Les tendances à l’autonomie en Europe

Les tendances à l’autonomie en Europe

 L’ING Eco, votre rendez-vous hebdo, vous propose un résumé des dernières actualités macroéconomiques, grâce aux experts d’ING Belgique.

 États-Unis – Bon quatrième trimestre toujours en vue

En septembre, la production industrielle américaine a augmenté comme prévu de 0,3% en glissement mensuel. Les chiffres d’août ont également été revus à la hausse, de -0,9% à -0,7% en glissement mensuel. Le rapport doit cependant être interprété avec prudence étant donné qu’il pourrait encore être revu en raison d’un manque de données résultant des ouragans. Les perspectives demeurent très positives pour l’économie américaine. L’indice ISM de l’industrie manufacturière avait atteint en septembre son niveau le plus élevé des 13 dernières années (le chiffre d’octobre sera publié cette semaine), ce qui est un bon présage pour la croissance domestique. La dépréciation du dollar (par rapport à l’année précédente) entraîne pour sa part une hausse de la demande de biens et services américains, un élément positif pour le commerce extérieur.

Zone euro – Démantèlement de l’assouplissement quantitatif en vue

La situation économique de la zone euro n’a pas véritablement changé depuis la réunion de la BCE de septembre. Des enquêtes suggèrent toujours une poursuite de la reprise pendant une bonne partie de 2018. L’inflation et les attentes inflationnistes demeurent également faibles et inférieures à l’objectif de la BCE. Sur le plan politique, les élections allemandes ont quelque peu tempéré l’optimisme relatif aux réformes potentielles sein de l’Union européenne et de la zone euro. La crise se prolonge par ailleurs en Espagne (voir topic).

Compte tenu de la solide reprise cyclique et de la pénurie d’obligations, la BCE devrait entamer le démantèlement de son programme de rachat d’actifs. La BCE souhaite surtout que l’annonce de cette semaine ne provoque pas des turbulences et ait donc un impact haussier limité sur les taux et l’euro. Nous sommes dès lors d’avis qu’elle va opter pour une stratégie de taux « plus bas pendant plus longtemps ». Cela signifie que la BCE va diminuer fortement ses rachats mensuels, mais va les conserver plus longtemps. Selon nous, elle va ramener ses rachats de €60 milliards à €20 ou €25 milliards dès janvier et les maintenir jusque fin 2018. Cette décision devrait être annoncée cette semaine.

Royaume-Uni – Relèvement des taux en vue

Selon la Banque d’Angleterre, la situation d’urgence qui a suivi la décision du Brexit semble passée. Elle espère également un redressement de la croissance des bénéfices et s’attend à un Brexit « doux ». La croissance des salaires a légèrement augmenté. Les chiffres de juillet ont été revus à la hausse, de 2,1% à 2,2% en glissement annuel, et s’est maintenue en août. En septembre, l’inflation s’est élevée, pour sa part, à 3%, de sorte que le pouvoir d’achat demeure sous pression. L’inflation élevée semble surtout imputable à la nette dépréciation de la livre sterling. Si nous retirons l’effet de la dépréciation de la livre des chiffres de l’inflation, l’inflation est modérée. L’inflation hors biens à forte intensité d’importations et produits énergétiques est ainsi proche de l’objectif de 2%. Globalement, nous estimons qu’un relèvement des taux est probable en novembre, mais que le resserrement de la politique monétaire sera limité et graduel.

Les tendances à l’autonomie en Europe

Le gouvernement central espagnol a l’intention de reprendre formellement le contrôle de la Catalogne ce vendredi, en appliquant l’article 155 de la constitution. Il a l’intention d’organiser des élections régionales d’ici six mois. Les Catalans pourraient réagir par une déclaration d’indépendance. La crise en Espagne est donc loin d’être finie. Pour l’instant, l’Europe se tient toujours à l’écart. Au sein de l’Europe, la Catalogne n’est pas la seule région où les séparatistes gagnent du terrain. Nous pouvons nous demander ce qui explique que tant de régions souhaitent une plus grande autonomie, voire l’indépendance. Et si ce mouvement est susceptible de s’intensifier à l’avenir.

Le gouvernement central espagnol a décidé ce week-end de destituer le ministre-président catalan, Carles Puigdemont, ainsi que l’ensemble du gouvernement catalan. L’Espagne devrait également prendre le contrôle de la police régionale et des médias publics régionaux. Ces mesures seront discutées et votées fin de cette semaine par le Sénat espagnol. Pour que les mesures soient entérinées, il suffit d’avoir la majorité au sein du Sénat, ce qui est le cas du parti (Partido Popular) du Premier Ministre actuel Mariano Rajoy. Cette décision est cependant largement approuvée car Rajoy peut également compter sur le soutien des socialistes et des libéraux. Rajoy a déclaré que l’objectif était d’organiser des élections en Catalogne d’ici six mois.

Puigdemont a réagi en convoquant le parlement catalan afin de discuter des récents développements. Il pourrait convoquer lui-même des élections régionales, mais il est également question de fixer une date pour proclamer l’indépendance. Si Puigdemont proclame l’indépendance, le procureur-général espagnol, Jose Manuel Maza, l’inculpera probablement pour rébellion et il risquerait une peine de prison pouvant aller jusqu’à 30 ans.

