Un été chaud en perspective

Un été chaud en perspective

États-Unis – Baisse du déficit commercial

Aux Etats-Unis, l’indice PMI de l’institut ISM pour le secteur des services a augmenté plus que prévu en mai à 58.6, contre 56.8 en avril, ce qui est un signe supplémentaire de la bonne santé du secteur tertiaire américain. D’autre part, le déficit commercial des États-Unis s’est amélioré en avril pour s’établir à 46.2 milliards de dollars, contre 47.2 milliards de dollars en mars. Les importations ont diminué de 0.2% en rythme mensuel tandis que les exportations ont augmenté de 0.3%. Ces données pourraient renforcer les affirmations du président Trump selon lesquelles sa politique commerciale agressive porte ses fruits. Néanmoins, s’il l’on regarde l’évolution sur an, ce n’est pas si clair. Le déficit américain avec la Chine au cours des 4 premiers mois de 2018 est en hausse sur un an, à 119 milliards de dollars, contre 106.5 milliards pour les 4 premiers mois 42017. Le déficit avec l’UE est lui en hausse de près de 11 milliards sur la même période et seuls les déficits avec la Corée et le Canada se sont rétrécis. Ces données poussent probablement Trump à maintenir la pression sur ses partenaires commerciaux, comme le non-accord du G7 de ce week-end l’a encore prouvé.

Zone euro – Baisse de la production industrielle allemande et française

En Allemagne, les commandes industrielles continuent à piquer du nez en baissant pour le 4e mois consécutif (-2.5% mom en avril, après -1.1% en mars). La production industrielle allemande a diminué en avril 1.0% en glissement mensuel, après une hausse de 1.7% en mars. Ces données indiquent que l’économie allemande ne parvient toujours pas à passer à la vitesse supérieure. Les raisons de cette stagnation sont multiples, mais il semble que les contraintes de l’offre entravent de plus en plus les perspectives de croissance de l’Allemagne. D’autre part, en France, la production industrielle a également diminué en avril de 0.5%, après la baisse de 0.4% en mars. Dans la zone euro, les ventes au détail ont augmenté de 0.1% en avril, contre 0.4% en mars, ce qui équivaut à une croissance stable de 1.7% sur un an. Même si tout cela nous amène à exprimer notre scénario pour la zone euro avec plus de prudence, nous maintenons notre avis modérément optimiste sur celui-ci. Pour la zone euro, nous prévoyons une croissance de 2.1% en 2018. D’autre part, un speech de P. Praet (Chief Economist BCE) semble indiquer que la BCE est optimiste concernant la reprise de la zone euro et le retour de l’inflation. En conséquence, la réunion de politique monétaire prévue cette semaine et celle de juillet pourraient être riche en information sur le futur du programme de rachats d’actifs (QE). Nous pensons que la BCE continuera son programme à un rythme moindre jusqu’au moins décembre 2018.

Royaume-Uni – PMI en hausse

Au Royaume-Uni, l’indice PMI des directeurs d’achat du secteur des services a augmenté un peu plus que prévu pour s’établir à 54.0 en mai contre 52.8 en avril. L’indice composite s’est lui établis à 54.5 après 53.2 en avril. Après le mauvais premier trimestre où la production britannique a augmenté de seulement 0.1% en glissement trimestriel, ces indicateurs suggèrent que le PIB pourrait croître à un rythme de 0.3 à 0.4% au deuxième trimestre. Nous estimons que ces données renforcent notre prévision de hausse de taux par la Banque d’Angleterre (BoE) en août. La BoE semble en effet estimer que le marché du travail tendu va pousser les salaires à la hausse dans les prochains moins, et donc également l’inflation.

Un été chaud en perspective

Les prochaines semaines présentent un certain nombre de défis politiques susceptibles de perturber la croissance économique mondiale et la confiance des marchés financiers. Le président Trump continue d’intensifier sa rhétorique sur le commerce en cherchant à obtenir le maximum de concessions de l’Europe et de la Chine. Ceci étant, à force d’insister il risque d’aller trop loin et de subir les mesures de rétorsions qui se mettent en place. Par ailleurs, la politique européenne restera sur tous les radars tant les négociations autour du Brexit tournent en rond sans oublier l’Italie dont le nouveau gouvernement mettra vraisemblablement la patience de l’Union Européenne à l’épreuve.

