Italie - Les débuts d'une saga

Italie – Les débuts d’une saga

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États-Unis – Guerre commerciale en vue ?

Donald Trump a entériné la loi qui imposera d’ici 15 jours des droits de douane de 25% sur les importations d’acier et de 10% sur celles d’aluminium. Cette annonce est loin de faire l’unanimité aux Etats-Unis, en ce compris dans le camp du Président américain. La majorité des élus républicains au Congrès, dont le Président de la Chambre Paul Ryan, sont opposés à la politique et Gary Cohn, le conseiller économique de la Maison-Blanche, a démissionné estimant que ces mesures étaient dangereuses pour l’économie. En outre, les partenaires commerciaux, dont l’Union Européenne, ont vivement réagis et se disent prêts à contre-attaquer, en imposant des taxes ciblées sur les importations américaines. Cela nous fait craindre une guerre commerciale, qui pèserait sur la croissance économique de chaque partenaire. Trump a néanmoins adoucit le ton en fin de semaine, promettant flexibilité et coopération pour ses « vrais amis ». Pour l’instant, le Canada et le Mexique, qui renégocient le NAFTA (traité transatlantique de libre échange), sont exemptés des droits de douane et d’autre pays (dont l’UE) sont en négociation pour bénéficier du même traitement. L’impact de la politique dépendra donc des exemptions accordées et des réactions des partenaires.

D’autre part, le rapport sur les emplois américains montre que l’emploi a augmenté plus que prévu, de 313 000 unités en février, après la hausse de 200 000 en janvier. Le taux de chômage est par contre resté stable à 4,1%, ce qui indique que le taux de participation au marché du travail a augmenté (de 62,7% à 63%). D’autre part, la croissance des salaires n’a progressé que de 0,1% en glissement mensuel, ce qui signifie que le taux annuel de croissance des salaires a baissé de 2,8% en janvier à 2,6% en février. Pour les prochains mois, nous pensons que la croissance de l’emploi ralentira et que la croissance des salaires s’accélérera. C’est une des raisons pour lesquelles nous prévoyons que la croissance des prix à la consommation pourrait atteindre 3% d’ici l’été 2018.

Zone euro – BCE et biais d’assouplissement du QE

Lors de sa réunion de politique monétaire, la BCE a décidé de maintenir les taux directeurs au même niveau qu’en janvier et de maintenir sa politique d’assouplissement quantitatif (QE) au rythme actuel (30 milliards d’achats net d’actifs par mois) jusqu’au moins en septembre 2018, et au-delà si nécessaire. La BCE a en outre décidé d’abandonner le biais d’assouplissement du QE, c’est-à-dire l’engagement d’augmenter «en termes de taille et/ou de durée» le QE si les perspectives d’inflation ou les conditions financières devaient s’aggraver. Même si c’est un changement notable de communication, nous estimons qu’il n’y a pas de vrai changement dans la stratégie de la BCE.

En outre, les perspectives de la BCE en termes de croissance du PIB de la zone euro ont été revues à la hausse pour 2018 (2,4% contre 2,3% en décembre) et laissées inchangées pour 2019 et 2020 (1,9% et 1,7% respectivement). La crainte du protectionnisme a en outre été ajoutée à la liste des risques baissiers pour les perspectives de croissance. Concernant l’inflation globale, la BCE prévoit qu’elle atteigne 1,4% en 2018 et 2019 et 1,7% en 2020, ce qui reste loin de son objectif. En conséquence, nous continuons de penser que le QE sera maintenu au-delà de septembre 2018.

Les débuts d’une saga

Après avoir joui d’une certaine stabilité politique depuis 2013, l’Italie ne sera sans doute plus gouvernée par le centre pendant la prochaine législature. La timide reprise économique pourrait en pâtir. La désagrégation des partis traditionnels au profit des extrêmes polarise en effet le pays, et il faudra du temps pour trouver une coalition. L’Europe n’était pas un sujet de campagne, et vu le résultat des élections, il faut espérer qu’elle ne soit pas non plus un sujet pour le futur Gouvernement.

Si l’Europe a pu pousser un ouf de soulagement le dimanche 4 mars après-midi après que les membres du Parti Socialiste allemand (le SPD) ait voté en faveur de la reconduction d’une grande coalition, c’était pour mieux transpirer quelques heures plus tard. En effet, si la grande coalition allemande devrait laisser les coudées plus franches que prévu à Angela Merkel pour avancer sur les dossiers européens au côté de la France (sans l’accord du SPD, la CDU/CSU aurait dû gouverner en Gouvernement minoritaire, ce qui aurait grandement augmenté le risque d’instabilité politique), cela devra se faire sans l’Italie.

