Brexit : le bout du tunnel ?

Brexit : le bout du tunnel ?

Etats-Unis – Affaiblissement des ventes de détail

Les ventes de détail américaines ont baissé de 0,3% en septembre. C’est la première baisse depuis le mois de février et elle a conduit à faire légèrement baisser la croissance annuelle des ventes, qui reste néanmoins robuste, à 4,1%. Si l’on fait abstraction des ventes de voitures et de carburant, le ralentissement est aussi marqué (0,0% de croissance en septembre) : le 3ème trimestre était ainsi le plus faible de l’année, avec une croissance de 1,2% ToT. Nous nous attendons à ce que l’affaiblissement des ventes se poursuive et limite la croissance au 4ème trimestre. Les consommateurs sont en effet le dernier moteur vaillant de l’économie.

La production industrielle a continué de baisser, de 0,4% en septembre après le rebond du mois d’août. L’utilisation des capacités de production sont tombées à 77,5%, un plus bas de deux ans qui explique la contraction actuelle des investissements, même en dehors du secteur pétrolier. Les chiffres de l’optimisme dans le secteur de la construction ne montraient par contre encore aucun signe de ralentissement. L’indice NAHB, qui était tombé à un plus bas de trois ans en décembre 2018 après une courte période de resserrement monétaire, est reparti à la hausse en 2019 pour atteindre 71 en octobre, un signe que les premières baisses de taux ont eu un effet bénéfique sur le secteur.

Zone Euro – Encore trop tôt pour annoncer un redressement de la production

La production industrielle a augmenté de 0,4% MoM en septembre, après -0,3% en août. Néanmoins, il ne semble pas vraiment que la récession industrielle soit terminée pour l’instant. D’abord, par rapport à août 2018, la production industrielle est en baisse de 2,8%. Ensuite, alors que le ralentissement touchait principalement l’Allemagne et l’Italie, la France connait désormais une baisse de sa production industrielle, confirmant qu’elle n’est pas à l’abri des problèmes mondiaux auxquels le secteur est confronté. Globalement, la production étant plutôt volatile, et principalement durant l’été, il ne semble pas que ces données puissent être interprétées comme un tournant, en tous cas tant que le conflit commercial mondial n’est pas complètement réglé. Dans ce cadre, alors que les USA s’apprêtent à taxer plus de biens européens suite au jugement de l’OMC sur Airbus, le mini accord entre la Chine et les États-Unis peut être considéré comme un premier signe positif, même s’il devra encore être suivi d’un accord plus global le mois prochain (Sommet Asie-Pacifique du 17 novembre au Chili) pour avoir de véritables effets. Pour l’instant, l’impact du ralentissement industriel sur le secteur des services est limité.

Chine – Nouveaux signes de faiblesse

Les données publiées sur la croissance du crédit montraient les faiblesses de la croissance chinoise actuelle. En effet, si la masse monétaire a vu sa croissance s’accélérer encore pour atteindre le rythme annuel de 8,4% sur un an en septembre, la contrepartie crédit de cet agrégat montrait des déséquilibres. En effet, une masse de crédit a été faite en septembre : sur le 3ème trimestre, les nouveaux crédits atteignaient près de 15% du PIB. La moitié de ceux-ci étaient du crédit aux collectivités locales, un signe qui montre que le plan de relance actuel est surtout destiné à des projets d’infrastructures locaux et que la demande privée est affaiblie. D’autres chiffres en témoignent cette semaine, il en va ainsi des prix à la production, en baisse pour le 3ème mois consécutif, et des données d’importations en baisse de 6,2% (en yuan sur un an) et de plus de 8% en USD. La croissance du PIB est ainsi tombée à 6% sur un an au 3ème trimestre, un des rythmes les plus bas depuis plus de 25 ans. Ces chiffres confirment que l’impact négatif sur le commerce extérieur européen sera persistant.

Brexit : le bout du tunnel ?

Après l’accord arraché l’an dernier par Theresa May, Boris Johnson a réussi à négocier un nouvel accord, approuvé par le Conseil Européen jeudi dernier. Même s’il a plus de chance que l’accord négocié par Theresa May de passer le cap de Westminster, le résultat est encore loin d’être acquis. En attendant, la probabilité d’un Brexit sans accord s’éloigne, laissant la GBP proche des 0,85 face à l’EUR.

