Frappé par des tempêtes politiques

Frappé par des tempêtes politiques

L’économie mondiale continue de s’essouffler, et l’activité politique en ce mois d’octobre pourrait bien perturber les marchés. Le processus de destitution du président américain se met en marche. Son succès nous paraît peu probable, mais il pourrait inciter M. Trump à avancer dans les négociations commerciales avec la Chine, dans l’espoir d’obtenir un succès, dont la campagne pour sa réélection a désespérément besoin. En Europe, il semble que les gouvernements soient disposés à augmenter leurs dépenses pour soutenir l’activité. Le Brexit est par ailleurs une fois de plus au coeur de l’actualité, puisque les espoirs de trouver un accord de dernière minute avant l’échéance du 31 octobre s’amenuisent. Une extension de l’article 50 devient probable, et des élections semblent quasiment inévitables, mais vu le caractère volatil de la politique britannique, il n’est pas certain que cela apporte la visibilité que souhaitent les entreprises et les marchés.

États-Unis : la montée des antagonismes

L’actualité économique et politique récente a mis en lumière les profondes divisions auxquelles les États-Unis font face. Des auditions en vue d’une éventuelle destitution du président devraient avoir lieu, et il y a donc peu de chances de voir des accords politiques transpartisans aboutir avant les élections de novembre 2020. Avec la persistance des inquiétudes qui pèsent sur le commerce et la croissance mondiale, les marchés continueront d’espérer le soutien de la Réserve fédérale.

Dans ce contexte, nous nous attendons à ce que cette dernière demeure prudente dans son appréciation des perspectives économiques et reste disposée à réduire encore ses taux. En effet, la faiblesse de l’économie mondiale et de l’industrie américaine pèse de plus en plus sur les autres secteurs. Nous prévoyons donc une nouvelle baisse de 25 points de base des taux d’intérêt en décembre, réitérée au premier trimestre 2020.

Un ralentissement de l’activité américaine, une détérioration du marché du travail, une baisse des marchés des actions et la menace d’un processus de destitution long et usant pourraient inciter le président à accepter un accord commercial avec la Chine au début de l’année prochaine. Après tout, M. Trump tient à sa réélection et, avec des sondages pas spécialement encourageants, il pourrait être prêt à faire des compromis pour obtenir un succès. Si c’est le cas, la disparition de cette épée de Damoclès qui pèse sur l’économie mondiale devrait conduire à un regain de confiance. L’avenir dira si cela peut lui suffire à être réélu, mais les sondages semblent indiquer qu’il serait bien avisé d’agir au plus vite.

Zone euro : la politique budgétaire à la rescousse ?

Des indicateurs avancés, comme l’état des carnets de commandes et les intentions d’embauche, laissent entrevoir un nouveau ralentissement de la croissance européenne au cours des prochains mois. Dans le même temps, une forte croissance réelle de la masse monétaire et une modeste relance budgétaire pourraient permettre une certaine amélioration au cours de l’année 2020. En conséquence, il est peu probable que la BCE ne resserre sa politique monétaire avant 2022.

En Allemagne, le ralentissement de l’industrie a commencé à se propager à d’autres secteurs, malgré la bonne tenue des services et les bonnes surprises des dernières données sur la consommation et le marché du travail. Cela reste globalement la situation de toute la zone euro : un secteur manufacturier qui flirte avec la récession en raison de la contraction du commerce mondial, mais un secteur des services et, dans une certaine mesure, de la construction qui parviennent encore à résister.

Nous prévoyons par conséquent un second semestre 2019 faible pour la zone euro, bien que la croissance du PIB sur l’ensemble de l’année puisse encore atteindre 1,1 %.

Par ailleurs, la croissance des salaires s’est légèrement accélérée, mais cela a peu de chances de se traduire par une hausse de l’inflation. En septembre, les anticipations des prix de vente se sont en réalité inscrites en baisse dans l’industrie et les services, tandis qu’elles étaient légèrement en hausse dans le commerce de détail et la construction. L’inflation sous-jacente devrait, d’après nous, osciller pendant un certain temps entre 1 et 1,5 %, ce qui représente le bas de la fourchette cible de la BCE.

Compte tenu de l’ensemble des mesures qu’elle a annoncées en septembre, il est peu probable que la BCE prenne de nouvelles mesures d’assouplissement dans les prochains mois. Surtout que les voix dissidentes se sont multipliées au sein du Conseil des Gouverneurs, certaines n’hésitant pas à contester publiquement la politique monétaire de la banque centrale. Dans un avenir proche, la BCE devrait maintenir sa politique très accommodante. En conséquence, les taux du marché monétaire devraient donc rester résolument en territoire négatif.

Royaume-Uni : des élections imminentes alors que tout espoir d’un Brexit ordonné semble disparaître

Vu l’étendue des divergences entre l’UE et le Royaume-Uni et sur la question du «backstop» irlandais, les chances de conclure un nouvel accord ce mois-ci sont minces. Si aucun accord n’est approuvé par le Parlement, le Premier ministre britannique sera contraint de demander à l’UE un sursis et donc un report du Brexit. Dés lors, la manière dont Boris Johnson gère cette échéance et celle dont les électeurs voient cette extension seront déterminantes dans des élections, que nous prévoyons pour fin 2019.

Un anniversaire pas si joyeux pour les 70 ans de la Chine communiste

Le 70ème anniversaire de la République populaire de Chine s’est déroulé dans un contexte difficile marqué par les conflits commerciaux, les manifestations à Hong Kong, l’épidémie de grippe porcine, et les difficultés économiques.

Dans cette situation, il paraît à peu près certain que le gouvernement redoublera ses efforts pour soutenir l’économie. Les réserves stratégiques de porc du pays ont été mises à profit pour tenter de contenir le prix des denrées alimentaires, mais d’autres mesures de soutien direct aux ménages seront probablement nécessaires. Il faudra sans doute avoir davantage recours aux achats de porc américain, ce qui affaiblira la position de la Chine dans sa guerre commerciale, encore que cela pourrait, comme cela a été le cas récemment, être présenté comme un changement positif visant à encourager le dialogue sur les questions commerciales.

Devises : un dollar toujours en vogue

Après avoir été la monnaie la plus forte du G10 au cours du troisième trimestre, le dollar devrait continuer à bien se comporter au quatrième trimestre, soutenu par des questions habituelles comme les coûts élevés de la couverture du dollar et des perspectives peu encourageantes. Ces éléments ne devraient pas changer de sitôt, et nous nous attendons à ce que l’euro se négocie entre 1,05 et 1,10 dollar américain au quatrième trimestre.