La baisse du taux de chômage n’est qu’un leurre

La baisse du taux de chômage n’est qu’un leurre

Le recul du taux de chômage à 8% au T4 contre 9.1% au T3 ne peut pas être considéré comme une bonne nouvelle et est simplement la conséquence de la situation sanitaire. Malheureusement, la crise n’a pas encore montré son vrai visage sur le marché du travail français. Nous estimons que le taux de chômage pourrait augmenter jusqu’à 10% en 2021.

Un recul en raison d’une hausse de l’inactivité

En France, le taux de chômage (au sens du BIT) a reculé au quatrième trimestre 2020, atteignant 8% après 9.1% au troisième trimestre. Sur un an, par rapport à la situation qui prévalait avant la crise sanitaire, le taux de chômage est quasi-stable. Lors du premier confinement, au deuxième trimestre 2020, le taux de chômage était descendu à 7.1%.

Compte tenu du contexte sanitaire actuel, cette baisse du taux de chômage sur un trimestre ne peut pas être considérée comme une bonne nouvelle. En effet, le taux de chômage est défini comme la part de ceux qui recherchent activement un emploi par rapport à la population active. Or, la crise sanitaire et les confinements, dont celui en vigueur entre le 30 octobre et le 15 décembre, ont pour effet de décourager une partie des personnes qui souhaitent chercher un emploi ou de pousser ces personnes à ne pas entreprendre les démarches de recherche d’emploi. Ces personnes basculent alors vers l’inactivité et ne sont donc plus comptées dans les statistiques de chômage. L’INSEE estime que 4,1% de l’ensemble des 15-64 ans se trouvent dans cette situation au T4, un chiffre en légère hausse par rapport à la situation d’avant crise et par rapport au troisième trimestre (4%). Néanmoins, ce phénomène est beaucoup moins important que celui qui prévalait lors du premier confinement, où la part des 15-64 ans dans cette situation avait augmenté jusqu’à 6%, un nombre historiquement élevé.

Le sous-emploi historiquement élevé

A côté de cela, les chiffres du taux de chômage ne mettent pas en évidence l’impact du dispositif de chômage partiel. Ce dispositif a concerné 6% des personnes avec un emploi pendant le confinement de novembre 2020 et 3% en décembre. C’est bien moins que les 25% observés en avril 2020 lors du premier confinement. Contrairement à la situation qui prévalait au printemps, où la plupart des secteurs avaient recours au dispositif, le chômage partiel s’est concentré sur certains secteurs seulement (hébergements et restauration ; arts, spectacles et activités récréatives ; activités de service). Le recours massif au chômage partiel n’entre pas dans les statistiques du chômage. En revanche, il entraine une diminution du volume d’heures travaillées par les personnes en emploi.

Pour compléter les statistiques du chômage, il est donc intéressant d’analyser les données de sous-emploi, soit les personnes ayant involontairement travaillé moins que d’habitude ou qui ont un emploi à temps partiel mais qui souhaitent travailler davantage. Au T4 2020, 8.9% de la population en emploi se trouvait dans une situation de sous-emploi. C’est un chiffre plus faible que les 20% observés lors du premier confinement, mais il est historiquement élevé. Sur un an, il est en hausse de 3.5 points. Notons que le sous-emploi touche beaucoup plus les femmes (11.1%) que les hommes (6.9%). En tout, fin 2020, en France, il y avait plus de personnes en situation de sous-emploi que de personnes comptées dans le taux de chômage.

Au total, au T4 2020, 21% des participants au marché du travail sont contraints dans leur offre de travail, soit par l’absence d’emploi, soit en situation de sous-emploi. Par rapport à la situation qui prévalait avant la crise, où 17.7% se trouvaient en sous-emploi, c’est une hausse de 3.3 points. Si l’on exclut l’exceptionnel T2 2020, c’est un chiffre historiquement élevé.

Quelles perspectives pour le chômage et l’emploi ?

Pour 2021, nous estimons que le marché du travail devrait connaitre deux évolutions majeures. D’abord, le nombre de personnes en situation de sous-emploi devrait diminuer une fois que les restrictions sanitaires auront été levées et que le recours au dispositif de chômage partiel aura été réduit. Dans le même temps, une fois la reprise engagée, on devrait assister à une hausse du taux de chômage. En effet, certaines personnes qui sont sorties du marché du travail devraient y revenir. Dans le même temps, certaines entreprises qui survivaient grâce aux dispositifs d’aides vont probablement entreprendre des restructurations ou licencier (une partie de) leurs travailleurs. Au moment où la situation économique s’améliorera, la crise montrera enfin son vrai visage et les statistiques du marché du travail se détérioreront probablement très nettement. Le taux de chômage au sens du BIT pourrait monter jusqu’à 10% en 2021, avant de redescendre doucement en 2022 et 2023. Il est néanmoins peu probable qu’il redescende au niveau d’avant crise avant la fin de 2023, voire 2024.