L’industrie française résiste à la tendance européenne

L’industrie française résiste à la tendance européenne

Après deux trimestres de croissance positive, la production industrielle française a entamé le 3ème trimestre 2019 sur une note positive. Il semble que la France résiste à la divergence croissante observée ailleurs en Europe entre les activités industrielles et de services.

La production manufacturière française était encore en croissance en juillet

La production industrielle a rebondi de 0,3% en glissement mensuel en juillet, ce qui a permis au T3 de bien démarrer. Le secteur manufacturier a également cru de 0,3%, alors qu’il était en légère baisse sur l’année. Ce rebond est principalement dû à la production de biens d’investissement qui a rebondi de 1,2% en glissement mensuel après la baisse de 2,7% enregistrée en juin. Les autres sous-secteurs ont enregistré une baisse de l’activité. En particulier, la construction a diminué de 4,2% et est maintenant en baisse de 1,2% sur l’année. Après la baisse de 1,4% enregistrée au 2T19, la tendance reste faible en dépit des taux d’intérêt hypothécaires exceptionnellement bas sur les logements neufs. On notera que cela ne se reflète pas dans les chiffres d’emplois publiés récemment par l’INSEE qui montraient encore une hausse de l’emploi dans la construction au second trimestre avec un rythme de progression de près de 3% sur un an.

La production de biens de consommation durable, qui a fortement rebondi au 2T19 (+3,7% en glissement trimestriel) après la crise des « gilets jaunes » et trois trimestres très faibles, a diminué de 0,8% en juillet. Le fait que le secteur automobile français soit en meilleure forme qu’en Allemagne, où l’impact du ralentissement des échanges mondiaux se fait sentir plus durement, a sans aucun doute aidé la production industrielle au cours des derniers mois. Dans l’automobile, elle est toujours bien au-dessus des niveaux de l’année dernière et semble avoir récupéré des modifications apportées aux normes d’émissions à l’été 2018. 

La France échappe-t-elle au destin de l’Allemagne?

La dichotomie actuellement observée ailleurs dans l’Eurozone (et en Allemagne en particulier) entre les indicateurs d’activité dans les services et l’industrie est source d’inquiétude pour la croissance de l’activité dans la zone euro au cours des prochains mois. Les indicateurs d’activité se sont en effet contractés beaucoup plus rapidement dans l’industrie que dans les services, et la question est de savoir combien de temps l’un peut accumuler des problèmes sans provoquer un ralentissement de l’autre. Une activité industrielle plus faible réduit généralement la demande de services de manière directe, puis déclenche un ralentissement de la croissance de l’emploi qui, à son tour, affecte à nouveau les services. Jusqu’à présent, la France semble avoir été épargnée par ce phénomène. Cela se marque notamment sur l’emploi : les chiffres de l’INSEE en septembre montraient encore une légère hausse de l’emploi dans l’industrie et une hausse plus dynamique dans les services (respectivement 0,6% et 1,5% sur un an au T2) alors que le marché de l’emploi allemand a détruit des emplois industriels aux deux premiers trimestres de l’année.

Une explication est que l’industrie et les services associés représentent moins de 20% de la valeur ajoutée en France contre près de 30% en Allemagne, mais aussi parce qu’une dynamique d’investissement solide des entreprises, soutenue par le crédit, maintient la demande pour les biens d’investissement durable produits dans l’industrie.

En effet, avec une croissance du crédit qui dépasse les 7% par an, les entreprises françaises continuent d’investir (la formation brute de capital fixe a été le principal moteur de la croissance française au T2 2019), ce qui maintient la demande de biens d’investissement. Cela explique pourquoi les chiffres de septembre montrent que les biens d’investissement ont surperformé les autres secteurs manufacturiers en juillet. Toutefois, la tendance récente de la production n’a pas été positive, les chiffres de production pour l’ensemble du T2 indiquant une baisse de 1,2%. Sur l’année, la tendance est également moins positive, ce qui pourrait signifier que les entreprises réduisent leurs plans de production de biens d’investissement car elles prévoient une demande moins forte de la part des autres entreprises. Si cela devait se confirmer, nous pourrions assister à une baisse des investissements au second semestre, malgré la forte croissance du crédit.

Pour conclure, l’histoire reste positive pour la production industrielle française, notamment par rapport aux autres pays européens. La production a rebondi au cours des deux premiers trimestres de l’année après la crise des « gilets jaunes ». Si l’on en juge par les chiffres les plus récents, il se peut cependant que l’effet de rattrapage soit déjà terminé et que la tendance des investissements des entreprises, bien que toujours positive, ralentisse. Cela ne signifie pas pour autant que les chiffres de la production industrielle vont devenir négatifs dans les mois à venir : nous prévoyons toujours une croissance de la production industrielle deux fois supérieure à celle de 0,4% atteinte en 2018, principalement soutenue par le dynamisme des investissements des entreprises et le rebond de la production automobile.

Nous pensons que les mesures supplémentaires de politique monétaire annoncées par la BCE vont soutenir la dynamique observée actuellement dans les investissements et donc maintenir jusqu’à la fin de l’année un rythme de croissance des investissements qui nourissent la production industrielle, comme ce fut le cas en juillet. Cela confirmerait l’image globale d’une économie française en croissance proche de son potentiel, soit 1,3%, sur l’ensemble de 2019.