Bitcoin et cryptomonnaies

Bitcoin et cryptomonnaies

Les cryptomonnaies et le Bitcoin en particulier font régulièrement l’actualité, principalement quand leur valeur atteint des sommets ou quand leur valeur chute lourdement. Mais au fond, comment fonctionnent les cryptomonnaies ? Peut-on les considérer comme étant vraiment de la monnaie ? A quel futur peut-on s’attendre ? 

Il ne fait aucun doute que 2018 était un test de réalité pour les amateurs de cryptomonnaies. Le quatrième trimestre de 2018 a été marqué par une forte contraction du marché de la cryptomonnaie. Si le Bitcoin a repris un peu de valeur au printemps 2019, il n’a plus jamais atteint les sommets des années précédentes et la volatilité est forte.

Comment fonctionnent les cryptomonnaies ?

Il existe une très grande variété de cryptomonnaie, telle que l’Ethereum, le Ripple, le Litecoin,… Mais la plus connue des cryptomonnaie est le Bitcoin, qui a été inventé en 2008 par un mystérieux inventeur. Celui-ci se base sur la technologie des « registres distribués », une base de données partagée et synchronisée consensuellement à travers un réseau réparti en plusieurs endroits. Au lieu d’avoir un système centralisé qui vérifie chacune des transactions et les approuve (comme c’est le cas dans le système de paiement Bancontact par exemple), chaque participant au réseau (chaque « nœud ») possède une copie du registre de l’ensemble des transactions effectuées depuis la création du réseau. Chaque changement au registre, par exemple quand une personne verse un montant à une autre personne, modifie toutes les copies existantes du registre.

En pratique, pour réaliser le contrôle, les participants doivent permettre à leur ordinateur de résoudre des algorithmes complexes, ce qui est un processus laborieux appelé « minage », en référence à l’extraction de l’or. Après avoir été vérifiés, les paiements sont regroupés dans un nouveau registre, lequel sera ajouté à la « chaîne » et partagé avec le réseau. En guise de récompense, les « mineurs » se voient offrir quelques bitcoins par bloc « miné ». La rémunération du « minage » de bitcoins constitue l’unique source de création monétaire, sans nécessiter l’intervention d’une banque centrale. Le logiciel a été conçu d’une manière telle qu’un nouveau bloc ne peut être ajouté à la chaîne, et que des nouveaux bitcoins ne peuvent entrer en circulation, que toutes les 10 minutes. Si beaucoup de « mineurs » souhaitent participer au « minage » des nouveaux bitcoins, la difficulté du processus augmente afin d’avoir toujours une création monétaire constante. Ainsi est assuré un flux indépendant et constant de bitcoins.

L’inconvénient d’un système décentralisé est qu’il n’y a pas d’autorité centrale en qui avoir confiance. Comment être sûr que la personne qui me paye est bien propriétaire des bitcoins qu’il me verse et qu’il n’a pas falsifié les registres ? Pour régler ce problème, le Bitcoin utilise la cryptographie et des bases de données de type « blockchain ». Ce type de base de données permet de conserver des données d’une façon cryptée, qu’il n’est pas possible de modifier a posteriori. Chaque utilisateur possède une « clé » de cryptage pour effectuer ses transactions, il est donc le seul capable d’utiliser ses bitcoins. En conséquence, il n’y a pas de risques que certains utilisateurs modifient l’historique des transactions à leur avantage ou détournent l’argent pour en bénéficier. Le problème est que crypter les informations et ajouter de nouvelles données demandent beaucoup de puissance informatique, et de plus en plus à mesure que le réseau augmente et que le nombre de transactions explose. Cela engendre des problèmes de lenteur, certaines transactions prenant des dizaines d’heures à être enregistrées, et consomment énormément de ressources (ordinateurs, électricité…).

Le Bitcoin est-il vraiment une monnaie ?

En effet, pour être considéré comme de la monnaie, il faut pouvoir remplir trois fonctions : agir comme moyen d’échange, être une unité de compte et pouvoir servir de réserve de valeur.

