La BCE se prépare à passer à l'action

La BCE se prépare à passer à l’action

États-Unis – L’économie continue à afficher une solide croissance

L’économie américaine a crû de 2,1% au deuxième trimestre de 2019 (en glissement trimestriel et en termes annualisés). Il s’agit d’un ralentissement par rapport au premier trimestre, lorsque l’économie avait affiché une croissance de 3,1%. Ce ralentissement était cependant attendu. Les stocks ont fortement diminué au deuxième trimestre en raison surtout de la solide demande des consommateurs.

La croissance moyenne des deux premiers trimestres s’élève à 2,6%, soit moins qu’en 2018, mais cela reste une bonne performance. Les perspectives pour le troisième trimestre sont par ailleurs bonnes car nous prévoyons une reconstitution des stocks. Il subsiste cependant des incertitudes susceptibles de peser sur la croissance. Nous pensons dès lors que la Fed abaissera les taux de 25 points de base cette semaine et à nouveau de 25 points de base en septembre.

Zone euro – Nouvelles mesures de stimulation en perspective

L’indice PMI composite s’est replié en juillet, passant de 52,2 en juin à 51,5. L’indice PMI du secteur des services est resté stable, mais celui de l’industrie manufacturière est passé de 47,6 à 46,4. L’indicateur Ifo allemand est également quelque peu préoccupant. Il est passé de 97,4 en juin à 95,7 en juillet, soit le niveau le plus faible depuis fin 2012. Tant la composante relative à la situation actuelle que la composante des attentes ont nettement reculé. Enfin, la croissance du crédit est restée stable en juillet dans la zone euro, mais les conditions de crédit se sont durcies.

La BCE n’a pas annoncé de nouvelles mesures, mais a modifié sa communication sur des points importants. Il est très probable qu’elle passe à l’action en septembre (voir topic).

Royaume-Uni – Un nouveau premier ministre

Boris Johnson est le nouveau premier ministre du Royaume-Uni et ceci a des conséquences sur les négociations du Brexit. Johnson est moins opposé à un Brexit sans accord, mais le parlement britannique fera tout pour éviter que ceci se produise. Selon nous, le nouveau premier ministre voudra négocier avec l’UE sur le ‘backstop’ irlandais, mais l’UE ne voudra pas céder. La date butoir pour un accord entre le Royaume-Uni et l’UE est le 31 octobre. Actuellement, de nouvelles élections semblent le scénario le plus vraisemblable, cela pourrait encore impliquer un report du Brexit.

La BCE se prépare à passer à l’action

Comme nous nous y attendions, la BCE n’est pas encore passée à l’action lors de la réunion de la semaine passée. Elle a néanmoins reconnu que les perspectives sont moins favorables. Elle a modifié sa communication sur certains points importants, ce qui laisse présager qu’elle agira lors de sa prochaine réunion en septembre. Un abaissement du taux des dépôts semble possible, mais ce n’est pas la seule chose à laquelle la BCE pense.

Avant la réunion de la BCE de la semaine passée, il y avait de la tension dans l’air. Les spéculations sur un assouplissement de la politique monétaire allaient bon train et juste avant la réunion, les indices PMI ont déçu.

La BCE n’a finalement pas annoncé de nouvelles mesures, mais la communication a été modifiée sur quatre points cruciaux :

  • La ‘forward guidance’ : dans ses précédentes communications, la BCE déclarait toujours que les taux directeurs resteraient à leurs niveaux actuels, mais lors de la réunion de la semaine passée, Draghi a mentionné que les taux pourraient rester aux niveaux actuels ou baisser. Ceci laisse clairement présager un abaissement des taux.
  • La propension à passer à l’action : si les perspectives d’inflation à moyen terme demeurent inférieures à l’objectif, la BCE est prête à adapter tous ses instruments monétaires.
  • Les comités concernés : donner l’instruction aux comités concernés d’examiner certaines choses était dans le passé le code pour annoncer une action imminente de la BCE. Draghi a déclaré littéralement : le Conseil des gouverneurs a donné l’instruction aux comités concernés de l’Eurosystème d’étudier les options, y compris le renforcement de la ‘forward guidance’ relative aux taux directeurs, des mesures d’atténuation comme un système de ‘tiering’ (différents paliers pour les taux négatifs) et des options pour l’ampleur et la composition d’un éventuel nouveau programme de rachat d’actifs.
  • Symétrie : la BCE a pour la première fois mentionné explicitement la symétrie de l’objectif d’inflation. Ceci signifie qu’une inflation inférieure à l’objectif est pour la BCE aussi problématique qu’une inflation supérieure à l’objectif.

La nouvelle communication en matière de ‘forward guidance’, la propension à passer à l’action et l’instruction aux comités concernés d’examiner les options possibles laissent présager une action future de la BCE. Selon nous, ceci interviendra déjà lors de la prochaine réunion de septembre.

Les modifications susmentionnées de la communication ne constituent pas la seule raison nous faisant penser que la BCE passera à l’action en septembre. La situation économique actuelle va bien sûr également dans ce sens. Lors de la réunion, Draghi a déclaré que les perspectives de croissance et d’inflation de la zone euro étaient devenues moins optimistes. La BCE a des doutes sur le redressement de la croissance et de l’inflation (et des attentes inflationnistes) au second semestre de l’année. Il est évident que la BCE est obligée d’intervenir dans une telle situation.

Lors de la réunion de septembre, les nouvelles prévisions macroéconomiques de la BCE seront en outre publiées. Celles-ci donneront de plus amples informations sur la manière dont la BCE perçoit la situation. Le Conseil des gouverneurs disposera ainsi d’un nouveau bilan de la situation et sera plus confiant dans la politique à mener.

Actuellement, on ignore encore quelles mesures la BCE prendra précisément. Il semble que la BCE elle-même n’ait pas encore tranché. Les commentaires de Draghi lors de la conférence de presse laissent entendre que les responsables ne sont pas tous sur la même longueur d’onde. Il est probable que ce soit pour cette raison que les comités concernés aient reçu l’instruction d’étudier les options envisageables. Selon nous, la probabilité d’un ensemble de différentes mesures est plus importante que celle d’une séquence de mesures moins ambitieuses. Un ensemble composé d’un abaissement du taux des dépôts de 20 points de base, d’un système de ‘tiering’, d’un taux plus bas pour le TLTRO et d’une relance du QE à hauteur de 20-30 milliards par mois n’est, à notre avis, pas à exclure.