Pour l’économie, cette crise n’est de toute évidence pas une bonne nouvelle. La reprise exceptionnelle de l’économie espagnole pourrait être mise en péril. Les entreprises n’aiment pas l’incertitude et beaucoup pourraient décider de quitter la région. De nombreuses sociétés dont le siège central se situait en Catalogne ont ainsi déjà délocalisé leur siège ailleurs en Espagne. La crise est également susceptible de peser sur la confiance des consommateurs. Un autre effet négatif pour l’économie est que les plans budgétaires pour 2018 sont menacés. Il y a quelques jours, l’approbation du budget 2018 a déjà été reportée parce que le parti nationaliste basque ne soutient plus le gouvernement minoritaire de Rajoy après les événements en Catalogne.

À la suite de la crise, les autorités espagnoles ont revu leurs prévisions de croissance pour 2018 à la baisse, de 2,6% à 2,3%. Il convient toutefois de nuancer ceci. Cette décision a peut-être été prise afin d’exercer des pressions supplémentaires sur les Catalans.

L’Europe s’est tenue à l’écart tout au long de la crise. La Commission européenne estime que la demande d’indépendance catalane est une affaire intérieure de l’Espagne et ne désire pas s’en mêler. Seul le premier ministre belge, Charles Michel, s’est éloigné de la ligne européenne en suggérant que l’Espagne devait envisager une médiation internationale. Ceci n’a cependant pas été apprécié à Madrid. L’Europe a par ailleurs répété que si la région se sépare de l’Espagne, elle ne fera plus partie de l’Union européenne, conformément à la doctrine de Prodi.

Les régions européennes voulant devenir indépendantes ne doivent dès lors pas compter sur le soutien des institutions européennes. Les leaders européens ont peur de réveiller tous les autres mouvements séparatistes en Europe. Il existe en effet de nombreuses régions européennes demandeuses d’une plus grande autonomie, voire d’une indépendance, comme, par exemple, la Bavière en Allemagne, la Vénétie et la Lombardie en Italie, la Corse en France, l’Écosse au Royaume-Uni, le Pays basque et la Catalogne en Espagne et, bien sûr, la Flandre. En Vénétie et en Lombardie, deux régions du nord de l’Italie, un référendum sur une autonomie accrue a d’ailleurs eu lieu ce week-end et la population a opté massivement pour une plus grande autonomie. Ces deux régions font partie des plus riches en Italie et représentent environ 30% du PIB italien. La comparaison avec la Catalogne, qui est aussi la région la plus riche d’Espagne, est vite faite. Pourtant, la comparaison n’est pas tout à fait exacte. Contrairement au référendum catalan du 1er octobre, il ne s’agissait ici que de l’obtention d’une plus grande autonomie et non de l’indépendance. Il n’y a pas de discussion sur la légalité de ces référendums non plus et ils ne sont pas contraignants.

Nous pouvons toutefois nous demander si l’indépendance est bénéfique sur le plan économique car être un grand pays comporte de nombreux avantages. Le coût des biens et services publics, comme la défense, les soins de santé ou les ambassades, peut ainsi être réparti entre un plus grand nombre de citoyens. Un plus grand pays offre également davantage de débouchés, ce qui permet aux entreprises de réaliser des économies d’échelle. Lorsqu’une certaine région est frappée par le sort, elle peut compter sur le soutien financier du reste du pays. Faire partie d’un plus grand pays peut donc être vu comme une sorte d’assurance. Un autre avantage qu’offre un grand pays est qu’une redistribution entre les régions peut avoir lieu, ce qui diminue les inégalités.

Il existe bien sûr également des désavantages. S’il n’y avait que des avantages, on verrait émerger des pays de plus en plus grand et le monde finirait par ne plus compter qu’un seul pays. L’histoire de l’après-guerre montre que ceci n’est pas le cas. Depuis la deuxième guerre mondiale, le nombre d’États souverains a plus que doublé.

Être un grand pays doit donc aussi comporter des inconvénients. Plus un pays est grand, plus il y a des différences en ce qui concerne les préférences, la culture, la langue et l’identité de la population. L’une des principales différences entre régions conduisant à des mouvements séparatistes est la différence en matière de revenus. C’est souvent là que le bât blesse. Les régions plus riches estiment généralement que les transferts financiers sont trop élevés. Il n’est pas facile de concilier toutes les opinions concernant les flux financiers ou d’autres choix politiques et diriger le pays est ainsi beaucoup plus difficile. Trop de différences conduit inévitablement à de l’instabilité politique.

L’aspiration à une autonomie accrue ou à l’indépendance pourrait en outre augmenter à l’avenir. Ceci est lié au fait qu’un coût important pour les petits pays a fortement diminué au cours des décennies écoulées. Le commerce avec d’autres pays est ainsi devenu de plus en plus aisé grâce à l’amélioration des moyens de communication, à la mobilité accrue et aux accords commerciaux. Par conséquent, un petit pays peut désormais également profiter d’un grand marché. Pour l’Europe, cela signifie dès lors que plus l’intégration augmentera, plus les régions pourront militer pour une plus grande autonomie ou l’indépendance. On peut donc se demander si l’Europe pourra conserver à l’avenir l’attitude qu’elle a adoptée lors de la crise catalane.