Le Bitcoin a, dans une faible mesure, réussi à servir comme moyen d’échange car certains magasins ou commerçant les acceptent comme moyen de payer les transactions. Mais le Bitcoin n’est pas parvenu à se placer sur un pied d’égalité avec les devises traditionnelles car le prix, par exemple, est encore souvent exprimé en devise de référence, comme l’euro. Comme le dit la Banque Nationale de Belgique (BNB), « il n’existe pas pour l’argent virtuel de garantie légale qu’il puisse être échangé directement à sa valeur initiale ». Les commerçants peuvent donc refuser d’être payé en bitcoins contrairement aux monnaies qui ont un « cours légal », comme l’euro par exemple, que personne ne peut refuser. En outre, le prix en bitcoins est souvent mis à jour, ce qui implique qu’une fois le montant encaissé, la transaction est souvent directement convertie en euro ou dans une autre devise traditionnelle. La raison est la grande volatilité de la valeur du bitcoin et la nécessité pour les commerçants d’obtenir des revenus relativement stables. 

La volatilité extrême des bitcoins nous amène à la deuxième fonction, celle d’unité de compte. La valeur d’une monnaie doit être fixe afin que nous puissions exprimer les biens et services en unité monétaire. Aujourd’hui comme la semaine prochaine, une couque au chocolat coûte 1,50 euro. Comme la valeur du bitcoin varie fortement par rapport aux monnaies traditionnelles, il est possible que vous deviez fournir peu ou beaucoup de bitcoins pour acheter une couque au chocolat la semaine prochaine, car le commerçant cherche à obtenir un revenu stable. Il est donc difficile d’utiliser les bitcoins comme unité de compte.

La troisième fonction d’une monnaie est de pouvoir servir de réserve de valeur, c’est-à-dire qu’il doit être possible de conserver de la monnaie pour faire des achats dans le futur. Les utilisateurs doivent donc avoir confiance dans la persistance de sa valeur et ne pas craindre une perte de valeur imprévisible. La fonction n’est efficace que si la valeur de l’argent reste relativement stable, ce qui n’est pas le cas du Bitcoin qui n’est donc pas une valeur refuge. Le Bitcoin ne répond donc qu’à une seule des fonctions d’une monnaie, et encore, dans une très faible mesure. Sa forte volatilité le rend impropre aux rôles d’unité de compte et de réserve de valeur.

Malgré ces difficultés et grâce à la combinaison innovante des technologies numériques existantes, le Bitcoin a été salué par certains comme une alternative au système de paiement traditionnel. Le système étant décentralisé, des intermédiaires tels que les banques et la banque centrale ne sont plus nécessaires. Néanmoins, la réalité s’est révélée plus difficile que la théorie. Les utilisateurs du Bitcoin ont découvert que des logiciels décentralisés ne débouchent pas nécessairement sur des marchés décentralisés, car les transactions en bitcoins demandent une telle puissance informatique qu’elles ne peuvent être traitées que par un faible nombre de personnes qui possèdent la technologie suffisante. D’ailleurs, une des conséquences souvent ignorée du « minage » des bitcoins est la forte consommation d’énergie nécessaire et la hausse de la consommation mondiale d’électricité qui a découlé de la popularité du Bitcoin. Ainsi, en 2018, le « minage » du Bitcoin consommait plus d’énergie que l’électricité consommée annuellement par des pays comme l’Irlande, le Portugal ou le Pérou. Un autre souci du Bitcoin vient du temps nécessaire pour effectuer une transaction. Si les systèmes de paiement habituels tels que Visa sont capables d’effectuer 1 667 transactions par seconde, le Bitcoin n’est capable de réaliser qu’un maximum de 3 à 4 transactions par seconde. Du coup, quand il y a beaucoup de monde qui souhaitent faire une transaction, le temps d’attente pour la confirmer peut durer plusieurs heures, jusqu’à 12h parfois. Le Bitcoin est donc un moyen de paiement lent et inefficace, car son coût énergétique est élevé.

