Deux ans d’approche Terra

Deux ans d’approche Terra

ING vient de publier son deuxième rapport sur l’état d’avancement de l’approche Terra concernant nos efforts en vue d’aligner notre portefeuille de prêts sur les objectifs climatiques de l’Accord de Paris. Trois experts d’ING témoignent de la façon dont ils mettent l’approche Terra en pratique.


Kaitlin Crouch, Leonie Schreve et Michiel de Haan

Le rapport donne des précisions sur nos progrès, y compris nos objectifs, dans les neuf secteurs de notre portefeuille de prêts les plus responsables du changement climatique. La plupart sont sur la bonne voie pour l’alignement climatique, même si des progrès restent à faire dans certains d’entre eux.

Mais comment fonctionne réellement le « pilotage de notre portefeuille » ? Les clients apprécient-ils nos conseils ? Par ailleurs, qu’en est-il de notre objectif de réduction pour les secteurs du pétrole et du gaz ? Est-il suffisant ? Voici les trois questions que nous avons posées à Leonie, Michiel et Kaitlin.

Head of Sustainable Finance : Leonie Schreve

Constatez-vous que les clients vont dans le sens de l’Accord de Paris ?

« Absolument. En règle générale, le développement durable n’est pas considéré comme souhaitable par les clients, mais comme incontournable. À titre d’exemple, nous avons récemment conclu une opération avec un client qui adoptait une position plus attentiste vis-à-vis du développement durable il y a quelques années. Nous avons semé cette idée à l’époque et aujourd’hui ce client nous a sélectionnés pour occuper un rôle décisif dans le cadre d’une opération écologique. »

« Dans le cadre de tous les entretiens avec les clients, nous discutons de leur engagement vis-à-vis de l’Accord de Paris, de leurs projets et de la façon dont nous pouvons les aider à progresser. Nous travaillons avec de nombreuses entreprises pour les conseiller sur leur trajectoire, les activités qu’elles doivent abandonner et celles dans lesquelles elles doivent investir davantage. Nous pouvons vraiment faire équipe avec elles et leur offrir divers produits financiers destinés à financer leur transition vers l’économie de demain. »

Comment parvenez-vous à les convaincre qu’il est temps d’agir ?

« Pour certains secteurs, notamment celui de l’automobile, l’équipe Terra a commencé à élaborer un tableau de bord destiné aux clients. Il offre une vue d’ensemble des acteurs du marché dans le secteur concerné et de la situation du client par rapport à l’indice de référence. C’est un bon outil à utiliser pour entamer un dialogue. Tout d’abord, il permet de confirmer que les clients reconnaissent ce que nous constatons grâce à nos données prospectives. Nous l’utilisons ensuite comme un moyen de préciser, si vous vous situez en dessous de l’indice de référence, la façon dont nous pouvons vous aider à redoubler d’efforts pour l’atteindre ou le dépasser. À titre d’exemple, nous pouvons apporter notre aide en finançant spécifiquement leurs activités « vertes » ou en nous entendant sur des objectifs de transition que nous structurons dans la tarification de la facilité de crédit. Il rend la situation beaucoup plus tangible. »

Quel est l’impact de la Covid-19 ?

« Le développement durable reste une grande priorité pour les clients. Notre volume d’activités en matière de finance durable demeure conforme aux objectifs que nous avions fixés. En revanche, nous constatons que, si des événements comme cette pandémie se produisent, le marché peut évoluer rapidement. En d’autres termes, nous pouvons accélérer la « reconstruction en mieux », mais cela nécessitera un effort conjoint des acteurs du secteur privé, aux gouvernements et autres parties prenantes. »

« Le principal défi à relever concernant l’alignement de notre portefeuille réside en ce que, bien que nous puissions exercer une certaine influence en parlant à nos clients et en structurant les transactions, si le marché n’évolue pas assez rapidement, nous ne pouvons pas prendre les commandes pour chaque secteur et induire un changement. Nous sommes déterminés et capables de faciliter le changement, mais nous dépendons finalement de la direction dans laquelle se dirige l’économie. »

Global Head of Energy sector : Michiel de Haan

Comment avez-vous établi l’objectif de réduction de 19 % pour les secteurs du pétrole et du gaz ?

« Nous l’avons obtenu grâce à une méthodologie que nous avons conçue avec quatre autres banques internationales et notre partenaire 2DII. Tout ce qui concerne le changement climatique nécessite que tous les acteurs agissent dans le même sens, ce qui vaut également pour les banques. Nous devons définir des règles du jeu équitables et offrir la transparence que les parties prenantes exigent de notre part. »

« L’objectif de réduction de 19 % s’appuie sur le scénario de développement durable (SDD) développé par l’Agence internationale de l’énergie (AIE), qui est l’institution la plus réputée à l’échelle mondiale dans ce domaine, reconnue par les gouvernements, les ONG et les entreprises. L’AIE a élaboré ce scénario qui présente une feuille de route pour s’aligner sur l’Accord de Paris au fil du temps. L’analyse de son scénario montre que, si nous souhaitons maintenir l’augmentation de la température moyenne mondiale bien en deçà de deux degrés, la demande de pétrole et de gaz doit être réduite d’au moins 19 % à compter d’aujourd’hui. C’est pourquoi il s’agit de notre objectif minimal de réduction. »

Aurons-nous encore besoin de pétrole et de gaz ?

