Croissance au T3 : la demande intérieure reste robuste

Croissance au T3 : la demande intérieure reste robuste

En France, la croissance du PIB au troisième trimestre de l’année (0,26% par rapport au trimestre précédent) aura déçu. Le rebond dans la consommation privée n’était pas entièrement au rendez-vous mais les investissements des entreprises ont continué sur une trajectoire ascendante. Nous maintenons notre prévision de croissance de 1,3% en 2019, mais tablons sur un ralentissement conjoncturel au premier semestre 2020.

Les entreprises sont le principal moteur de la demande intérieure

La croissance du PIB au premier trimestre 2019 était légèrement plus faible qu’attendu par ING. Le rebond attendu dans la consommation privée n’était en effet pas complètement au rendez-vous. La demande intérieure était néanmoins robuste au T3, en particulier les investissements des entreprises.

La consommation des ménages s’est redressée, passant d’une croissance de 0,2% ToT au T2 à 0,3% au T3, un rythme toujours inférieur à celui atteint au début de l’année. Il est vrai que les dépenses de consommation ont mal terminé l’été (elles se sont contractées de 0,4% sur un mois en septembre). Cela dit, la confiance des consommateurs a atteint en septembre et octobre un de ses plus hauts niveaux depuis la crise. La forte baisse de la population au chômage au T3 (la plus forte en un trimestre depuis plus de dix ans) ainsi que la fin des effets de la crise des « gilets jaunes » et les premiers effets des stimuli fiscaux ont en effet contribué à la baisse des craintes quant au chômage et à une “lente” remontée des intentions d’achats. Nous nous attendons à ce qu’elle se concrétise encore un peu plus au T4. Cependant, sur un an, la consommation privée n’est en hausse que de 1,3% au T3, ce qui devrait mener à une croissance 2019 à peine plus élevée que les 0,9% atteints en 2018. Nous attendons 1,2%.

Par ailleurs, les investissements des ménages dans de nouvelles constructions ont connu un nouveau trimestre très faible après le rebond enregistré au T2 (+0,1% ToT au T3 après 1,6% au T2). Cela dit, il faut remarquer que la baisse des taux intervenue après 2014, même si elle a mis du temps pour avoir un impact, a permis un rebond des investissements depuis le début 2016 : leur croissance depuis est de 3,3% par an en moyenne. Le rattrapage semble cependant terminé : la moyenne 2019 devrait se situer à 1,7%.

A l’inverse, les investissements des entreprises ont continué de bien se porter au troisième trimestre. Avec une croissance de 1,2% ToT, ils étaient supérieurs aux attentes. En effet, même si aucun repli n’était attendu, l’utilisation des capacités de production s’est plutôt repliée ces derniers mois, notamment dans l’industrie où les indicateurs de confiance indiquent une stagnation de l’activité, des stocks en hausse et des carnets de commandes en baisse. Il semble que l’investissement reste par contre robuste dans le secteur des services où les indicateurs restent au vert. Nous attendons un ralentissement au dernier trimestre de l’année, mais sur l’ensemble de 2019 la croissance des investissements des entreprises devrait néanmoins atteindre 3,9%, comme en 2018.

On notera également que la croissance des investissements publics continue de contribuer positivement à la croissance du PIB. Après plusieurs années de contributions négatives (2013-2016), ils ont donné un coup de pouce de 0,3pp à la croissance en 2018, un chiffre qui devrait doubler cette année. Ainsi, après une croissance de 2,4% sur un an en 2018, ils devraient croître de près de 4% en 2019. Ils restent néanmoins toujours 4% sous leur niveau de 2008.

Les exportations françaises étaient légèrement plus dynamiques au T3

Après une première partie d’année de faible croissance, les exportations ont légèrement rebondi au T3, de 0,3%. Ce n’était cependant pas suffisant pour compenser l’effet des importations sur la croissance puisque celles-ci ont progressé plus rapidement avec la reprise de la consommation privée. Cela laisse au T3 une contribution très négative du commerce extérieur à la croissance du PIB, de -0,4pp.

Les premiers chiffres détaillés de l’été dernier tendent à montrer que c’est surtout la demande des principaux partenaires de la France dans l’Eurozone qui fait défaut (Allemagne et Italie notamment) alors que le reste du monde continue de contribuer fortement à la croissance française. C’est principalement dû à un dollar fort, une situation qui aura marqué, comme attendu, l’essentiel de 2019. La faiblesse de la demande européenne devrait rester un facteur déterminant de la dynamique du commerce extérieur au T4, nous attendons donc une contribution légèrement négative du commerce extérieur en 2019, de -0,2%.

L’économie française pourrait résister plus longtemps au marasme ambiant

Cela ne signifie pas qu’elle pourra l’éviter totalement, mais la reprise de la demande intérieure qui soutient pour l’instant la croissance française est un phénomène largement domestique. En dehors de l’industrie, les enquêtes continuent de montrer des niveaux de confiance élevés. Les intentions d’embauche dans les services permettent ainsi d’être optimiste sur la bonne tenue des chiffres d’emploi dans les prochains trimestres. Cela devrait permettre à la croissance d’atteindre 1,3% en 2019, après 1,7% en 2018.

L’économie française étant plus dépendante des services que de l’industrie, qui représente environ 15% de la valeur ajoutée (la moitié de sa part dans la valeur ajoutée allemande), nous pensons que l’économie française devrait résister plus longtemps au ralentissement mondial actuel que le reste de la zone euro. Cependant, les dernières projections officielles pour 2020, à 1,2 %, semblent déjà optimistes au vu de la baisse de régime observée dans les pays voisins et de certains indicateurs avancés (Graphique 2). D’autres facteurs domestiques, pourraient enrayer la machine plus tôt. Les grèves dans les transports annoncées au T4 sur fonds de réforme des retraites, si elles affectaient les vacances comme en 2018, pourraient déjà affecter la croissance à la fin de l’année.

Nous tablons donc sur un ralentissement de la croissance en première partie d’année 2020, ce qui limiterait la progression du PIB à 1,0% l’an prochain. Pour ce qui est du taux de chômage, si sa baisse devrait s’accélérer d’ici là (vers des niveaux inférieurs à 8,0%), nous pensons qu’elle devrait s’interrompre avec le ralentissement de la croissance, vers la mi-2020.