Par ailleurs, si la cryptographie, les Blockchain et les registres distribués sont utiles pour permettre d’avoir confiance dans les autres membres du réseau, ils sont encore loin d’être en mesure de remplacer l’autorité centrale des systèmes de paiement classiques. En effet, avec le Bitcoin, il n’y a aucun recours possible en cas de paiement au mauvais expéditeur ou de double paiement. En cas de perte de la « clé », les bitcoins sont définitivement perdus, et l’utilisateur ne peut pas simplement appeler sa banque pour obtenir une nouvelle carte.

Notons également que, avec le Bitcoin, le rôle d’une politique monétaire est complètement ignoré. La création monétaire est déterminée a priori et est fixe. Or, la politique monétaire a pour mission de viser la croissance de la masse monétaire afin de stimuler l’activité économique tout en maîtrisant l’inflation. S’il n’y a pas de banque centrale pour contrôler la masse monétaire, personne ne peut intervenir en cas de flambée de l’inflation ou déflation. Sans politique monétaire, la conjoncture deviendrait plus volatile, avec de plus fortes surchauffes de l’économie et des récessions plus dures. Un autre problème est qu’une économie basée sur le Bitcoin aurait un effet déflationniste. Cela tient au fait que la quantité totale de bitcoins est déterminée et ne peut croître avec l’économie. Cela peut engendrer différents problèmes. Par exemple, quand les taux sont au plus bas, les forces déflationnistes poussent les taux réels à niveau trop élevé, ce qui pourrait mettre l’économie dans un état permanent de stagnation.

Pour conclure, on ne peut pas dire que le Bitcoin ou les autres cryptomonnaies sont réellement des monnaies. Comme le dit Mario Draghi, le Président de la Banque Centrale Européenne (BCE) : « Les cryptomonnaies ou les bitcoins, ou les autres choses du genre, ne sont pas vraiment des monnaies, ce sont des actifs. Un euro, c’est un euro – aujourd’hui, demain, dans un mois – c’est toujours un euro. Et la BCE est derrière l’euro. Qui est derrière les cryptomonnaies? Ce sont donc des actifs très, très risqués. »

Le futur : la blockchain

Si le Bitcoin n’a pas réussi à s’imposer comme nouvelle monnaie, cela ne signifie pas que l’idéal derrière les cryptomonnaies est mort. En effet, les cryptomonnaies ont engendré un volet distinct de recherches sur la Blockchain aux intermédiaires financiers qu’elles s’étaient efforcées de rendre obsolètes. Ces intermédiaires mettent actuellement sur le marché les premiers services financiers axés sur la Blockchain, et d’autres sont en cours. Par ailleurs, beaucoup d’autres industries s’emparent progressivement de la Blockchain afin de faciliter le partage d’information, par exemple. Des contrats intelligents, qui prennent automatiquement effet en fonction des données entrantes, utilisent la Blockchain pour valider ou invalider des clauses contractuelles. La technologie Blockchain peut aussi être utilisée pour faciliter l’expédition de marchandises à travers le monde en diminuant le nombre de vérifications à réaliser et le nombre de documents à signer. Il est également possible d’assurer la traçabilité d’un produit, par exemple un médicament ou un produit alimentaire car la technologie Blockchain permet de savoir exactement d’où vient chaque produit et quelles étapes il a franchi. Les cadastres et tout ce qui est lié à la preuve de propriété peuvent également utiliser la Blockchain, qui permet de disposer d’une base de données unique, immuable et avec tout son historique. Les marques automobiles et les compagnies aériennes et de transport peuvent également utiliser la Blockchain pour créer un carnet d’entretien numérique qui conserve l’historique des entretiens et kilométrages. En conclusion, les possibilités d’utilisation de la Blockchain sont infinies et de nombreuses entreprises travaillent actuellement au développement de telles applications. C’est donc définitivement une technologie qui va continuer à faire parler d’elle dans le futur.