BCE: dialogue de sourds avec les marchés

BCE: dialogue de sourds avec les marchés

L’ING Eco, votre rendez-vous hebdo, vous propose un résumé des dernières actualités macroéconomiques, grâce aux experts d’ING Belgique.

 États-Unis – Croissance inférieure aux attentes, mais les fondamentaux restent solides

Aux États-Unis, l’économie a affiché une croissance de 2,6% en termes annualisés au quatrième trimestre de 2017. Le marché s’attendait à une croissance de 3%, mais les chiffres publiés témoignent malgré tout d’une économie américaine vigoureuse. La consommation et les investissements ont ainsi fortement augmenté, de respectivement 3,8% et 7,8%. Les stocks ont en revanche diminué considérablement, ce qui a eu un effet négatif sur la croissance, mais ce facteur devrait se redresser rapidement eu égard au niveau élevé des nouvelles commandes. Nous maintenons notre estimation d’une croissance de 3% en 2018. La solide demande intérieure sera par ailleurs encore stimulée par les réductions d’impôts, tandis que grâce à la dépréciation du dollar, les États-Unis profiteront également de la reprise internationale. L’inflation pourrait, quant à elle, atteindre 3%. Nos attentes de trois relèvements des taux par la Fed durant l’année pourrait dès lors s’avérer trop conservatrices.

Le danger immédiat d’une fermeture des services publics (‘government shutdown’) est également écarté. La fermeture n’aura finalement duré que trois jours. La prochaine échéance est le 8 février. D’ici là, il faudra que les Républicains et les Démocrates s’entendent sur la question des droits des enfants d’immigrés illégaux. En effet, les Démocrates font de cette question une condition sine qua non à un accord de plus long terme sur les finances publiques.

Zone euro – Vitesse de croisière

La semaine passée, la BCE n’a pas modifié sa politique monétaire. Elle n’a pas changé ses perspectives pour la croissance et l’inflation non plus (voir topic).

Il est évident que la zone euro a entamé l’année 2018 sur les chapeaux de roues. La confiance des consommateurs a fortement augmenté en janvier. L’incertitude sur les éventuelles réformes au sein de la zone euro, les élections italiennes et la formation d’une coalition en Allemagne n’ont donc pas d’impact négatif important sur le sentiment des ménages. La confiance s’est surtout redressée à la suite des perspectives favorables pour l’économie, d’une évaluation plus positive de la situation financière et d’une hausse des intentions d’effectuer de gros achats. Ces nouvelles données confirment nos perspectives de croissance et pourraient même propulser la croissance de la consommation privée encore plus haut.

L’indice PMI a également affiché une belle progression en janvier, ce qui suggère que l’économie accélère et que les limites de production sont atteintes. Ceci implique une rapide croissance de l’emploi étant donné que les entreprises doivent répondre à la demande élevée et accroître leurs investissements afin d’élargir leurs capacités de production.

L’inflation demeure cependant modérée puisque la croissance salariale reste faible. Dans quelques mois, l’appréciation de l’euro devrait en outre exercer des pressions baissières sur l’inflation.

BCE : dialogue de sourds avec les marchés

Lors de la réunion de politique monétaire de la BCE qui a eu lieu jeudi dernier, le Governing Council a confirmé les bonnes nouvelles sur le plan économique, mais aussi l’inflation atone. Dès lors, il n’y a pas eu de changement dans le discours de M. Draghi : pas de hausse de taux à l’horizon ! A la vue de la première réaction des marchés durant la conférence de presse, il semble que ceux-ci aient interprété différemment les mots pourtant de plus en plus explicites de M. Draghi.

L’enjeu de la dernière réunion de politique monétaire de la BCE n’était pas de savoir s’il y aurait un mouvement de taux. Sur ce point au moins, tout le monde s’accordait pour dire qu’il n’y en aurait pas. Par contre, les spéculations allaient bon train sur un éventuel changement de ton de la BCE, ce qui aurait présagé des changements futurs.

Sur le plan de la croissance et de l’inflation dans la zone euro, la BCE n’a en fait pas changé son discours. La BCE voit toujours une reprise forte dans la zone euro se dessiner, alors que les risques sont « équilibrés ». Ceci signifie qu’il y a autant de risques pouvant affecter négativement la croissance qu’il y en a qui peuvent l’affecter positivement. Par ailleurs, la BCE reste convaincue que l’inflation convergera à terme vers son objectif de 2% (converger signifie, en langage de la BCE, une inflation qui se dirige, de manière durable et autonome, vers 2%).

Le taux de change : un danger ?

Avant même la réunion de politique monétaire, les marchés spéculaient sur la façon dont la BCE aborderait le renforcement récent de l’euro. En fait, la BCE avait précédemment déjà été assez claire : elle avait rappelé que « la volatilité des taux de change représente une source d’incertitude qui demande un suivi constant, en se concentrant sur les implications que cela peut avoir sur la stabilité des prix à moyen terme ». Puisque cela ne suffisait pas, M. Draghi fut encore plus explicite cette fois, en affirmant que si l’appréciation de l’euro devait dégrader les conditions financières dans la zone euro, la BCE pourrait infléchir sa politique monétaire. M. Draghi a même fait référence à la réaction du FMI pour condamner à mots à peine voilés les récents commentaires de l’entourage du président Trump qui se félicitait de la faiblesse du dollar.

La fin de l’assouplissement quantitatif ?

Les marchés s’interrogeaient aussi depuis quelques semaines sur une éventuelle modification du programme d’assouplissement quantitatif, alors même que le PV de la précédente réunion avait indiqué que la BCE pourrait modifier sa communication en matière d’assouplissement et de taux « au début de la nouvelle année ». Pourtant, M. Draghi semble toujours vouloir prendre son temps. Il n’a rien dit sur l’assouplissement quantitatif, qui se poursuivra, jusqu’à nouvel ordre jusqu’en septembre prochain. Quant aux taux, ils seront relevés « bien après la fin du programme d’assouplissement quantitatif ». Pour ceux qui ne comprennent pas bien ces termes, M. Draghi a même affirmé qu’il ne voyait pas, à ce stade, de relèvement de taux cette année. On sait difficilement être plus clair !

Ils n’ont rien compris…

Paradoxalement, alors que M. Draghi a été plus explicite en matière de taux de change et de taux, les premières réactions des marchés ont été dans le sens contraire. Un peu comme si les marchés financiers en attendaient plus pour infirmer leurs rêves de remontée des taux dans la zone euro. Ceci n’est certainement pas une évolution satisfaisante pour la BCE. Alors qu’elle fait tout pour maintenir des conditions financières intéressantes dans la zone euro, l’appréciation de l’euro et un soupçon de remontée des taux longs vont dans le sens contraire.

Il ne serait donc pas étonnant de voir petit à petit les membres du Governing Council lancer une offensive de communication brandissant la « menace » d’une politique plus accommodante prolongation de l’assouplissement quantitatif par exemple) si les marchés continuent à ne pas comprendre les mots (pourtant simples) utilisés jusqu’à présent..