Consommation et environnement : une équation parfois compliquée

Consommation et environnement : une équation parfois compliquée

Trois Français sur quatre pensent que l’environnement est plus important que la croissance économique et soutiennent majoritairement une interdiction des emballages plastiques dans les supermarchés. Ils sont notamment inquiets pour la biodiversité. Cependant, lors de l’achat de biens ménagers importants, le prix est un critère aussi important que la durée de vie. Si les Français ne sont pas les champions du recyclage, ils sont plus friands de seconde main que la moyenne des Européens et ont davantage tendance à réparer ce qui tombe en panne.

Environnement ou croissance ? Pas d’unanimité

Une enquête récente d’ING1 dans différents pays dont la France montre que 74% des citoyens européens sont d’accord pour dire que la priorité doit aller à la protection de l’environnement, « même si cela engendre une croissance économique plus lente ». En France, cette proportion est supérieure à la moyenne (77%), et peu de répondants sont indécis sur cette question, contrairement à d’autres pays européens, comme la Belgique. 21% des répondants français vont cependant jusqu’à affirmer le contraire. On remarque cependant que c’est moins que dans certains pays moins riches d’Europe : 35% en Roumanie, 29% en Pologne, 25% en Italie pensent que la croissance est une priorité, « même si l’environnement en souffre quelque peu » (Graphique 1).

Une majorité de Français et d’Européens pensent donc que l’environnement est un problème urgent à régler et au premier rang des problématiques liées à celui-ci, on retrouve l’usage des plastiques, premier souci de 34% des Européens. Pour les Français, c’est le changement climatique qui est le plus préoccupant (31%), juste avant l’usage des plastiques (28%). On remarque en outre que les Français sont les plus inquiets pour la biodiversité : 12% la citent comme la problématique la plus importante (Graphique 2).

L’usage de plastique : un combat de supermarché

L’usage du plastique dans les emballages alimentaires constitue une large part des déchets produits dans le monde. Les consommateurs français en sont conscients, notamment lorsqu’ils font leurs courses au supermarché : ils sont 41% à déclarer préférer des produits moins emballés avec une durée de conservation moins longue et 41,5% à accorder autant d’importance à la quantité d’emballage qu’à la date de péremption. La réduction du plastique dans les emballages alimentaires est la première priorité pour 43% d’entre eux, devant un investissement accru dans les plastiques constitués de matières biologiques (24%) ou les plastiques biodégradables ou compostables (20%).

75% des Français pensent d’ailleurs que les supermarchés devraient arrêter de proposer des emballages en plastique: une proportion nettement supérieure à la moyenne européenne de 70%. Cependant, seuls 41% des répondants français disent être prêts à payer plus cher pour disposer d’emballages plus durables, contre un Européen sur deux dans notre enquête.

La piste du recyclage, déjà bien suivie

Les consommateurs sous-estiment en outre la quantité d’emballages plastiques qu’ils jettent chaque jour : 57% disent en jeter un ou deux et 31% entre trois et cinq. Seuls 2,5% des Français admettent jeter plus de 10 emballages par jour. Statistiquement, 33 kilos d’emballages sont jetés chaque année en France par habitant, soit près de 100 grammes par habitant par jour.

Cependant, en France, les consommateurs ont pris le pli du recyclage : 83% des personnes ayant répondu à l’enquête disent séparer leurs déchets (cartons, verres, et légèrement moins fréquemment plastiques) systématiquement à la maison. C’est, là encore, moins bien que la moyenne des Européens (93%) mais on observe que les régions rurales font mieux que les villes (90% contre 73% dans les plus grandes villes de France). Cela ne veut pas dire que les instructions sont toujours claires en la matière : notre enquête montre que plus d’informations sont nécessaires car 7 personnes sur dix disent parfois avoir des doutes sur la manière de trier certains déchets au quotidien. Les piles et batteries sont un autre exemple du fait que des efforts d’information sont nécessaires : en France, seuls 69% des femmes et 63% des hommes font attention à les recycler. Pour près d’une personne sur dix, cela demande trop d’efforts ou cela n’en vaut pas la peine. 5% considèrent ne pas avoir de points de dépôts suffisamment près de chez eux.

Enfin, l’enquête d’ING montre que l’achat en seconde main est une option de recyclage pratiquée en France lorsque la différence de prix en vaut la peine : 31,5% opteraient par exemple pour un réfrigérateur de seconde main si la réduction du prix était de 50%, mais cette proportion tombe à 11,5% lorsque la réduction du prix est limitée à 12%. Globalement, les Français sont un peu plus friands de seconde main que la moyenne européenne (27% quand la réduction de prix est de 50%).

