Joyeuse année du Rat

Joyeuse année du Rat

Etats-Unis – La contraction manufacturière se confirme au T3

Aux Etats-Unis, l’indice de confiance des PME s’est replié en décembre, passant de 104,7 à 102,7. Les intentions d’embauche et d’investissement étaient en légère baisse tandis que la réduction des stocks restait semble-t-il une priorité. Globalement, l’indice était cependant légèrement meilleur au 4ème qu’au 3ème trimestre, tout en étant largement inférieur à ses niveaux de 2018. Le ralentissement est donc là, mais il ne semble pas se détériorer fortement. Une composante de l’enquête montrait une hausse du pouvoir de pricing perçue par les entrepreneurs. Cette dernière est étonnante au vu des derniers chiffres d’inflation qui ne montrent pas de signe d’augmentation des prix. En fait, la modération salariale (le ralentissement de la croissance des salaires observé depuis l’été dernier) atténue l’inflation sous-jacente qui était à 2,3% en décembre. A l’inverse, l’inflation est poussée à la hausse depuis trois mois par les prix de la nourriture et de l’énergie et a atteint 2,3% en décembre contre 2,1% en novembre et à peine 1,7% en septembre. Ces signes devraient renforcer la FED dans l’idée qu’une poussée inflationniste n’est pas vraiment à l’ordre du jour et peut-être ouvrir la porte à de nouvelles actions en 2020.

Les chiffres de production industrielle n’ont en tous cas rien fait pour refermer cette porte : la production industrielle était en baisse de 0,3% en décembre. L’industrie manufacturière est cependant restée croissante après le rebond de 1,1% observé en novembre (+0,2% en décembre), notamment grâce à la reprise du travail chez General Motors. Cela n’empêche pas l’activité manufacturière d’être en baisse au dernier trimestre de l’année, de 0,3%, et sur l’année (de 1,3% contre 1% pour la production industrielle totale). Rien d’étonnant dès lors à avoir vu l’utilisation des capacités de production baisser en décembre, à 77% contre 79,5% un an auparavant. Si contraction industrielle il y a aux USA, on peut dire qu’elle reste limitée, mais les choses pourraient empirer au premier trimestre 2020 où nous attendons une croissance du PIB limitée à 0,2% sur le trimestre. Enfin, on notera la bonne tenue des ventes de détail en 2019 : elles finissent l’année en hausse de 0,5% sur un mois en décembre. Si 2019 aura été historiquement dynamique (+3,5% en moyenne), elle restera pâle en comparaison de 2017 et 2018 (+6,5% en moyenne).

Zone Euro – Touche-t-on le fond ?

Dans l’Eurozone, la production industrielle a rebondi de 0,2% en novembre après sa contraction de 0,5% en octobre. L’amélioration était limitée aux secteurs de l’énergie et des biens d’investissement qui bénéficiaient toujours au dernier trimestre d’une dynamique d’investissement positive des entreprises. Par contre, la production de biens de consommation durables et de biens intermédiaires était en baisse, ce qui témoigne de faiblesses continues dans le secteur. Il ne faut donc pas crier victoire trop vite même si l’industrie en Allemagne et en Espagne ont vu des développements plus positifs en novembre (respectivement +0,9% et +0,4% sur un mois). A ce sujet, on notera que les statistiques de PIB en Allemagne montraient une croissance de seulement 0,6% en 2019 contre 1,5% en 2018. C’est la plus faible croissance allemande depuis 2013 et elle devrait relancer le débat sur la politique fiscale du gouvernement actuel qui a une nouvelle fois manqué sa cible en termes d’investissements publics en 2019, produisant un surplus budgétaire de 1,5% du PIB.

Par ailleurs, la confirmation du niveau d’inflation en décembre (1,3% pour une moyenne de 1,2% en 2019) ne devrait pas fondamentalement changer la donne pour la BCE qui se réunira jeudi. Nous n’attendons pas d’action particulière de ce côté en 2019.

Joyeuse année du Rat

Les USA et la Chine ont signé la semaine dernière une première phase d’accord. Très attendu, l’accord n’enlève pas grand-chose aux droits de douanes imposés de part et d’autre, mais a le mérite de montrer une désescalade. Si la position extérieure des USA n’en est pas bouleversée, des changements structurels se sont opérés en Asie, dont l’économie chinoise ne devrait pas se remettre aussi vite qu’espéré.