En effet, les élections législatives du 4 mars ont donné le coup d’envoi d’une saga dont nous ne sommes pas près de voir la fin. Après un an d’élections multiples en Europe (Brexit, Pays-Bas, France, Grande-Bretagne, Allemagne, Autriche, Catalogne), pour la plupart à haut risque de voir des partis extrémistes (ou au moins anti-européens) prendre le pouvoir, l’Italie fermait la marche. Les résultats sont édifiants. Ils révèlent un pays coupé en deux, entre le nord où l’extrême droite (la Ligue du Nord – LN) domine et le sud où l’extrême gauche (Mouvement 5 étoiles – M5S) l’emporte largement. Si, en France, une force a pu naître du centre, désagrégeant la droite et la gauche traditionnelles, c’est l’inverse qui vient de se produire en Italie : la droite et la gauche traditionnelles sont certes désagrégées (le Parti Démocratique PD de M Renzi et Forza Italia FI, le parti de S Berlusconi, ont perdu les élections – Cf. Graphique 1), mais au profit des extrêmes.

L’Europe pourra se consoler du fait que les enjeux européens ont été très largement absents du débat politique pendant ce scrutin et ne semblent plus être une priorité pour ces partis (d’abord pour une sortie de l’Italie de l’Eurozone, M5S et la LN ont changé de thèse en cours de route). Par contre, la question se pose de savoir si – avec les politiques qu’ils suggèrent – l’Italie finira par redevenir un problème financier majeur de l’Eurozone. La stabilité financière de l’Italie s’est nettement améliorée en un an, avec l’élimination des banques les plus faibles et la baisse progressive des taux de défaut sur les emprunts. Toutefois, la crise reste latente, et la fin annoncée du programme d’assouplissement quantitatif de la BCE n’arrange rien. En effet, l’Italie en a largement bénéficié puisqu’il est un des facteurs de stabilisation de la dette publique. De plus, les mesures du Gouvernement mené par la gauche ces dernières années ont réduit le déficit de 3% du PIB à 2%, stabilisant la dette juste au-dessus de la barre des 130% du PIB (Cf. Graphique 2). Tant le M5S que la LN renie les règles européennes en la matière et ont des plans de dépenses publiques dans leurs programmes. Le M5S qui a fait campagne et remporté les élections dans les régions les plus pauvres du sud, veut notamment une allocation minimale pour les plus pauvres, qui ne plaît guère à la LN dont le programme est plus proche des réalités post-industrielles du nord, à l’image du Front national en France, dont la chef de file était d’ailleurs la première à féliciter M Salvini, le chef de la LN.

Nous n’en sommes pas encore là. La Chambre ne se réunira en effet que le 25 mars. Les négociations pour former un Gouvernement pourront alors commencer. Le problème, c’est que les mathématiques semblent impossibles. La plus grosse crainte des marchés financiers étaient une alliance entre le M5S et la LN. Imaginable au moment où la LN aurait été un parti minoritaire dans le Gouvernement, ce scénario l’est moins si les deux partenaires devaient discuter sur le même pied, tant leurs programmes sont différents, tant leurs leaders semblent se détester, et tant leurs électorats sont différents (les défenseurs des pauvres du sud peuvent-ils s’allier avec un parti fondé sur le principe de la séparation de l’Italie ?). Cette union (graphique de droite en annexe) aurait une large majorité à la chambre.

L’espoir d’une coalition du centre, comme celle reconduite en Allemagne, semble maintenant éteint puisque les deux principaux partis ne disposeraient pas d’une majorité. Une coalition de droite reste une possibilité mais Forza Italia a trop peu de sièges (graphe de gauche en annexe). Reste le scénario d’une alliance entre la gauche et l’extrême gauche, qui aurait une majorité (graphique du centre en annexe), mais contre laquelle Matteo Renzi semble vouloir se battre jusqu’au bout. De nouvelles élections pourraient également être envisagées, mais pas tout de suite.

La saga italienne ne fait donc que commencer, mais elle risque bien de rester une épée de Damoclès au-dessus de l’Europe pour quelque temps encore.