Catalogne: Le prix de l'indépendance

Catalogne: Le prix de l’indépendance

L’ING Eco, votre rendez-vous hebdo, vous propose un résumé des dernières actualités macroéconomiques, grâce aux experts d’ING Belgique.

États-Unis : la tendance s’améliore encore, surtout dans le secteur des services

La première estimation du PMI composite (Markit) pour le mois d’août indique que les directeurs d’achat sont plus optimistes que le mois précédent. L’indice est passé de 53,3 en juillet à 56 en août, ce qui représente la croissance la plus rapide depuis mai 2015. Cette forte hausse est surtout imputable à un renforcement de l’activité dans le secteur des services. L’indice PMI du secteur des services a ainsi atteint 56,9 en août, contre 54,7 en juillet, ce qui équivaut à la hausse la plus rapide depuis 28 mois. L’indice PMI de l’industrie manufacturière a, pour sa part, perdu du terrain, passant de 53,3 en juillet à 52,5 en août. Il convient également de noter que les entreprises, tant du secteur des services que de l’industrie, indiquent que les prix de production ont augmenté en raison du renchérissement des matières premières. Dans le secteur des services, ceci a entraîné une hausse des prix de vente, mais dans l’industrie manufacturière, ce n’est pas (encore) le cas.

Zone euro : les nouvelles demeurent favorables

La semaine passée, les nouvelles ont à nouveau été majoritairement favorables. Tout d’abord, la confiance des ménages a légèrement progressé en août. L’indice de la confiance des consommateurs est passé de -1,7 en juillet à -1,5, ce qui correspond plus ou moins au niveau le plus élevé des années économiques fastes 2000 et 2007. Les raisons d’une telle confiance sont évidentes. La croissance de l’emploi est robuste, l’inflation est faible et l’économie affiche une solide croissance. En outre, ce contexte ne devrait pas disparaître à court terme. Ceci est une bonne nouvelle pour les dépenses des consommateurs au cours des prochains mois et, par conséquent, pour la croissance du PIB au troisième trimestre. Par ailleurs, l’indice PMI composite (première estimation) a également augmenté quelque peu, passant de 55,7 en juillet à 55,8 en août. Ceci est surtout à mettre à l’actif de l’industrie manufacturière dont l’indice PMI a progressé davantage que prévu (passant de 56,6 en juillet à 57,4 en août). L’indice PMI du secteur des services a, pour sa part, reculé, de 55,4 en juillet à 54,9 en août.

De nouvelles données pour les pays individuels montrent aussi que les bons chiffres de la zone euro reposent sur de larges bases. L’indicateur Ifo allemand s’est replié très légèrement (de 116 en juillet à 115,9 en août) après six hausses consécutives. En France, l’indice PMI composite est resté stable à 55,6 et le climat des affaires s’est amélioré. La confiance des consommateurs a légèrement reculé (passant de 104 en juillet à 103 en août), mais l’indice reste à un niveau historiquement élevé. En Espagne, la croissance du PIB du deuxième trimestre a été confirmée à 0,9% en glissement trimestriel. En Belgique, enfin, les nouvelles ont été un peu moins bonnes puisque la diminution de la confiance des entrepreneurs est plus large qu’anticipée. L’indice est passé de -1,5 en juillet à -2,1 en août.

Jackson Hole

Mario Draghi et Janet Yellen n’ont pas donné de nouvelles informations quant à leur politique monétaire future lors de la réunion annuelle des banquiers centraux à Jackson Hole. Les deux banquiers centraux ont cependant souligné que le démantèlement de la réglementation introduite après la crise financière comportait des risques. Le président Trump veut modifier cette réglementation. Yellen a indiqué malgré tout que certaines règles pouvaient être ajustées. Elle a ainsi déclaré que la règle Volcker, qui empêche les banques d’opérer sur les marchés financiers avec leurs fonds propres, pouvait être assouplie.

Catalogne : le prix de l’indépendence

Les autorités catalanes ont annoncé que le 1er octobre se déroulera un référendum sur l’indépendance de la Catalogne. Ce n’est pas la première fois que le sujet arrive sur la table mais cette fois, le parlement a voté une motion accélérant le processus de déclaration d’indépendance. En 48 heures, un pays (plus peuplé que la Finlande) pourrait voir le jour… en théorie. En pratique la partie n’est pas gagnée d’avance puisque la Cour Constitutionnelle a qualifié ces motions d’illégales et en plus les sondages ne sont pas en faveur du mouvement sécessionniste. Mais le Brexit et l’élection de D. Trump étaient aussi considérés comme improbables. Quel serait le cout économique d’un Catalexit pour la Catalogne ?

