Euro Zone : éviter un ralentissement plus sérieux

Euro Zone : éviter un ralentissement plus sérieux

Etats-Unis – Trève dans la guerre commerciale sino-américaine

Aux Etats-Unis, la confiance des consommateurs aux Etats-Unis, mesurée par le Conference Board, a chuté en juin pour atteindre son plus bas niveau en presque deux ans. L’indice s’est établi à 121,5 points en juin contre 131,3 en mai, notamment à cause des tensions commerciales. Par ailleurs, il est de plus en plus clair que l’intensification des craintes liées à la guerre commerciale et un excédent de stocks pèsent sur le secteur manufacturier. Notons que ce week-end, à l’occasion du G20, Xi Jinping et Donald Trump ont décidé de relancer les négociations commerciales entre les deux pays et ont conclu une trêve, ce qui implique qu’il n’y aura pas (pour le moment) de nouveaux droits de douane imposés par les Etats-Unis sur les importations chinoises. Néanmoins, les précédents droits de douane n’ont pas été supprimés et la reprise des négociations ne signifie pas pour autant qu’un accord sera conclu rapidement. Nous estimons qu’il faudra encore attendre quelques mois avant qu’un accord soit envisageable et, en attendant, une escalade des menaces et de nouvelles hausses de droit de douanes ne sont pas exclues.

En conséquence, le climat économique reste incertain et il existe une probabilité croissante que la Réserve fédérale choisisse de prendre des mesures préventives pour soutenir l’économie en abaissant les taux d’intérêt. Nous prévoyons deux baisses de 25 bp au second semestre 2019.

Zone Euro – Sentiment économique en baisse

Alors que les PMI de la zone euro avaient signalé une amélioration dans les services et un affaiblissement supplémentaire dans le secteur manufacturier, cette dualité ne s’observe pas dans le cas de l’indicateur de climat économique (ESI). Le sentiment économique a fortement diminué en juin, passant de 105,2 en mai à 103,3, son plus faible niveau depuis août 2016. Cela renforce les attentes d’un faible deuxième trimestre pour la croissance du PIB. En effet, les préoccupations concernant le secteur manufacturier continuent de s’intensifier. L’indicateur du carnet de commandes à l’exportation s’est encore détérioré, confirmant que les préoccupations mondiales constituaient un facteur majeur du ralentissement. Concernant le secteur des services, on observe une perte de confiance et la demande a été plus faible que prévu au cours des derniers mois. Notons également qu’en Allemagne, l’indice IFO a confirmé que les entreprises allemandes craignent un ralentissement : la composante des attentes a baissé pour le 3ème mois consécutif en juin et est à un plus bas de plus de 4 ans.

Par ailleurs, l’inflation globale des prix à la consommation est restée stable à un niveau faible en juin, à 1,2%. En outre, comme prévu, l’inflation sous-jacente a rebondi à 1,1% par rapport au faible chiffre de 0,8% en mai. Néanmoins, les perspectives d’inflation restent toujours moroses. En effet, même si la croissance des salaires continue d’augmenter à un rythme soutenu, reflétant l’amélioration de la conjoncture du marché du travail, les entreprises restent réticentes à fixer leurs prix sur ces coûts plus élevés pour le consommateur. En plus de cela, les entreprises ont indiqué des attentes moins élevées en ce qui concerne les prix de vente en raison de l’incertitude économique. Et les effets de base énergétiques continueront de pousser à la baisse les perspectives d’inflation dans les mois à venir. Dans ce cadre, la BCE est prête à agir par davantage d’assouplissement monétaire (voir topic).

Euro Zone : Eviter un ralentissement plus sérieux

Dans la zone euro, bien que certains moteurs de croissance sous-jacents subsistent, l’expansion se ralentit avec une multitude de chocs défavorables potentiels qui augmentent les risques de dégradation. Les anticipations d’inflation sont tombées à un niveau inconfortablement bas. Dans ces conditions, il n’est pas surprenant que la BCE ait clairement indiqué son intention de réduire à nouveau les taux.

Au moment même où il semblait que l’économie de la zone euro commençait à se redresser, l’escalade de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine a encore aggravé l’atmosphère. L’Europe étant très exposée au commerce international, tout ralentissement des échanges laisserait des traces sur l’économie de la zone euro. Certains pourraient dire que l’Europe pourrait bénéficier du conflit sino-américain grâce au détournement des échanges, mais nous n’y croyons pas et pensons que l’effet négatif global sur la croissance mondiale sera plus important. De plus, l’Europe elle-même risque d’être mise en danger si le président Trump décidait d’imposer des droits d’importation aux voitures plus tard cette année.

