Arrivederci, M. Draghi

Arrivederci, M. Draghi

Etats-Unis – Stand by

La semaine écoulée a été assez calme en matière de données économiques. On soulignera néanmoins que globalement, les indicateurs PMI publiés par Markit ont très légèrement progressé en octobre. Ils restent par ailleurs en zone d’expansion. Si l’on y ajoute que la confiance des consommateurs mesurée par l’université du Michigan s’est un peu reprise en octobre, passant de 93,2 à 95,5, on peut dire que la semaine a été plutôt rassurante. On rappellera par ailleurs que la banque centrale américaine se réunira cette semaine pour sa réunion de politique monétaire. Son appréciation de la situation sera donc intéressante. Nous attendons une baisse de taux de 25 pb.

Zone Euro – Un peu de répit

C’est une image identique renvoyée par la zone euro. Les indicateurs PMI se sont là-aussi stabilisés ou légèrement améliorés. Mais on ne peut certainement pas encore parler de rebond. On soulignera aussi que l’indice du secteur manufacturier est toujours inférieur à 50 (45,7 selon l’estimation flash). De même, l’indice IFO mesurant la confiance des chefs d’entreprises est resté stable en octobre, après avoir légèrement progressé en septembre. On soulignera que l’appréciation de la situation présente s’est un peu dégradée (97,8 contre 98,5 en septembre) mais les perspectives se sont améliorées (91,5 contre 90,8).

Dans ce contexte, la BCE s’est réunie pour sa traditionnelle réunion de politique monétaire. Il n’en est rien ressorti sur le plan monétaire et financier. L’appréciation d’une situation économique qui se dégrade et de risques toujours plutôt négatifs a été confirmée. Le principal intérêt de la réunion était qu’il s’agissait de la dernière de M. Draghi (voir topic).

Royaume-Uni – Vers un nouveau délai

L’accord obtenu sur le Brexit par Boris Johnson a reçu l’approbation, en deuxième lecture, du parlement britannique. Cependant, le premier ministre britannique comptait faire examiner très rapidement les textes de l’accord par le parlement (en troisième lecture donc, ce qui donne lieu au vote définitif et à d’éventuels amendements), en l’espace de seulement 3 jours, et ce afin d’entériner le Brexit pour le 31 octobre. Ceci lui a été refusé par le parlement. Dès lors, B. Johnson a présenté une motion visant l’organisation d’élections anticipées pour le 12 décembre prochain. Cette motion doit obtenir une majorité des 2/3 au parlement pour être votée. Le vote aura encore lieu ce lundi.

L’Union européenne, pour sa part, a décidé ce lundi d’accorder une extension supplémentaire au Royaume-Uni pour le Brexit jusqu’au 31 janvier. Cette extension est flexible dans le sens où le Royaume-Uni peut décider de quitter l’Union européenne plus tôt que le 31 janvier si l’accord est voté plus rapidement par le Parlement britannique.

Arrivederci, M. Draghi

Fin octobre, M. Draghi quittera la présidence de la Banque centrale européenne (BCE), après 8 ans de service. Quel bilan peut-on tirer des « années Draghi » et quels sont les défis que devra relever la prochaine présidente, Christine Lagarde ?

Des années difficiles

Pour juger le président sortant de la BCE, il ne faut pas oublier que « les années Draghi » ont été parmi les plus difficiles économiquement et politiquement parlant de la zone euro. Compte tenu de ce contexte, il faut souligner que M. Draghi a réussi à maintenir la zone euro unie (alors que cela reposait à un moment uniquement sur les épaules de la BCE, dans la crise grecque ou suite aux tensions entre M. Sarkozy et Mme. Merkel), et à éviter la déflation. La question n’est d’ailleurs pas de savoir si son bilan est positif dans l’absolu, mais de savoir ce qu’il aurait été s’il n’avait pas fait ce qu’il a fait. Or, la situation économique et monétaire serait bien pire sans les mesures prises par la BCE, y compris pour les épargnants : personne ne profite d’une grave crise économique !

Prise de risque

Bien sur, ex post, tout n’est pas parfait. En particulier, la question des taux négatifs aurait peut-être dû être abordée avec plus de prudence, compte tenu de ses effets non désirés. Il a donc pris des risques, et cela pourrait avoir des conséquences. L’émergence de bulles financières en est une. Mais gardons à l’esprit que la seule alternative, qui consistait à ne pas baisser les taux en territoire négatif et ne pas faire d’assouplissement quantitatif aurait aussi fait des dégâts dans l’économie, et non des moindres. Donc, restons humbles, au moment où une banque centrale prend une décision, elle n’a pas toutes les informations dont nous disposons aujourd’hui, et les décisions qui ont été prises se justifiaient pleinement au moment où elles ont été prises.

Whatever it takes !

Que retiendra-t-on de M. Draghi ? « Whatever it takes » bien entendu, prononcé en juillet 2012. Ces trois mots illustrent toute la force d’une banque centrale qui n’a pas besoin d’agir pour calmer les marchés. Quand les mots sont suffisamment forts et la crédibilité au rendez-vous, les marchés réagissent et in fine la banque centrale peut limiter ses actes. Quand il dit « whatever it takes », il dit en fait « arrêtez de spéculer sur la fin de la zone euro, car je serai là et j’ai les poches plus profondes que tous les spéculateurs réunis. Je gagnerai, et vous perdrez ! ». Sa force, c’est que par ses mots, la spéculation a été freinée, cela a fait réfléchir ceux qui spéculaient sur la fin de la zone euro, et les spreads obligataires se sont calmés. Bien sûr, la BCE a poursuivi par des actes, (l’assouplissement quantitatif) mais les mots ont été les plus forts. Ce fut un coup de maître !

3 défis

Dans quelques jours donc, Ch. Lagarde prendra la présidence de la BCE. Elle fera au moins face à 3 défis :

  1. Gérer le ralentissement économique. Il est vrai que les mesures prises en septembre l’ont été en prévision de ce ralentissement. Mais s’il devait être plus prononcé que prévu, il est fort probable que les marchés attendront de nouvelles mesures. La communication de la BCE sera donc cruciale, et nul doute que la première intervention de Mme. Lagarde sera scrutée dans les moindres détails.

  2. Combler le « rift ». Les tensions apparues lors de la réunion de septembre entre certains membres du governing council ont, semble-t-il, délié d’autres langues. Aujourd’hui, la critique à l’encontre de la BCE se fait de plus en plus ouvertement. Le grand défi de Mme. Lagarde sera de rassembler les points de vue ou au moins de ne plus faire apparaître autant de divergences. C’est une question de crédibilité de l’institution.

  3. La nouvelle présidente de la BCE devra également rapprocher la BCE du citoyen. Comme M. Draghi l’a encore souligné lors de sa dernière conférence de presse, la confiance du citoyen reste un élément essentiel de la politique monétaire. Une institution comme la BCE se doit donc d’expliquer son rôle et ses actions, qui sont techniquement souvent incompréhensibles pour le grand public et dès lors parfois jugés anti-démocratiques. Même si M. Draghi a fait progressé la communication de la BCE, Mme. Lagarde devra poursuivre ce travail.