Pas encore… mais il semble que l’horizon s’éclaircisse quelque peu. En effet, jeudi dernier, Boris Johnson a arraché un accord à Bruxelles. Ce dernier, s’il est un peu différent de celui négocié l’an dernier par Theresa May (voir ci-dessous), doit suivre le même chemin législatif : être approuvé par les parlementaires britanniques, faire l’objet d’une législation d’application (elle aussi votée) et enfin être approuvé par le Parlement Européen. Le tout avant le 31/10. Tic-tac, tic-tac…

Ce qui s’est passé ce week-end

Le vote devait avoir lieu samedi, et s’annonçait très (trop ?) serré. Les parlementaires britanniques n’ont finalement pas voté l’accord, laissant le suspense vivre encore un peu… L’amendement Letwin a par contre été voté à 322 voix contre 306. Cet amendement prévoit que l’accord sera voté en même temps que la législation nécessaire à sa mise en place. Il évite ainsi de rendre caduc le Benn Act qui, voté au mois de septembre, obligeait Boris Johnson à demander une prolongation de trois mois à l’UE si un accord n’était pas voté. En effet, certains parlementaires craignaient qu’une fois la condition du Benn Act remplie (un accord trouvé et voté), les Brexiters les plus extrêmes saboteraient le processus d’adoption des actes législatifs organisant l’accord, provoquant de ce fait un « hard Brexit » le 31/10. C’est dire le niveau de méfiance qui règne à Westminster actuellement…

Ce qui est attendu cette semaine

Dans l’état actuel des choses, un « hard Brexit » semble désormais peu probable. La ligne du temps jusqu’au 31/10 reste néanmoins serrée. Le Gouvernement devrait présenter les textes d’application cette semaine et il semble que dans ces conditions, une courte majorité puisse se dessiner en faveur de l’accord. Il faudrait encore que le Parlement Européen ait le temps de se réunir pour voter le texte, ce qui pourrait se faire la semaine prochaine.

Il se pourrait néanmoins que le processus soit ralenti au Parlement par de nouveaux amendements (certains parlent de réintroduire l’idée d’une union douanière avec l’UE, à l’image de la Turquie, ce qui n’est pas ce qu’il y a dans l’Accord négocié la semaine dernière). Dans ce cas, le Benn Act imposerait à Boris Johnson de demander une extension jusqu’au mois de janvier. Il n’est pas garanti qu’elle soit accordée car la France est déterminée à mettre son veto à moins que des élections soient organisées en Grande-Bretagne, ce à quoi le Labour n’a pas d’intérêt pour l’instant (et il dispose du poids nécessaire pour l’empêcher)…

Les perspectives pour l’EUR/GBP

Cependant, il semble que le scénario le plus probable, après celui d’une adoption des textes et de l’accord cette semaine permettant un Brexit avec accord le 31/10, est celui d’une extension courte suivie d’élections et d’un Brexit avec accord au 31/1. Pour l’EUR/GBP, cela signifie que la probabilité d’une forte dépréciation s’estompe. Les niveaux synonymes de risque élevé de Brexit (au-dessus de 0,9 face à l’EUR) ont été abandonnés : la GBP s’est appréciée de 3,3% face à l’EUR depuis le début du mois et des niveaux plus proches de 0,85 devraient être observés, sauf en cas de revirement majeur dans la saga Brexit.

Ce qui a été approuvé par le Conseil Européen jeudi soir

L’accord arraché par Boris Johnsson à seulement deux semaines du 31 octobre est l’accord de retrait qui permettra de débuter la période de transition vers le Brexit effectif à la fin 2020. Autrement dit, rien ne change d’ici là, ce qui laisse 14 mois pour mettre en place les modalités négociées en termes de flux commerciaux de biens et pour négocier un accord sur les services. Ce qui était inacceptable pour les Britanniques dans l’accord négocié par Theresa May était le fameux « back-stop » irlandais : le fait que si aucune solution n’était trouvée d’ici la fin 2020, la Grande-Bretagne resterait dans l’union douanière jusqu’à ce qu’un accord soit trouvé (c’est-à-dire potentiellement indéfiniment), l’Irlande du nord restant dans le marché unique européen. La solution trouvée jeudi dernier était de faire de l’Irlande du nord (qui resterait dans le marché unique), une sorte de hub de collecte des taxes et des contrôles douaniers pour les flux commerciaux entre la Grande Bretagne et l’Irlande ou le reste de l’UE. Au lieu de mettre une frontière sur la terre d’Irlande, au risque de raviver les tensions entre les deux Irlandes, la frontière est donc placée dans le bras de mer entre l’Irlande du nord et la Grande-Bretagne.

Concrètement, sur le schéma ci-dessous, pour une exportation de Grande-Bretagne vers l’île d’Irlande, les droits de douane européens sont payés de toutes façons, et remboursés s’ils sont destinés à l’Irlande du Nord et y restent. Sinon, ils peuvent traverser librement la frontière avec la République. Cependant, ce « partnership » douanier, discuté la semaine dernière entre les Premiers Ministres britannique et irlandais, n’a pas encore été officiellement détaillé et fera l’objet de discussions législatives cette semaine.

La nouvelle proposition de back-stop en image