Pour le moment, l’économie de la zone euro semble plutôt en difficulté qu’au bord de la récession. L’indice PMI composite flash a augmenté en juin pour le deuxième mois consécutif, mais dans le même temps le secteur manufacturier continue de dépérir. Ainsi, les nouvelles commandes de produits manufacturés ont enregistré une nouvelle baisse en juin, se détériorant à l’un des taux les plus élevés observés au cours des six dernières années. D’un autre côté, il est indéniable que la demande intérieure reste solide, permettant ainsi au secteur des services d’être toujours vigoureux et au secteur de la construction d’afficher un niveau d’activité décent. Cela s’explique par le marché du travail toujours solide où le chômage continue de baisser et où la reprise des salaires se poursuit. En outre, les immatriculations de voitures particulières ont progressé de 4,7% en avril, poursuivant ainsi le rebond observé au premier trimestre. Cela indique clairement que la consommation des ménages reste un moteur de la croissance, même si la baisse de la confiance des consommateurs en juin montre que les dépenses de consommation ne devraient pas accélérer davantage dans les prochains mois.

Il n’y a donc pas d’arrêt de la croissance économique pour le moment, mais le rythme de croissance modéré rend l’économie de la zone euro très vulnérable aux chocs. Nous craignons également que la faiblesse du secteur manufacturier ne se répande en fin de compte sur le reste de l’économie. Dès lors, nous tablons désormais sur une croissance du PIB à 1,0% en 2019 et 1.1% en 2020. Notons que pour 2020, l’année comptera 2 à 4 jours de travail en plus par rapport à 2019 dans plusieurs pays européens, ce qui est susceptible de masquer une décélération sous-jacente de la croissance économique.

D’un point de vue politique, alors que les résultats des élections européennes n’ont pas vraiment choqué, certains résultats locaux sont plus intéressants, avec comme conséquence directe en Grèce l’annonce de la tenue d’élections anticipées. Néanmoins, l’incertitude politique n’a pas disparu. Le Brexit est loin d’être résolu et l’histoire risque de s’éterniser, ce qui pourrait peser sur les investissements des entreprises. Dans le même temps, les choses reprennent de plus belle en Italie, maintenant que la Commission européenne a recommandé d’engager une procédure de déficit excessif à l’encontre du pays. Une décision finale à ce sujet sera probablement prise lors de la réunion Ecofin du 9 juillet, même si un retard est possible. Quoi qu’il en soit, cela va certainement créer des tensions au sein du gouvernement italien, certainement si cela nécessite l’abandon d’un certain nombre de promesses électorales. Nous pensons donc que la probabilité d’élections anticipées en septembre en Italie a considérablement augmenté, en particulier maintenant que l’homme fort de la Ligue, Matteo Salvini, pourrait bien vouloir capitaliser sur son très bon résultat aux élections européennes.

Par ailleurs, après les données d’inflation artificiellement plus élevées en avril en raison des vacances de Pâques tardives, l’inflation a reculé en mai. L’inflation sous-jacente a diminué pour atteindre seulement 0,8% en mai, avant de remonter en juin à 1,1%, et le très suivi taux d’inflation anticipé « 5y 5y forward » est désormais à son niveau le plus bas depuis des années. Selon l’enquête PMI, l’inflation des coûts des intrants est revenue en juin à son plus bas niveau depuis septembre 2016, atténuant ainsi les pressions à la hausse sur les prix de vente. Les prix moyens facturés pour les biens et services ont d’ailleurs enregistré la plus faible augmentation depuis novembre 2016. Le prix du pétrole ayant récemment diminué, l’inflation globale devrait également reculer de nouveau dans les prochains mois. Nous anticipons donc une inflation moyenne de 1,2% en 2019 et de 1,4% en 2020, ce qui reste trop bas.

Sachant qu’un objectif prioritaire de la banque centrale était une inflation inférieure à 2% mais proche de ce niveau, il n’était pas étonnant qu’à la réunion du conseil des gouverneurs de juin, la BCE ait suggéré davantage d’assouplissement monétaire. A cette réunion, les nouveaux TLTRO (prêts à grande échelle pour les banques) ont été annoncés avec un taux d’intérêt relativement généreux (bien que conditionnel) de 10 point de base au-dessus du taux de dépôt. Dans le même temps, les prévisions des membres du conseil des gouverneurs concernant le maintien des taux à leurs niveaux actuels ont été prolongées jusqu’au premier semestre 2020. Une semaine plus tard, lors de la conférence de la BCE à Sintra, Mario Draghi est allé encore plus loin, suggérant avec force une nouvelle réduction des taux. En conséquence, nous pensons qu’une baisse du taux de dépôt de 10 point de base (de -0,4% à -0,5%) est maintenant probable au second semestre de cette année. Cela pourrait arriver dès juillet, bien que la réunion de septembre soit plus logique, puisque la BCE présentera à ce moment-là les nouvelles prévisions économiques. Etant donné qu’un taux de dépôt négatif plus bas à long terme constituerait de plus en plus une charge pour la rentabilité des banques, un système de « tiering » des liquidités excédentaires sera probablement introduit par la BCE un peu plus tard. En outre, nous ne serions pas surpris que la BCE suggère de relancer le programme d’achats d’actifs nets (QE) si l’économie ne montrait pas de signes d’amélioration au second semestre de cette année.