1,4 milliard de Chinois s’apprêtent à fêter le nouvel an et à inaugurer l’année du Rat de métal, symbole de chance et de prospérité. A l’heure où la détente se concrétise un peu avec les USA, les dernières statistiques montrent que l’économie chinoise en aura bien besoin. Le Vice-Premier Ministre chinois Liu He était en effet à Washington mercredi dernier pour signer la première phase d’un accord plus global entre les USA et la Chine, confirmant la désescalade guettée par les marchés depuis deux mois. Parallèlement, les statistiques du PIB pour le 4ème trimestre montraient une économie chinoise affaiblie, avec un taux de croissance de 6%, son plus faible niveau en 30 ans.

Phase I des accords américano-chinois

Il s’agit d’un échange de bonnes intentions : la Chine importera 200 milliards de biens américains par an d’ici à deux ans (dont 40 à 50 de biens agricoles, du soja pour l’essentiel, 50 d’énergie et 75 de biens manufacturés). Les USA baisseront en échange les droits de douane de moitié (à 7,5%) sur 120 milliards d’importations en provenance de Chine. Cerise sur le gâteau : les USA ont abandonné la charge de manipulateur de monnaie à l’encontre de la Chine, une étiquette que l’administration Trump lui avait collée en août dernier et qui augmentait les chances de mesures tarifaires supplémentaires.

C’est donc un effort a minima. Toutes les hausses de droits de douanes survenues avant septembre 2019 restent en place et ce des deux côtés. Autrement dit, les USA continueront de percevoir des droits sur deux-tiers des importations en provenance de Chine et l’effet de la guerre commerciale est loin d’être effacé : comparé à la situation de janvier 2018, les droits de douanes moyens sont passés de 3% à 21%. L’accord de la semaine dernière réduit cette moyenne à 19,3%. Si désescalade il y a, ce n’est donc pas la fin de la guerre, d’autant qu’au vu de la croissance chinoise actuelle (voir ci-après), l’objectif de 200 milliards d’USD d’importations de produits « Made in USA » par la Chine sera difficile à atteindre, sauf à compter d’un interventionnisme important de la part du Gouvernement chinois : les importations chinoises étaient en 2019 de 122 milliards d’USD (-21% en un an – Cf. Graphique 1), les porter à 200 impliquerait donc une hausse de 65%….

Où en sont les relations commerciales entre les deux puissances ?

La baisse des importations chinoises de biens américains en 2019 n’est pas que le fruit de la guerre commerciale. Le ralentissement chinois implique une baisse globale des importations du pays (-1,1% en 2019) dont d’autres pays ont eu à souffrir (comme l’Allemagne : -3%). Mais les droits de douanes imposés par le Gouvernement à 60% des biens exportés par les Américains ont clairement défavorisé ces derniers, ce qui a limité l’amélioration de la balance commerciale entre les USA et la Chine.

Dans l’autre sens, la baisse des importations américaines de biens en provenance de Chine a amélioré la balance commerciale et fait baisser la part de la Chine dans les importations américaines en provenance d’Asie : de 48% à 43% entre le début 2018 et la fin 2019. Beaucoup d’exportations chinoises ont cependant été déviées vers d’autres pays asiatiques (le Vietnam notamment est en plein boom), mais pas toutes : la part de l’Asie dans le total des importations américaines a baissé de 45% sur les années précédant 2018 à 42,5% en 2019.

Il y a donc des changements structurels qui se sont opérés à cause de la guerre commerciale mais, pour les Américains, si Donald Trump est parvenu à faire baisser le déficit d’exportations nettes entretenu avec la Chine depuis des décennies, le solde extérieur américain a continué de se détériorer, notamment avec l’ASEAN et le Mexique. Pour le Président, la stabilisation du déficit courant en 2019 est donc une maigre victoire.

Perspectives de reprise pour la demande chinoise ?

Depuis qu’un accord est revenu sur les radars en octobre, le Yuan s’est réapprécié, terminant l’année à 7,0 face à l’USD contre 7,15 trois mois plus tôt (+2%) et il a continué sur sa lancée en janvier (+1,5%). Toutefois nous restons prudent pour cette année (l’appréciation supplémentaire que nous attendons n’est que de 0,5%).

En effet, la croissance du PIB publiée pour le T4 était tout juste à 6,1%, un plus bas depuis 1990, et les effets de la guerre commerciale devraient continuer de se faire sentir en 2020. Le ralentissement des investissements (Graphique 2) devrait se poursuivre et la consommation donne elle aussi des signes de faiblesse : les ventes de voitures étaient en baisse de 8,2% en 2019 après -2,8% en 2018 et les dépenses de consommation ralentissent (de 6,1% sur un an en 2018 à 5,4% en 2019). Les consommateurs chinois ne sont donc pas dupes et s’inquiètent pour leur emploi. 2020 devrait connaître une croissance inférieure à 6% pour la première fois depuis 30 ans. Le Rat de métal ne sera donc pas de trop pour ramener la prospérité dans l’Empire du Milieu.