Un léger mieux pour le climat des affaires, mais les perspectives à court terme sont très incertaines

Un léger mieux pour le climat des affaires, mais les perspectives à court terme sont très incertaines

Le climat des affaires en France s’est légèrement amélioré en janvier, grâce à une bonne performance de l’industrie et du commerce de gros. Les services et le commerce de détail continuent de subir les restrictions sanitaires actuelles. Compte tenu de l’évolution de la situation sanitaire, les perspectives économiques pour le premier trimestre sont plus que jamais incertaines. Même sans nouvelles restrictions, la sortie du confinement de novembre ne sera probablement pas synonyme de rebond comme l’a été le premier déconfinement. Nous attendons une croissance très peu dynamique au premier trimestre. Si une nouvelle fermeture des magasins non-essentiels ou une fermeture des écoles devait être décidée, nous estimons qu’il faut attendre une diminution du PIB au premier trimestre. Cela conduirait la France à vivre son quatrième trimestre de croissance négative en 15 mois, une situation plus défavorable que les pays européens voisins.

L’industrie et le commerce de gros tirent le climat des affaires vers le haut

Le climat des affaires s’est légèrement amélioré en France en janvier par rapport à décembre, l’indice étant passé de 91 à 92. Cette légère hausse est due à une amélioration du climat des affaires dans l’industrie (l’indice ayant augmenté de 94 à 98 en un mois) et le commerce de gros (de 86 à 94 en deux mois). Dans ces deux secteurs, le climat des affaires a atteint son plus haut niveau depuis le mois de mars, signe d’un redressement quasi ininterrompu de la situation conjoncturelle depuis le confinement d’avril. Le confinement de novembre, dont les restrictions touchaient principalement le secteur des services et les commerces de détail, n’a presque pas eu d’influence sur la progression constante du climat des affaires dans l’industrie et le commerce de gros. Néanmoins, les indices de ces deux secteurs se trouvent encore en-dessous de leur moyenne à long terme et de leur niveau d’avant crise. Compte tenu des mesures de restrictions actuellement mises en place en France (couvre-feu, fermeture des bars, restos, lieux culturels, sportifs et remontées mécaniques), ces secteurs vont probablement continuer à mieux se porter que les services et le commerce de détail dans les prochains mois. Ils restent donc les moteurs de la conjoncture française à l’heure actuelle.

Remarquons d’ailleurs, qu’en ce qui concerne spécifiquement le secteur industriel, les enquêtes trimestrielles révèlent que le taux d’utilisation des capacités de production, un bon indicateur des déséquilibres entre offre et demande, a augmenté faiblement entre octobre et janvier pour atteindre 79%. Sur cet indicateur là également, la progression est constante depuis le début de la pandémie et le confinement de novembre n’a pas véritablement eu d’impact négatif. Néanmoins, la situation reste détériorée par rapport au niveau d’avant crise (83). 

Dans le secteur des services et dans le commerce de détail, les indices ne fluctuent quasiment pas en janvier par rapport à décembre. Cette stagnation est à mettre en parallèle avec le niveau des restrictions sanitaires qui touchent ces deux secteurs, qui est resté stable en janvier par rapport à décembre, après la forte amélioration de décembre causée par la sortie du confinement. Pour les prochains mois, il est à craindre que le climat des affaires ne s’améliore pas beaucoup dans ces secteurs. Il pourrait même se détériorer nettement si de nouvelles restrictions devaient être introduites (comme la fermeture des magasins non-essentiels ou la fermeture des écoles).

Enfin, notons que le climat de l’emploi s’améliore très légèrement en janvier, passant de 86 à 87, mais reste loin en-dessous de son niveau d’avant crise (105).

Quelles perspectives pour la suite ?

