Podcast : Les marchés financiers décryptés par Rothschild

Podcast : Les marchés financiers décryptés par Rothschild

ING en France a organisé une web conférence sur le thème “Les marchés financiers décryptés par Rothschild” en présence de Marc Terras, Directeur de Gestion chez Rothschild & co Asset Management, et Julien Schahl, Responsable Epargne et Placements chez ING en France. Cette conférence était l’occasion d’échanger sur ce qui s’est passé sur les marchés financiers, mais également sur les anticipations à venir et de répondre en direct aux questions des internautes.

Transcript de la vidéo

Julien Schahl
Bonjour à tous, nous sommes ravis de vous accueillir pour cette conférence qui est un format nouveau pour nous. C’est important, c’était une demande de votre part et on souhaitait le faire, vous donner quelques clés d’analyse sur tous les évènements que l’on observe, évidemment sur les marchés, ce dernier trimestre, et donner aussi des perspectives. Donc je me présente, je suis Julien Schahl, je suis responsable de l’activité épargne pour ING*(03.31) et je jouer le rôle de l’intermédiaire entre vous, vos questions, que je vais essayer de relayer au maximum vers notre invité, notre partenaire que je remercie pour sa présence, Marc Terras, directeur de la gestion de Rothschild & Co Asset Management, et également responsable dans le cadre de la gestion des mandats, des recommandations faites sur les mandats à notre assureur Rothschild dans le cadre de nos contrats d’assurance vie. Bonjour Marc.
 
Marc Terras
Bonjour à tous. Bonjour Julien.
 
Julien Schahl
Je propose de commencer parce qu’on a beaucoup de sujets à aborder. Je vous propose de m’envoyer les questions dans le petit volet conversation. J’essayerai de les thématiser pour avoir un chemin d’éléments et de contenu qui soit logique et au maximum de relayer vos questions, vos interrogations auprès de Marc. Marc, je voulais tout d’abord revenir un petit peu en arrière pour se replacer dans un contexte pré-Covid. C’est important aussi de se remémorer, car on a l’impression que c’était il y a tellement longtemps, dans quel était esprit on était avant ces évènements-là, quel était le **(04.38), quel était le niveau des marchés financiers jusqu’au début du mois de février **(04.44-04.49) de la potentielle gravité de ce qui se passait.
 
Marc Terras
Exactement, avant le Covid, le début faisait rage autour du rythme de croissance de l’économie mondiale, mais en débit de longs discours et de très nombreux arguments, les économistes, finalement, opposaient leurs estimations de façon plutôt assez étroite autour d’un consensus autour de 3 % ce qui est une croissance je dirais assez raisonnable, en tous cas suffisante, pour permettre à l’emploi de progresser, certes d’une manière modeste, mais c’est ce qu’on observe aussi bien aux États-Unis qu’en Europe ou encore en Asie. C’était une croissance tout à fait satisfaisante. Alors, certes, le constat d’un ralentissement de l’économie était clair, principalement à cause des mesures protectionnistes mises en place par les États-Unis, qui avaient très lourdement pesées sur le commerce mondial et donc sur l’optimisme des entreprises, mais il n’était pas irréaliste du tout d’espérer en début d’année une stabilisation, voire même une légère reprise, qui pouvait s’appuyer d’une part sur la signature de la phase 1 d’un traité commercial entre la Chine et les États-Unis, et évidemment, la signature de cette phase 1 pouvait donner plus de visibilité sur l’avenir du commerce mondial, cela pouvait permettre d’envisager une reprise de l’investissement des entreprises, et puis dans le même temps, c’est vrai que la consommation continuait, elle, de profiter partout dans le monde de la bonne tenue de l’emploi. D’autre part, on pouvait compter aussi sur le redressement de nombreux pays émergents comme la Turquie, l’Iran, le Venezuela. Alors, certes, des pays dans lesquels il y a une instabilité politique assez forte, néanmoins, le redressement très sensible de ces économies qui avaient été en difficulté en 2018 et en 2019 pouvait contribuer à la reprise de la croissance mondiale. Donc on avait des marchés qui étaient plutôt bien orientés, et après avoir souffert depuis le mois de mars 2019 des craintes à la fois liées au protectionnisme américain et ensuite aux incertitudes sur le Brexit, ces marchés reprenaient des couleurs et poursuivaient le rallie commencé en octobre 2019. Donc le 19 février, l’un des points hauts des marchés en début d’année, on avait un CAC qui progressait d’environ 2,5 %. L’indice américain, le S&P, progressait, lui, en revanche de plus de 9 % en euros, et cela permettait à l’indice des actions internationales de prendre environ 7 % en environ six semaines, ce qui est une belle progression **(07.22).
 
Julien Schahl
C’était un vrai lead*(07.22) quasiment.
 
