles hausses des indices de confiance, se traduit aussi et surtout par des créations d’emplois et une baisse du taux de chômage qui a atteint 8,7% en novembre (8,8% le mois précédent). Lentement mais surement, le taux de chômage retrouve donc des niveaux plus rassurants, bien que toujours, à ce stade, compatible avec un taux d’inflation très faible.

A ce titre, les « minutes » de la dernière réunion en date de la banque centrale européenne révèlent que pour la première fois, le Governing Council a évoqué l’idée de « risques à la hausse » concernant les perspectives de croissance. Par contre, le conseil n’est toujours pas convaincu d’un retour imminent de l’inflation. Ceci devrait déboucher sur une politique monétaire toujours très accommodante, faite de la combinaison d’un assouplissement quantitatif (à raison de 30 milliards € /mois à partir de ce mois de janvier) et de taux maintenu à leur niveau actuel, soit -40 bp pour le taux des facilités de dépôts.

Enfin, il semble que l’Allemagne se dirige vers un accord de formation d’un gouvernement entre la CDU/ CSU de M. Merkel et le SPD (voir topic).

Allemagne : fin de l’incertitude politique ?

En Allemagne, les sociaux-démocrates (SPD) et les chrétiens-démocrates (CDU/CSU) sont parvenus à un accord ouvrant la voie à des négociations formelles pour fixer les modalités d’un nouveau gouvernement de coalition. Alors que sur le plan politique on retiendra la volonté de réformer l’Europe et la zone Euro ainsi qu’une limitation du nombre de réfugiés, les propositions sur le plan économiques sont quant à elles avant tout dans la continuation de ce qui existe déjà.

Vendredi dernier, la chancelière Angela Merkel et les sociaux-démocrates ont trouvé un accord préliminaire en vue d’entamer les discussions formelles visant à former un nouveau gouvernement de coalition. Pour rappel, les élections qui avaient eu lieu fin septembre (il y 110 jours !) avaient débouché sur des résultats surprenants. Même si le parti de la chancelière arriva en tête avec 32% des votes, ce fut son plus mauvais score électoral depuis 1949. Même son de cloche pour le SPD de Martin Schulz qui termina deuxième avec 20% des votes. Toujours au rang des surprises, l’AfD (parti d’extrême droite) se hissa à la troisième place avec 13% des suffrages alors que les libéraux (FDP), les verts et la gauche (die Linke) récoltèrent chacun autour de 10% des voix. Suite à la forte baisse de son score électoral, le SPD désirait s’infliger une cure d’opposition, une décision sur laquelle ils sont revenus au nom de l’intérêt général. En effet, les trois partis censés former la jamaïcaine (CDU/CSU, FDP, Verts) sont vite arrivés au constat que leurs positions n’étaient pas conciliables. Pour éviter de retourner aux urnes, la seule issue possible était une reconduction de la grande coalition qui avait gouverné l’Allemagne depuis 12 ans.

Les principaux points de l’accord sont les suivants : (i) l’Union Européenne (UE) et la zone euro doivent être au centre des préoccupations. Martin Schulz a d’ailleurs déclaré qu’ils « n’accepteraient de rentrer au gouvernement qu’à la condition de renforcer l’Europe» pour la rendre plus résistante aux crises. Ceci dit, pour la zone euro, à part la transformation du mécanisme européen de stabilité (MES) en un fonds monétaire européen, le document ne dévoile pas de mesure concrète. Le document révèle également la volonté de l’Allemagne à contribuer davantage au budget européen et prône une poursuite de l’intégration européenne dans les domaines de la défense et de la politique migratoire. (ii) Au sujet de cette dernière, l’accord dit vouloir limiter le nombre de réfugiés à 200.000 par an et le nombre de regroupements familiaux à 1000 personnes par mois. (iii) Ensuite les deux partis s’engagent à ne pas augmenter les impôts avec pour objectif un budget équilibré sans nouvelle dette. L’impôt de solidarité mis en place après la réunification pour aider les Länder de l’Est va quant à lui être supprimé progressivement. (iv) En ce qui concerne les soins de santé, la demande du SPD visant à revoir le système ne sera pas exaucée. Il y aura tout au plus quelques changements à la marge quant au financement de l’assurance publique des soins de santé. (v) Enfin, l’accord prévoit davantage d’investissements dans la digitalisation, notamment de l’éducation et de l’administration publique.

Sur le plan économique, l’Allemagne vit encore sur les réformes des années 2000. En effet, les réformes structurelles pro-croissance ne semblent pas être à l’ordre du jour en ce sens qu’il s’agit avant tout de poursuivre les politiques (économiques) entamées ces 4 dernières années. Un peu plus de dépenses sociales, quelques réductions d’impôts par-ci par-là et des investissements dans l’infrastructure et la digitalisation. Tout ceci résulter en un stimulus fiscal avoisinant les 45 milliards d’euro (1,2% du PIB) étalés sur les 4 prochaines années, ce qui n’est théoriquement pas incompatible avec leur objectif de budget équilibre grâce aux effets retour. Ceci étant, même si les effets retour s’avéraient plus faibles que prévus, cela ne serait pas plus problématique pour autant puisque l’Allemagne a un surplus budgétaire (0,8% PIB).

Notons de tout de même que rien n’est encore définitif dans la mesure ou l’accord en question doit être soumis à l’approbation des membres du SPD lors d’un congrès extraordinaire qui aura lieu le 21 janvier prochain. Or quelques poids lourds du parti ont émis ce week-end de sérieuses réserves sur le contenu de l’accord. En effet, hormis les dispositions concernant les réformes de l’UE et la zone Euro, le SPD n’a obtenu que peu de concessions dans le domaine fiscal et social, ce qui irrite la base du parti. Parmi les éléments dénoncés, on retiendra le durcissement de la politique migratoire (voir ci-dessus), un code du travail ne protégeant pas assez l’employé et le refus des chrétiens-démocrates de revoir le système des soins de santé, point pourtant primordial aux yeux du SPD.

En guise de conclusion, l’accord constitue une avancée avec un gout un peu amer. Certes, il laisse entrevoir la reconduction d’une grande coalition, mais il s’agit là d’une alliance, par défaut, de deux formations qui cherchent avant tout à éviter le retour aux urnes. La coalition n’aura d’ailleurs de grand que le nom dans la mesure où elle détiendra à peine plus de 50% des sièges au Bundestag alors qu’elle en détenait près de 80% dans les coalitions précédentes.