« Même ce scénario indique qu’en 2040 nous aurons encore besoin de pétrole et de gaz comme les éléments constitutifs indispensables au bon fonctionnement de la société. Nous verrons progressivement une baisse de la demande, étant donné qu’ils sont partiellement remplacés par des énergies alternatives renouvelables. Ils n’en deviendront pas obsolètes pour autant. »

« Nous sommes la première banque mondiale à fixer cet objectif. Cette initiative fait de nous le précurseur incontestable. Notre objectif ne satisfera pas tout le monde. Cependant, n’oubliez pas que nous montrons l’exemple. En outre, avec l’approche Terra, nous nous engageons à utiliser le SDD comme instrument de mesure. »

« Je m’explique : la voie de la transition énergétique dans le cadre de l’Accord de Paris est réévaluée chaque année. Ainsi, si le SDD est adapté pour imposer des objectifs de réduction plus drastiques concernant le pétrole et le gaz, à un rythme plus soutenu, ce scénario révisé continuera à guider la direction que prendra ING. »

Devrons-nous abandonner les clients qui ne respectent pas notre objectif ?

« Il ne s’agit pas de laisser tomber certains clients pour atteindre cet objectif ; il s’agit de dialoguer avec eux. En comprenant comment chacun d’entre eux pilote ses activités pour s’aligner sur les ambitions de l’Accord de Paris, c’est de cette manière que nous souhaitons faire la différence. Nous voulons les aider à emprunter cette voie. Nous pouvons accompagner nos clients grâce à notre connaissance de l’industrie et les inciter, financièrement ou autrement, à prendre les mesures nécessaires, par exemple en réduisant l’intensité des émissions de leurs activités. »

« Néanmoins, en fin de compte, nous entamons des relations avec de nouveaux clients et cessons de faire affaire avec d’autres clients pour toute une série de raisons en permanence. À terme, nous attendons de nos clients qu’ils œuvrent avec nous à la réalisation des objectifs communs que nous nous sommes fixés en tant que société. Si certains clients nourrissent une ambition qui les mène à prendre une direction différente, nous serons amenés à reconsidérer notre relation. »

Project Lead : Kaitlin Crouch

Que pensez-vous de cette deuxième année d’approche Terra ?

« Ce fut un tel plaisir de voir l’approche Terra se concrétiser. Tant d’efforts ont été déployés pour arriver jusqu’ici : de la collecte des données, la détermination du type de méthodologie qui fonctionne le mieux dans chaque secteur, aux nombreuses discussions avec d’autres banques et notre partenaire 2DII. Nous savons où nous en sommes et où nous allons. Désormais, nous pouvons nous concentrer sur la voie à suivre. »

Pourquoi mettre l’accent sur les secteurs ?

« Il est impossible d’utiliser une méthodologie globale pour se rapprocher de l’objectif qui consiste à rester bien en deçà des deux degrés de réchauffement climatique. Pour chaque secteur, vous devez savoir ce qui le fait évoluer et ce dont il a besoin. Prenons le secteur automobile à titre d’exemple. Nous commençons par déterminer quel pourcentage de la production de véhicules d’un client se compose de moteurs à combustion, quel pourcentage est hybride et quel pourcentage est électrique. Nous examinons ensuite les objectifs de l’Accord de Paris et procédons à des évaluations. Je reconnais qu’en matière d’électrification, il reste encore beaucoup à faire. Comme vous pouvez l’imaginer, vous ne pouvez pas utiliser la même mesure pour les véhicules électriques et pour le ciment. Vous devez savoir ce qui provoquera le changement dans chaque secteur. »

Où en sommes-nous aujourd’hui avec l’approche Terra ?

« Nous avons parcouru un long chemin et avons emprunté une voie viable qui nous permet de prendre des mesures aujourd’hui. Bien sûr, cela reste un projet en cours. Nous ne souhaitions pas attendre de trouver la méthodologie parfaite, car il est urgent d’agir. C’est pourquoi nous avons décidé d’aller de l’avant et de résoudre les problèmes en cours de route. Nous faisons preuve de transparence concernant les difficultés auxquelles nous sommes confrontés et la façon dont nous les traitons. Cette manière de procéder et notre ouverture sont favorables à l’action non seulement au sein d’ING, mais également en externe. »

« L’approche Terra s’appuie également sur la collaboration. Nous pouvons rester là dans nos bureaux à élaborer ce que nous considérons comme la bonne approche pour mesurer et piloter. Néanmoins, si nous le faisons seuls, quel effet cette démarche aura-t-elle en réalité ? La seule façon d’induire un véritable changement est d’agir ensemble au sein du secteur financier. C’est pourquoi nous avons travaillé activement avec d’autres banques pour piloter la méthodologie avec 2DII. C’est également la raison pour laquelle elle est proposée en open source et accessible à toutes les banques. J’espère que ce n’est qu’un début. »