Fin du blues des gilets jaunes

Fin du blues des gilets jaunes

Les consommateurs français semblent sortir d’une période de dix mois d’anxiété qui les aura conduits à épargner plus. La confiance est au plus haut et les dépenses de consommation se redressent. Le mouvement des « gilets jaunes » n’était pas étranger à ces dix mois difficiles. La baisse enregistrée de la population au chômage en août devrait contribuer à maintenir la tendance positive, à condition toutefois que le débat autour de la réforme des retraites ne tourne pas à l’affrontement social.

La confiance des consommateurs est à un de ses niveaux les plus élevés de la décennie

La confiance des consommateurs a poursuivi sa forte remontée de 2019 en septembre, augmentant pour le neuvième mois consécutif. À 104,1, l’indice était proche de son sommet de 2017, soit les plus hauts niveaux atteints depuis la crise de 2008. Les craintes liées au chômage ont fortement reculé au cours des derniers mois, ce qui, conjugué à la relance budgétaire, a aidé les consommateurs à retrouver confiance en leur situation financière future. En particulier, ils étaient très confiants en septembre dans leur capacité future d’épargner. Nous pensons que c’est un signe d’apaisement dans une période d’anxiété particulièrement intense à propos de l’épargne, qui a eu pour conséquence plusieurs mois de contraction des dépenses de consommation dans la foulée de la crise des « gilets jaunes » plus tôt cette année. L’enquête de confiance auprès des consommateurs de septembre a en effet montré une amélioration de leurs intentions d’achats importante.

Cela devrait permettre aux dépenses de consommation de continuer à se redresser. Les dépenses en biens se sont contractées 11 mois sur 15 depuis le début du second trimestre 2018 (Graphique 1). Les dépenses sont restées constantes au mois d’août selon des chiffres publiés ce matin par l’INSEE, mais le rebond du mois de juillet a été revu à la hausse (+0,4% sur un mois). Il semble au vu des intentions d’achats que la tendance positive devrait se poursuivre. Nous pensons que cela confirme notre opinion selon laquelle la consommation privée devrait afficher une plus grande vigueur au deuxième semestre de 2019 (après seulement 0,2% en glissement trimestriel au 2ème trimestre et 0,4% au 1er). Le rebond de confiance dans l’enquête auprès des entreprises du secteur de la vente au détail publiée plus tôt cette semaine est un signe, ces améliorations se font sentir dans tous les secteurs. Cela dit, l’effet d’un premier semestre très pâle sur la croissance de la consommation privée totale sera important : il est peu probable que l’amélioration actuelle porte la croissance de la consommation au-dessus de 1,2% en 2019, après seulement 0,9% en 2018…

Le marché de l’emploi reste un soutien essentiel

Les chiffres de la population au chômage publiés cette semaine pour le mois d’août alimentent également l’optimisme. Cette statistique a souffert au cours des derniers mois d’un impact différé de la crise des « gilets jaunes », avec une augmentation cumulée de 20 500 personnes entre mai et juillet. En ce sens, la chute en août, la plus importante depuis fin 2018, est le signe d’une amélioration de la situation. Parallèlement, l’enquête de septembre sur la confiance des entreprises dans le secteur des services indiquait également les intentions d’embauche les plus élevées de 2019. Cela devrait entraîner une nouvelle baisse du taux de chômage au 3ème trimestre, bien qu’à un rythme moins rapide qu’au début de l’année : il passerait de 8,2% à 8,1%. De façon générale, même si la statistique du mois d’août est encourageante, la baisse de la population au chômage est faible au vu de la période relativement longue de croissance enregistrée depuis mi-2016, surtout si on la compare avec la crise de 2003-2004 qui avait donné lieu à une reprise nettement plus forte en termes d’emplois alors qu’elle avait aussi été moins profonde.

Nous nous attendons à ce que la baisse du taux de chômage se termine avec le ralentissement de la croissance, vers la mi-2020, mais elle se poursuivra au cours des prochains mois (vers des niveaux inférieurs à 8,0%), ce qui renforcera la confiance des ménages et atténuera leurs vélléités d’épargne. Il sera probablement temps de s’inquiéter des dépenses de consommation au début de l’année prochaine, mais il est trop tôt pour sonner la fin de la fête. Nous tablons sur une croissance des dépenses de consommation de 0,5% au 3ème trimestre pour un PIB en augmentation de 1,3% cette année. Le ralentissement du reste de l’Eurozone et du commerce mondial devrait cependant mener à des prévisions nettement moins optimistes pour l’an prochain, à 0,9%.