Pour les achats de biens importants, les prix sont encore aussi importants que la durée de vie

Lors d’achats ménagers importants (matelas, machines à laver ou lave-vaisselles) dont on attend qu’ils durent au moins 5 ans, les consommateurs français accordent autant d’importance à leur durée de vie qu’à leur prix (Graphique 4). Seuls les Espagnols et les Britanniques sont aussi dans ce cas : tous les autres accordent plus d’importance à la durée qu’au prix. Comme les autres répondants européens, les consommateurs français sont attentifs au fait que le produit soit réparable en cas de panne (35% des répondants, contre 55% aux Pays-Bas par exemple, citent cela comme un critère important lors de l’achat).

Ainsi, les consommateurs français sont 71% à préférer réparer leur appareil lorsque la réparation ne coûte pas plus de 20% du prix d’un nouvel appareil. C’est nettement mieux que la moyenne européenne (61%). Cependant, si la réparation coûte plus cher, une majorité préférera acheter un appareil neuf. Le type de bien est évidemment important à cet égard : les consommateurs sont plus nombreux à faire réparer un vélo ou un électroménager qu’un meuble ou un vêtement. Pour les produits électroniques comme les smartphones, on notera enfin que deux fois plus (42%) de consommateurs ont préféré jeter ou recycler leur téléphone en cas de panne au cours de l’année écoulée plutôt que de le faire réparer.

La production d’emballages plastiques

Une récente étude d’ING2 a montré que le plastique est omniprésent dans notre vie quotidienne. Les entreprises européennes transforment chaque année plus de 50 milliards de kilos de plastique pour toutes sortes d’applications telles que l’emballage et les matériaux de construction. On estime que plus de 8 milliards de kilos sont utilisés pour l’emballage des aliments et des boissons, ce qui équivaut au poids de 8 millions de voitures. Le plastique est un matériau indispensable pour les fabricants de produits alimentaires et les supermarchés. Comparé à d’autres matériaux d’emballage, comme le carton, les boîtes de conserve ou le verre, le plastique est léger, flexible et peu coûteux. Il contribue également à la sécurité alimentaire et à la durée de conservation des aliments et offre une facilité de transport et d’utilisation des produits.

Il y a cependant des inconvénients à sa popularité. Les emballages en plastique contribuent aux problèmes environnementaux. Ils sont fabriqués à partir de pétrole et de gaz et se décomposent à peine lorsqu’ils finissent dans l’environnement sous forme de déchets. En Europe, les emballages représentent 60 % de tous les déchets plastiques. Au Benelux, 30 kilogrammes de déchets d’emballages plastiques sont produits par personne et par an pour 33 kilogrammes en France et la quantité totale de déchets d’emballages plastiques en Europe est en hausse. Parce qu’une partie seulement des déchets est recyclée, des matières premières précieuses sont perdues et l’incinération des déchets plastiques pour la production d’énergie conduit, entre autres, à des émissions de CO2.

Selon cette étude d’ING, le nombre total d’emballages plastiques va encore augmenter dans les années à venir. Dans la plupart des pays européens, la population augmente et l’utilisation d’emballages par personne augmente également. Cela s’explique par l’évolution des comportements de consommation, comme l’augmentation de l’utilisation des produits de consommation courante (par exemple, les fruits et légumes pré-coupés). La demande de petits emballages augmente également en raison de l’augmentation du nombre de ménages monoparentaux. En raison de l’augmentation du nombre d’emballages en plastique (à usage unique), les problèmes liés au plastique deviennent de plus en plus apparents.

En raison de l’impact sur l’environnement et du sentiment négatif des consommateurs à l’égard du plastique, de plus en plus de fabricants et de détaillants alimentaires s’efforcent cependant d’obtenir moins de matériaux d’emballage ou de meilleurs emballages plastiques. Le secteur alimentaire peut réduire la quantité de plastique nécessaire de diverses manières, promouvoir le recyclage et réduire l’impact environnemental des emballages. Il peut s’agir, par exemple, d’alléger les emballages, d’utiliser des matériaux recyclés ou biologiques ou d’omettre l’emballage (à condition toutefois que cela n’entraîne pas une augmentation des déchets alimentaires). Aucune solution unique ne suffit à elle seule à résoudre le problème du plastique, ce qui rend les combinaisons nécessaires. L’étude en examine quelques-unes.

 


1. L’ING International Survey est une enquête réalisée régulièrement par ING via IPSOS auprès de 1000 personnes par pays représenté, représentatives de la population. En France, l’enquête a eu lieu du 15 au 31 août 2019.
2. Par Thijs Geijer, Economiste Senior d’ING à Amsterdam, téléchargeable ici