[ING Eco #1] D. Trump : retour à la réalité

[ING Eco #1] D. Trump : retour à la réalité

L’ING Eco, votre nouveau rendez-vous hebdo, vous propose un résumé des dernières actualités macroéconomiques, grâce aux experts d’ING Belgique.

Aux États-Unis, D. Trump a subit un important revers la semaine dernière. Son projet de suppression du « Affordable Care Act », plus connu sous le nom « d’Obamacare », n’a pu aboutir, malgré la majorité dont il dispose au Congrès. Essayons ici de tirer quelques enseignements de ce lourd faux pas.

Depuis son élection, D. Trump semblait profiter d’une période de grâce. Il faut dire qu’au moment de l’élection en novembre dernier, le bilan de l’économie américaine était déjà bon : les créations d’emplois se maintenaient à un niveau élevé (supérieur à 185.000 emplois net/mois en moyenne en 2016), le taux de chômage était au plus bas (4,7%) et la grande majorité des indicateurs économiques étaient bien orientés (graphique 1). Après son élection, alors qu’on aurait pu craindre une certaine fébrilité de la confiance et des marchés financiers, l’inverse s’est produit : sur base de promesses d’une relance par la dépense publique, l’abaissement des impôts et la dérégulation, la confiance tant des ménages que des entreprises a fait un bond supplémentaire (graphique 2). Parallèlement, les marchés ont commencé à anticiper les conséquences de cette politique sur la croissance, l’inflation et donc sur la politique monétaire de la Fed.

Ainsi, les marchés boursiers ont dépassé leurs records précédents et le taux à 10 ans américain a gagné plus de 60 points de base en à peine 3 mois. De son côté, la Fed a pu poursuivre la normalisation de son taux directeur : elle l’a augmenté à deux reprises, en décembre et en mars.

“Alors que l’économie américaine se portait déjà plutôt bien l’élection de D. Trump s’est traduite par l’anticipation d’un surcroît de croissance dans les deux prochaines années.”

Gr 1 Le marché du travail américain se porte très bien

Gr 2 La confiance des consommateurs et des entreprises était déjà élevée, mais a encore progressé depuis l’élection de D. Trump

Source : Thomson Reuters

Source : Thomson Reuters

“Mais les promesses faites tardent à se concrétiser ou sont bloquées au niveau juridique ou politique.”

Mais voilà, le « surcroît » de croissance lié à Trump est, à ce stade, anticipé sur base de promesses parfois démesurées. Or, la concrétisation de ces promesses tarde. Au contraire, l’administration Trump subit non seulement des revers sur le plan juridique (les décrets anti-immigrations sont bloqués par la justice) mais aussi des revers politiques. La semaine dernière en effet, la majorité républicaine n’a pas réussi à s’accorder sur un plan de remplacement de l’Obamacare. L’aile la plus conservatrice du parti considère que la proposition ne va pas assez loin, alors que l’aile plus centriste craint que cette même proposition ne désavantage de trop son électorat de base composé de familles à faible revenu et de personnes âgées. Ces revers semblent de plus en plus faire douter les marchés financiers de l’ampleur du surcroît de croissance que l’on peut attendre de D. Trump. Comment dès lors envisager les prochains mois ?

“Cela montre que les institutions démocratiques ne se résument pas au Président mais cela pourrait remettre en cause le fort optimisme de certains en ce compris des marchés. Par contre, il devient urgent pour D. Trump de faire passer certaines promesses ce qui devrait se traduire par une impulsion budgétaire en deuxième partie d’année et en 2018.”

Pour en revenir aux Etats-Unis, on peut effectivement craindre qu’à court terme, l’énorme optimisme suscité par l’élection de D. Trump ne s’émousse quelque peu. Ceci devrait aussi avoir pour conséquence que le mouvement de hausse des taux longs américains devraient marquer une pause. Ils pourraient même refluer un peu, signe d’une réappréciation des anticipations en matière de croissance et d’inflation. Les revers subis montrent d’abord que les institutions démocratiques d’un pays ne se résument pas à un niveau de pouvoir. Pour passer des promesses à la réalité, il faut composer avec l’ensemble des institutions, ce qui est une bonne chose. Un tel constat n’est pas neuf, mais il est bon de se le rappeler tant aux Etats-Unis que dans d’autres pays au résultat électoral incertain.

D’un autre côté, D. Trump voudra, dans les prochains mois, emporter une victoire lui permettant de montrer que ses promesses n’étaient pas que des promesses. Dès lors, on peut s’attendre à d’âpres négociations entre l’administration présidentielle et la majorité républicaine sur la réforme fiscale ou les projets d’investissements publics. La perspective d’une impulsion budgétaire sur l’économie américaine n’a donc certainement pas disparu. Elle pourrait par contre davantage se marquer en fin d’année et en 2018.

En conclusion, l’échec de D. Trump sur l’Obamacare révèle que le rapport de forces entre le Président des Etats-Unis et le Congrès est bien plus équilibré que beaucoup ne le pensent. Ce sera également vrai pour de prochains dossiers sensibles tels que la réforme fiscale. La politique fondée sur une relance budgétaire, la dérégulation et plus de protectionnisme sera certainement poursuivie, mais probablement avec moins de fracas (ou au moins de manière plus lente) que ce qui a été annoncé durant la campagne électorale. Ceci pourrait plus d’une fois encore déstabiliser les marchés et/ou la confiance des agents économiques, mais fondamentalement, les revers récents ne remettent pas en cause un scénario modérément optimiste pour l’économie américaine. Nous tablons à ce jour sur une croissance du PIB de 2,3% cette année et 2,8% l’année prochaine. L’inflation devrait flirter avec les 3% et la Fed devrait poursuivre graduellement la normalisation de son taux directeur par une hausse supplémentaire cette année et deux l’année prochaine.

“Le scénario de croissance n’est pas remis en cause par les revers subis mais ils risquent malgré tout de semer le doute et donc d’imposer une pause dans la tendance haussière des variables économiques et financières en ce moment.”