Les Américains vont-ils arrêter de boire du champagne ?

Les Américains vont-ils arrêter de boire du champagne ?

En France, les exportations se sont repliées au mois d’octobre alors que la dynamique des importations reste faible malgré une demande intérieure robuste. L’amélioration de la balance commerciale à prix courant ne mènera cependant pas à plus de croissance. En effet, le commerce extérieur devrait peser sur la croissance en 2019 et 2020. La rhétorique américaine n’arrange rien, même si elle n’est pas dirigée à la partie la plus importante du commerce.

La balance commerciale s’améliore-t-elle vraiment ?

La balance commerciale de la France à prix courant s’est améliorée en octobre, passant d’un déficit de 5,4 à 4,7 milliards d’euros. Les exportations ont baissé de 1,8% sur un mois tandis que les importations baissaient de 4,4%. En 2019, on constate une accélération de la croissance des exportations à prix courant (environ 16% jusqu’ici cette année) qui n’est pas uniquement due à la faiblesse de l’euro.

A l’inverse, l’élasticité des importations à la demande intérieure semble faible depuis 2018 : les importations augmentent à un rythme limité malgré la bonne santé de la demande intérieure (Graphique 1), et en particulier des dépenses de consommation de biens qui sont reparties à la hausse après l’été dernier sur fond d’optimisme retrouvé des consommateurs.

Les deux phénomènes ont donc amélioré la balance commerciale à prix courant. Cela devrait être positif pour la croissance. Le problème est que la composition du commerce extérieur joue un rôle dans le calcul. En effet, une fois pris en compte les termes de l’échange (le rapport entre les prix des exportations et des importations) et les variations de prix, le tableau n’est pas aussi flatteur : les données à prix constants, utilisées pour calculer le PIB réel et la croissance ne montrent ainsi aucune amélioration de la balance commerciale. Au contraire, elle s’est détériorée en 2019 et devrait soustraire 0,2pp à la croissance du PIB.

Il ne faut donc pas voir dans l’amélioration de la balance commerciale à prix courant publiée la semaine dernière, un signe d’amélioration de la position compétitive du pays, mais plutôt d’une amélioration des termes de l’échange, eux-mêmes dus à un effet de composition des flux commerciaux.

L’exemple des USA

Un bon exemple est la balance de la France avec les USA. Donald Trump a ainsi menacé la France de droits de douane sur 2,4 milliards d’USD d’exportations françaises dont les boissons et la bagagerie. Cela représente 5% des exportations françaises vers les USA qui s’élèveront sans doute à 42,4 milliards d’euros en 2019, dont 4 milliards de boissons et 1,2 milliards de bagages et autres articles de cuir. Ces deux dernières catégories ont particulièrement augmenté en 2019 (16,4% et 21,6% sur un an respectivement). La faiblesse de l’euro explique en partie ces développements.

Cependant, si la balance commerciale française avec les USA est en équilibre pour la première fois depuis 15 ans en cette fin d’année 2019, c’est surtout grâce aux avions d’Airbus. Ce n’est donc pas l’ouverture de l’usine Louis Vuitton au Texas il y a quelques semaines qui devrait mettre à mal l’équilibre de la balance, mais plutôt les nouveaux droits de douane que l’OMC a autorisé les USA à prélever sur 7,5 milliards d’exportations de l’UE vers les USA dans le cadre du contentieux sur les aides d’état à Airbus (coté UE) et Boeing (côté USA). Les exportations d’Airbus se voient depuis le mois dernier appliquer un droit de douane de 10%, ce qui devrait impacter la balance commerciale française.

Les livraisons d’avions constituent en effet plus d’un quart (12,2 milliards d’euros) des exportations françaises aux USA. L’autre gros poste est celui des produits de pharmacie. On peut noter que l’inverse est vrai : les importations de matériel aéronautique américain (Boeing) représentent également 28% des importations. Cependant, si les exportations de matériel aéronautique ont augmenté de 41% en 2019, les importations ont baissé de 0,4%. C’est ce double effet qui est à l’origine de l’équilibrage de la balance courante française avec les USA. On peut supposer que cet équilibre n’est pas durable et sera affecté par les nouveaux droits de douane ainsi que par – lorsqu’elle surviendra – la fin des ennuis du Boeing 737Max. En attendant, les USA restent un moteur important des exportations françaises en 2019 (Graphique 3).

Si Donald Trump veut se préoccuper de la balance commerciale des USA avec la France, c’est en poussant Boieng à sortir de l’impasse, non en taxant des sacs à main, qu’il y parviendra. Et si les Américains boivent un peu moins de champagne, ce n’est pas grave tant qu’ils le font à bord d’Airbus flambant neufs. Une image qu’on risque d’observer moins fréquemment avec les nouveaux droits de douane. Cela dit, si les menaces du Président étaient mises à exécution dans le cadre de sa campagne électorale, l’effet n’en serait pas indolore pour autant : 15% des exportations vers les USA seraient touchées, ce qui pourrait modérer la croissance des exportations totales de 0,3pp en 2020.