Plus que jamais, la situation sanitaire continue de dominer entièrement les perspectives économiques. Et dans ce cadre, les deux prochaines semaines seront synonymes de tous les dangers pour la France. L’évolution de la pandémie n’est pas rassurante et le nouveau variant anglais fait grandir le pessimisme. Dans tout le pays, les responsables hospitaliers commencent à envisager publiquement la possibilité d’un troisième confinement pour freiner une situation qui pourrait être hors de contrôle dès la mi-février, à l’image de ce qu’ont connu l’Angleterre et l’Irlande en décembre. Si le gouvernement préfère à l’heure actuelle attendre de voir comment la situation évolue, il sera peut-être forcé de prendre rapidement des décisions drastiques. Dès lors, nous estimons qu’un nouveau confinement au premier trimestre, avec une nouvelle fermeture des commerces considérés comme non-essentiels, ne peut pas être exclu. S’il devait avoir lieu, cela impliquerait que la croissance trimestrielle du PIB tomberait probablement en négatif au T1. En effet, on peut considérer que le mois de janvier aura un niveau d’activité globalement similaire à celui du mois de décembre. Un nouveau confinement ferait vraisemblablement tomber l’activité économique au niveau observé en novembre. Et il est peu probable qu’on parvienne à atteindre à un moment pendant le trimestre le niveau d’activité qui prévalait en octobre. Après la chute du PIB au premier, deuxième trimestre et quatrième trimestre 2020, une nouvelle diminution au premier trimestre 2021 conduirait la France à connaitre son quatrième trimestre de baisse d’activité économique en 15 mois. Etant donné que des pays comme l’Allemagne et les Pays-Bas n’ont pas connu de confinement en novembre, un tel scénario impliquerait que la France commencerait l’année 2021 en posture plus défavorable que la moyenne de la zone euro. Heureusement, s’il devait y avoir une chute d’activité au T1 en France, celle-ci serait moins importante qu’ailleurs dans la zone euro où des confinements sont en vigueur depuis mi-décembre. L’expérience du premier déconfinement nous montre également que, si la France a tendance à chuter plus que d’autres pays, le rebond après peut-être beaucoup plus dynamique.  

Si un troisième confinement peut être évité, les restrictions sanitaires pèseront néanmoins fortement sur l’activité économique au premier trimestre. Si, en sortie du premier confinement, on avait pu observer un rebond très dynamique de l’activité, un tel rebond ne peut pas être envisagé pour la sortie du deuxième confinement. En effet, les restrictions, dont la fermeture des bars et restaurants, des lieux sportifs et culturels ainsi que le couvre-feu à 18h, pèsent sur la consommation des ménages et sur l’activité de certains secteurs. Avec la non-réouverture des remontées mécaniques pour les vacances de février, l’ensemble de la saison de ski semble compromis. Certaines sources proches du gouvernement laissent aussi entendre que la fermeture des restaurants pourrait être prolongée jusqu’au début du mois d’avril, et celles des bars et cafés jusqu’au mois de juin. In fine, il semble donc qu’on puisse tabler sur des restrictions fortes sur l’ensemble du premier trimestre 2021. Dès lors, même sans nouveau confinement, la croissance trimestrielle du T1 par rapport au T4 2020 ne sera pas très dynamique, et pourrait s’approcher de 0%.

Dans le contexte actuel, il semble qu’il faudra attendre le deuxième trimestre pour que l’activité économique en France puisse réellement rebondir. Une fois le vaccin suffisamment déployé, les restrictions levées, le tourisme européen à nouveau autorisé et les craintes de nouvelles restrictions à venir envolées, l’économie devrait rebondir fortement. Nous prévoyons une croissance dynamique en seconde partie d’année 2021, ainsi qu’en 2022. Dans ce contexte, l’objectif du gouvernement de 6% de croissance en 2021 semble difficilement atteignable. Atteindre une croissance de 4.5% sur l’année sera déjà une belle réussite. Le reste de la reprise aura lieu en 2022 et il faudra probablement attendre la moitié de 2023 pour voir l’activité économique retourner à son niveau d’avant crise.