Aux Etats-Unis, la croissance rebondi au deuxième trimestre après un léger ralentissement au premier trimestre. Les risques de voir le début de guerre commerciale s’intensifier, la hausse des prix du pétrole et du taux d’emprunt ne semblent donc pas effrayer les consommateurs et entreprises dont la confiance se situe à des niveaux historiquement très élevés. Cette forte confiance est également soutenue par un marché du travail en pleine forme avec en moyenne 207.000 créations d’emplois par mois depuis le début de l’année, contre une moyenne mensuelle de 182.000 en 2017. Le taux de chômage n’a d’ailleurs plus été aussi bas depuis…1969. On ne voit pas trop ce qui devrait empêcher la Fed de poursuivre le resserrement graduel de sa politique monétaire, si ce n’est une croissance plus faible que prévu en raison d’une escalade du conflit commercial. Pour le dire autrement, la Fed semble davantage préoccupée par une croissance plus faible que prévue plutôt que par une inflation trop forte. A ce stade-ci nous prévoyons toujours 3 hausses de taux supplémentaires en 2018 et ‘seulement’ deux en 2019.

Dans la zone euro, c’est la politique qui a donné le ton ces dernières semaines. La saga italienne a donc bel et bien débouché sur une coalition entre le M5S et la Ligue dont il est fort à parier qu’elle mettra la patience de l’UE à l’épreuve. En effet, s’ils mettent en oeuvre les réformes annoncées (revenu de base, réforme fiscale, réforme des pensions), le déficit public dépassera très vite les limites telles que prévues dans le cadre européen. En Espagne, un nouveau gouvernement (minoritaire) a été formé et sera mené par le socialiste Pedro Sanchez dont les premiers discours ont révélé une approche pro-européenne et une volonté d’avancer sur la réforme de la zone euro.

Sur le plan économique, les indicateurs de confiance ont rebondi sans pour autant atteindre les niveaux de fin 2017. La croissance du second trimestre ne devrait donc pas être nettement plus élevée que celle du premier trimestre. Les tensions commerciales avec les Etats-Unis sont indéniablement le point le plus inquiétant des prochaines semaines/mois, du moins si l’on assiste à une escalade qui pourrait conduire à une hausse des droits à l’importation sur les voitures venant de l’UE. L’un dans l’autre, nous avons revu notre prévision de croissance à la baisse et tablons à présent sur 2,1% de croissance en 2018 et 1.8% en 2019. En ce qui concerne la politique monétaire, l’inflation observée en mai a surpris à la hausse. Ceci étant, elle était notamment due à la hausse des prix du pétrole et la faiblesse de l’euro, or l’impact de ces deux éléments devrait disparaître dans les prochains mois. Pour ce qui est du QE, la réunion de juin devrait donner plus d’indications alors que la première hausse des taux devrait se produire en septembre 2019.

Au Royaume-Uni, les marchés ne s’attendent plus à ce que la Bank of England (BoE) remonte ses taux cette année. Notre scénario prévoit qu’une hausse des taux en août n’est pas à exclure, mais qu’il est encore trop tôt pour affirmer que cela se passera. En effet, cette décision dépendra fortement de la croissance des salaires ainsi que de la santé du secteur de la distribution (retail sector), après que celui-ci ait connu un premier trimestre très compliqué. Par ailleurs, les négociations autour du Brexit semblent de plus en plus compliqué tant les différents partenaires ne parviennent pas à se mettre d’accord sur le cas de la frontière avec l’Irlande du Nord.

Même si les tensions commerciales entre la Chine et les Etats-Unis ont baissé d’un cran, la Chine semble perdre patience face aux requêtes américaines. Toujours est-il que la Chine a décidé de s’ouvrir davantage –sauf aux USA tant que le conflit n’est pas totalement résolu- ce qui profite au reste du monde.

Au Japon, le ralentissement du premier trimestre ne devrait être que passager et nous nous attendons à ce que l’activité rebondisse au second trimestre et atteigne une croissance se situant dans la fourchette 1-2%. Même si cela ne semble pas fameux à première vue, il faut garder en tête que c’est un chiffre réaliste pour une économie dont la population et donc la force de travail diminue rapidement. Les tensions commerciales sont à nos yeux le principal risque par rapport à ce scénario.

En ce qui concerne le taux de change euro dollar, nous avons revu notre prévision de fin d’année à la baisse : 1.,23 au lieu de 1.30. A court terme, nous nous attendons à voir l’EUR/USD évoluer dans la fourchette 1.15/1.17 étant donné l’incertitude liée aux tensions commerciales. L’impact de l’incertitude italienne sur le taux de change dépendra notamment de ce que l’UE voudra bien faire comme concessions en matière migratoire notamment. Cela pourrait en effet faire partie d’un accord implicite à l’issu duquel l’Italie s’engagerait à ne pas déraper sur le plan budgétaire.