« Voulez-vous que la Catalogne forme un pays indépendant sous la forme d’une République ? », telle est la question qui serait posée aux Catalans le 1er octobre selon le gouvernement catalan. A l’heure actuelle, le referendum reste inconstitutionnel et prohibé par le gouvernement (qui menace de couper le financement régional et d’envoyer l’armée). Le premier ministre espagnol, M. Rajoy, a déclaré que tout serait mis en oeuvre pour éviter cette consultation populaire. Les derniers sondages penchent en défaveur du mouvement Catalan : 49% affirment qu’ils voteraient contre la proposition et 41% contre cette dernière. Cependant un boycott d’une partie importante des « non » pourrait donner le « oui » vainqueur. Le parallèle avec le Brexit est assez évident et en Catalogne aussi, les motivations politiques et culturelles semblent prendre le dessus sur les coûts économiques, d’autant plus que ces derniers sont souvent minimisés (par exemple, les leaders catalans ne doutent pas une seconde que la Catalogne sera rapidement intégrée à l’Union européenne). Mais quelle sera la conséquence économique d’un Catalexit ?

1. Le consommateur reste très sensible à l’incertitude et inutile de dire qu’un tel changement affecterait son comportement. Selon un sondage récent, près de 2 Catalans sur 3 se disent inquiets quant au futur de la Catalogne. Entre inquiétude et épargne de précaution il n’y a qu’un pas. La consommation privée représente plus de 50% du PIB catalan et si 2/3 des consommateurs devaient hésiter à acheter certains biens durables ou à investir dans la brique, cela aurait un impact significatif sur les perspectives de croissances. Sans un plan précis et crédible (le Brexit est un exemple de la complexité de la tache), l’incertitude peut aussi se muter en panique et les banques pourraient rapidement manquer de liquidité (sans que la BCE ne puisse éteindre le feu). A l’instar de ce qui a été vu en Grèce en 2015, les retraits journaliers de cash pourraient être limités. A plus long terme, le mouvement isolationniste aura tendance à diminuer la demande extérieure pour les biens catalans et aurait des conséquences négatives sur l’emploi et les salaires.

2. Pour les investisseurs, la question centrale concerne l’appartenance à l’Union européenne et à la zone euro. Les avis sont partagés entre les pro-Independence et les unionistes mais sur base des règles actuelles, une sortie de l’Espagne implique automatiquement une sortie de l’UE et de la zone euro. La Catalogne pourrait ensuite « postuler » pour devenir membre mais le processus est long (10 ans en moyenne pour les derniers pays arrivés) et chaque pays membre a un droit de veto. En Catalogne 45% des ventes extérieures ont pour direction le reste de l’Espagne et sur ce qui reste 65% est vendu en Union européenne. Imposer des tarifs ou des vérifications administratives additionnelles risquent d’effrayer des investisseurs. L’investissement domestique représente entre 18% du PIB et près de la moitié des investisseurs Catalans considèrent que l’indépendance aurait un impact économique négatif. Au niveau des investissements étrangers en Catalogne, 70% sont en provenance de l’UE et ce sont donc des milliers d’emplois qui sont en jeu.

3. Souvent cité dans la catégorie des bénéfices, la question des dépenses publiques se révèle plus compliquée qu’elle ne parait. La Catalogne est une région qui contribue plus qu’elle ne coute au gouvernement espagnol. Supprimer les transferts pourraient faire économiser 4% à 6% du PIB au gouvernement régional. Cependant, l’indépendance couperait les fonds européens, réduirait l’accès au marché obligataire (le taux obligataire à 3 ans a augmenté de 60pb lors de l’annonce du referendum) et compliquerait la gestion de la dette publique (85% de la dette catalane est un prêt espagnol). En répartissant la dette nationale, on obtiendrait une dette publique catalane située entre 105% et 120%. Mais comme au Royaume-Uni, reste la question de la « Catalexit bill »… C’est un sujet compliqué.

4. En ce qui concerne l’inflation et le taux de change, c’est la sortie de la zone euro qui s’avère être cruciale. Sachant que les autorités catalanes souhaitent rester à terme dans la zone euro, deux options s’offriraient à celles-ci : soit créer une monnaie temporaire, soit utiliser l’euro sans être membre de la zone euro. La valeur de la monnaie temporaire serait liée à la crédibilité du plan et pourrait rapidement se déprécier et l’inflation grandissante réduirait le pouvoir d’achat des ménages. Comme au Royaume-Uni, l’effet positif d’une dépréciation ne doit pas être exagéré. Si la seconde option est choisie, en utilisant l’euro, la Catalogne s’expose à des sanctions mais surtout se prive d’une politique monétaire indépendante. Si une banque devait manquer de liquidité, la BCE ne pourrait pas réagir comme elle l’a fait en Grèce. Aucune des deux options ne semble donc enviable.

La République Catalane semble être un projet onéreux et la majorité des coûts qui pourraient être réduits dépendent des institutions européennes. Il est fort probable que le cout d’un Catalexit dépasse en proportion celui du Brexit pour le Royaume-Uni, simplement parce qu’une politique isolationniste est dangereuse dans une région de 7,5 millions d’habitants. Le cout économique serait aussi celui d’une période d’incertitude très longue. Mais la vraie question est de savoir si ces couts économiques dépassent les bénéfices sociaux, politiques et culturels… et pour ceci je n’ai aucune réponse.