Baisse exceptionnelle du chômage en septembre

Baisse exceptionnelle du chômage en septembre

La population au chômage a baissé de 46.600 en septembre, soit 3,1% sur un an. Le 3ème trimestre aura à cet égard été le meilleur depuis 2007. Les dernières enquêtes disponibles dans le secteur des services montrent que la baisse pourrait s’accélérer dans les prochains mois et pousser le taux de chômage sous les 8% au début de l’année prochaine. Si elles se multipliaient, les grèves pourraient cependant abréger ce qui reste de dynamique positive avant le ralentissement annoncé pour 2020.

La tendance reste positive pour les créations d’emplois au 3ème trimestre

Les chiffres de la population au chômage publiés cette semaine pour le mois de septembre ont montré une nouvelle baisse importante, après les 20.100 chômeurs de moins enregistrés en août. A 46.600, le chiffre de septembre porte la baisse du chômage à 55.900 au 3ème trimestre. Or cette statistique avait souffert au cours des derniers mois d’un impact différé de la crise des « gilets jaunes », avec une augmentation cumulée de 20.500 personnes entre mai et juillet. Dès lors, la chute des deux derniers mois, la plus importante des dernières années, est le signe d’une amélioration de la situation. Au vu des résultats des dernières enquêtes dans le secteur des services (voir ci-dessous), nous tablons sur une accélération de la baisse du chômage au second semestre (Graphique 1) après la baisse de 3,1% enregistrée en septembre. Cela permettrait au taux de chômage de poursuivre sa décrue au seconde semestre: nous nous attendons à ce qu’il passe de 8,2% en juin à 7,9% au début 2020.

De façon générale, même si les statistiques des deux derniers mois sont encourageantes, la baisse de la population au chômage (-165.000 sur les 36 derniers mois) reste faible au vu de la période relativement longue de croissance enregistrée depuis la mi-2016, surtout si on la compare avec la reprise de 2005-2007 qui avait fait baisser la population au chômage de près de 700.000 personnes alors que la crise précédente avait été moins profonde. La fin des contrats aidés, n’expliquent pas seuls cette différence.

Et les intentions d’embauche sont toujours bien orientées dans les services

Les enquêtes de confiance publiées cette semaine ont montré que le secteur des services n’est toujours pas affecté par les troubles du secteur industriel (voir ci-dessous). Alors que ces derniers sont dus à un ralentissement des investissements et à une contraction de la demande extérieure, le secteur des services continue de bénéficier d’une forte confiance des consommateurs. L’indicateur PMI des services a ainsi rebondi en octobre, passant de 51,1 à 52,9, ce qui est supérieur à sa moyenne du T3 (lui-même le meilleur trimestre depuis plus d’un an) et une récente enquête de l’INSEE a montré que les intentions d’embauche étaient en octobre à un plus haut de 16 mois dans le secteur (Graphique 1). La baisse de la population au chômage pourrait donc encore s’accélérer. Il est donc trop tôt pour voir une contagion de la morosité industrielle aux services.

Cependant, cela pourrait changer rapidement. Nous avons vu par le passé que certaines grèves peuvent affecter la confiance du secteur des services plus rapidement qu’un ralentissement industriel. Les premiers signes d’agitation chez les cheminots ces derniers jours, juste avant les vacances d’automne, pourraient rappeler aux voyageurs français le cauchemar des grèves de Pâques en 2018 (qui avaient coûté 0,1pp de croissance du PIB) et mettre un frein à la demande au 4ème trimestre de l’année. Un tel développement ne serait bien entendu pas l’origine première du ralentissement à venir dans la croissance de l’économie et de l’emploi, mais en le précipitant, il en augmenterait du même coup les coûts en termes d’emplois.

Le moteur industriel ralentit

L’indice PMI manufacturier français a montré une certaine résistance en octobre, augmentant légèrement et restant au-dessus du niveau de 50,0, le seuil indiquant une contraction d’activité dans le secteur. Ce n’est cependant qu’une question de temps avant qu’il ne tombe sous ce niveau et confirme la contraction de l’activité. L’enquête de confiance dans l’industrie publiée en début de semaine par l’INSEE ne laisse en effet planer aucun doute sur cette tendance. La confiance est tombée sous sa moyenne à long terme en octobre pour la première fois depuis le premier trimestre 2015, la plupart des composantes de l’enquête étant en baisse. Si l’appréciation par l’industrie du contexte économique est restée neutre au cours des derniers mois, les niveaux d’activité récente ont atteint un creux de deux ans. Et malgré cela, les stocks augmentent alors que les nouvelles commandes diminuent, ce qui laisse présager une nouvelle réduction des plans de production. Tout optimisme à la lecture du PMI de 50,0 ci-dessus serait donc déplacé.

L’économie française devrait résister plus longtemps au marasme ambiant

L’économie française étant plus dépendante des services que de l’industrie, qui représente environ 15% de la valeur ajoutée (la moitié de la valeur ajoutée allemande), nous pensons que les enquêtes de cette semaine confirment que l’économie française devrait résister plus longtemps au ralentissement mondial actuel que le reste de la zone euro. La croissance du PIB au T3 sera publiée la semaine prochaine et devrait montrer une demande intérieure encore forte, ouvrant la voie à une croissance du PIB de 1,3% cette année. Cependant, les dernières projections officielles pour 2020, à 1,2 %, s’annoncent déjà optimistes au vu de la baisse de régime des pays voisins. Quant à la baisse du taux de chômage, nous nous attendons à ce qu’elle se termine avec le ralentissement de la croissance, vers la mi-2020, mais elle devrait s’accélérer d’ici là, vers des niveaux inférieurs à 8,0%.