Fed : pause en vue ?

Fed : pause en vue ?

États-Unis – La Fed a de nouveau abaissé ses taux

La croissance du PIB du troisième trimestre s’est établie à 1,9% en glissement trimestriel annualisé, dépassant de la sorte les attentes du consensus (1,6%). La consommation et les investissements immobiliers ont surtout soutenu la croissance. Les perspectives pour le quatrième trimestre demeurent cependant moins favorables. L’affaiblissement de la croissance mondiale, les tensions persistantes sur le plan commercial et la vigueur du dollar pèsent en effet sur l’industrie. L’indice PMI (ISM) du secteur manufacturier d’octobre s’est d’ailleurs élevé à 48,3. Les commandes et les intentions d’embauche restent faibles. Point positif, les commandes à l’exportation ont fortement augmenté, passant de 41 à 50,4, probablement grâce à la trêve dans la guerre commerciale.

En octobre, la croissance de l’emploi a dépassé les attentes aux États-Unis. Il y a eu 128.000 créations d’emplois (en termes nets), alors que les attentes étaient de 85.000. Les chiffres pour les mois d’août et de septembre ont également été revus à la hausse. Ceci montre que la dynamique du marché du travail est plus solide qu’anticipé. Le taux de chômage est de 3,6% et les salaires ont crû de 3% en glissement annuel. Le repli de la confiance des entreprises suggère toutefois que la croissance de l’emploi et les pressions sur les salaires vont diminuer. On remarque également que l’affaiblissement de l’activité dans l’industrie manufacturière se propage à d’autres secteurs. La Fed a déclaré la semaine passée qu’elle allait faire une pause en matière d’abaissement des taux (voir topic). Après cette courte pause, nous prévoyons encore un nouvel abaissement des taux de 25 points de base en janvier et en mars 2020.

Zone euro – Croissance dépassant les attentes au 3e trimestre

La zone euro a affiché une croissance de 0,2% en glissement trimestriel au troisième trimestre, tout comme au deuxième trimestre. Ceci est un résultat relativement bon compte tenu de l’incertitude et de la détérioration des indicateurs à court terme. La faiblesse de l’industrie continue cependant à préoccuper, car plus longtemps elle se poursuivra, plus la probabilité que le secteur des services connaisse aussi une détérioration devient élevée. Actuellement, les problèmes de l’industrie semblent toutefois surtout toucher l’Allemagne. La croissance du PIB a ainsi dépassé les attentes en Espagne (0,4%), en Belgique (0,4%), en France (0,3%) et en Italie (0,1%). Les chiffres de croissance de l’Allemagne seront publiés le 14 novembre.

En ce qui concerne le quatrième trimestre, les premiers chiffres ne témoignent malheureusement pas d’une véritable amélioration de la confiance. L’indicateur de confiance de la Commission européenne (ESI) est ainsi passé de 101,7 en septembre à 100,8 en octobre. Le repli est visible dans tous les secteurs à l’exception de la construction. La confiance du secteur des services a reculé en raison d’attentes plus faibles pour les prochains mois et d’une évaluation plus défavorable de la situation économique.

En septembre, la croissance des crédits est passée de 3,8% à 3,7% dans la zone euro. C’est surtout la croissance des crédits aux entreprises non financières qui a ralenti (passant de 4,3% à 3,7%). Ceci peut signifier que les entreprises sont moins enclines à emprunter car elles sont préoccupées par l’affaiblissement de l’économie. Il faudra voir si la croissance des crédits continue à se replier le mois prochain. Dans ce cas, ce serait une raison de plus de s’inquiéter pour la croissance des prochains trimestres.

Fed : pause en vue ?

Pour la troisième fois d’affilée, la Fed a abaissé son taux directeur de 25 points de base, le ramenant dans la fourchette de 1,50% – 1,75%. Les marchés anticipent une pause en décembre, de sorte que les critiques de Trump à l’égard de la Fed risquent d’augmenter. Le ralentissement de l’activité économique se poursuit néanmoins et nous pensons qu’après une courte pause, de nouveaux abaissements des taux interviendront en 2020.

Le principal changement dans la déclaration de la Fed est que celle-ci a abandonnné la phrase mentionnant que le FOMC “va continuer à suivre les conséquences des données publiées sur les perspectives économiques et agira pour soutenir l’expansion”. Au lieu de cela, il est désormais mentionné que le FOMC “continuera à suivre les conséquences des données publiées sur les perspectives économiques tout en évaluant la trajectoire souhaitable pour le taux directeur”. Ceci suggère que la Fed veut dresser un bilan après trois abaissements des taux successifs et envisage de faire une pause.

Les critiques du président Trump à l’égard de Jerome Powell et de la politique de la Fed pourraient dès lors encore se renforcer. Après la réunion de la Fed de septembre, D. Trump avait déjà émis des critiques acerbes sur Twitter. Selon la Maison Blanche, les taux plus élevés aux États-Unis qu’au Japon et en Europe rendent le dollar plus cher et sont à l’origine des chiffres économiques plus faibles. Selon le président Trump, la solution est par conséquent un net abaissement des taux. L’indépendance de la Fed implique que cette dernière ne doit pas tenir compte des pressions politiques qui ne devraient dès lors pas influencer les attentes relatives au taux directeur. Une récente étude académique démontre cependant que les propos de D. Trump sur Twitter ont malgré tout un effet négatif sur le taux directeur implicite sur base des taux futures. L’étude estime l’effet à 0,30 point de base après chaque attaque, ce qui donne un effet cumulé de 10 points de base.

Les marchés financiers anticipent une pause de la Fed. Les sommets historiques atteints par les cours des actions et les rumeurs positives circulant sur les négociations commerciales ont dissipé les craintes d’une récession. Selon les marchés financiers, la probabilité que la Fed procède encore à un abaissement des taux en décembre n’est plus que de 7%. La probabilité d’un abaissement des taux de 25 points de base en janvier 2020 s’élève aujourd’hui à 29% (voir Graphique 2). Pour l’ensemble de 2020, les marchés s’attendent à un abaissement des taux de 25 points de base.

La question est toutefois de savoir si les données publiées permettront à la Fed de faire une pause. Nous avons de sérieux doutes. Ces derniers mois, l’indice PMI (ISM) s’est ainsi replié tant pour l’industrie manufacturière que pour le secteur des services (voir Graphique 1). Le PMI d’octobre pour l’industrie manufacturière est à nouveau descendu sous 50. La croissance nette de l’emploi a dépassé les attentes en octobre, mais nous ne pensons pas que ceci se reproduira au cours des prochains mois. Les attentes inflationnistes sont également faibles et la croissance salariale n’est pas si élevée en dépit du faible taux de chômage. Les perspectives de croissance ne sont par ailleurs guère favorables tant en Asie qu’en Europe. Le dollar reste en outre fort. Tout ceci nous incite à nous montrer moins optimistes et nous pensons par conséquent que la pause sera courte. Nous nous attendons à ce que le taux directeur soit abaissé de 25 points de base en janvier et peut-être encore en mars 2020.