Marc Terras
**(07.22) encore au début du mois de février.
 
Julien Schahl
D’accord, effectivement. Et là, patatras, on se rend compte que la pandémie pouvait être beaucoup plus forte que prévue, et on assiste à une chute presque vertigineuse des **(07.39) des indices.
 
Marc Terras
Je dirais même une chute historique. Il faut retenir que le Covid-19 est apparu en 2019, justement, en Chine, en novembre à Wuhan. Il s’est propagé de partout dans le monde pour atteindre seulement en janvier la France et ensuite l’Italie. Et c’est vrai que le caractère mortel du virus, et surtout le manque de connaissances à son sujet ont géré une panique sans précédent, ce qui a mené évidemment à un confinement total qui a été adopté sur un temps assez long entre les différents pays, mais qui a en tous cas presque partout été adopté dans les pays qui étaient touchés, et comme cela a été la seule action préventive jugée apte à endiguer la contamination, cela a touché plus de la moitié de la population mondiale et cette contrainte sanitaire drastique et sans précédent au niveau mondial, il est vrai qu’on avait déjà eu des confinements au niveau local dans l’histoire, mais cette fois-ci cela a été au niveau mondial, et cela a asphyxié à la fois l’offre et la demande. L’offre parce que cela a paralysé totalement les moyens de production, et la demande parce que les consommateurs comme les investisseurs ont été cloîtrés chez eux pendant plusieurs semaines, et donc dans ce contexte où l’on a vraiment eu plus de la moitié de la population mondiale confinée, il était évidemment impossible de jauger la violence de l’impact et de ses conséquences économiques, et cela a mené les marchés à anticiper de nombreux scénarios catastrophes et à entamer une chute qui restera dans l’histoire, du moins jusqu’à la prochaine, et comme la violence fut enregistrée sur les marchés modernes, puisqu’en un mois, le CAC a perdu presque 40 % de sa valeur, les États-Unis et les **(09.24) mondiales ont perdu près d’un tiers de leur valeur, un petit peu plus, et même les emprunts d’État qui sont traditionnellement considérés comme des actifs refuges ont perdu au pic de la crise, de l’inquiétude, près de 5 % sur la période, sur la zone euro, et jusqu’aux points bas qui ont été atteints le 23 mars.
 
Julien Schahl
D’accord, et l’or par contre a pris. L’or s’est bien positionné du coup pendant cette période.
 
Marc Terras
Oui, c’est vrai que l’or, pour le coup, a fait vraiment figure de valeur refuge. C’est même l’une des seules classes d’actifs qui s’est bien comportée sur cette période. Elle a perdu uniquement au pire de la crise 3 % en dollars, donc elle a été positive en euros, et au fur et à mesure que la crise sanitaire prenait de l’ampleur, l’actif a commencé à remonter et à vraiment montrer ce rôle de valeur refuge. C’est effectivement l’un des seuls actifs qui a été positif pour un investisseur européen sur la période.
 
Julien Schahl
D’accord, mais alors depuis, tu as parlé de cette chute vertigineuse et historique des marchés continue, jour après jour, et finalement, dès fin mars, alors que l’on était encore au cœur de mesures de confinement avec des perspectives qui n’étaient pas forcément très claires, on a commencé à observer, avec toujours beaucoup de volatilité, du rebond assez rapidement. Comment avez-vous analysé cela ?
 
Marc Terras
En fait, il a été assez rassurant d’observer à quel point les banques centrales d’abord, puis les gouvernements ensuite, forts des enseignements qui ont été tirés de la crise immobilière de 2008, ont très rapidement déployé un arsenal de mesures à la fois monétaires, réglementaires et budgétaires, à la fois pour éviter des faillites personnelles ou des faillites d’entreprises, qu’elles soient publiques ou privées, et ces mesures ont suffi à préserver les capacités de production des pays touchés pour permettre, au moment où les mesures de confinement seraient levées, un redémarrage rapide des économies. Donc d’un côté, les banques centrales ont baissé leur taux, elles ont aussi ciblé les inflexions*(11.42) de liquidités sur les pays ou les États les plus en difficultés, et elles ont permis aux banques locales d’accorder des crédits pour permettre aux entreprises de faire face à leurs problèmes de trésorerie, à ne pas faire faillite, et elles ont permis aussi aux États, et cela continue d’ailleurs encore aujourd’hui, de s’endetter pour multiplier les plans budgétaires de soutien, et dans un second temps, des plans de relance. Alors, comme chacun le sait, ces plans sont de très grande ampleur, ils ont visé évidemment eux aussi à maintenir à flot les économies en maintenant en vie l’appareil productif, parfois aussi en se substituant au système de protection sociale, notamment aux États-Unis, puisque le système, évidemment, est extrêmement faible. On parle aujourd’hui, en termes de montant, de plus de huit trillions de dollars, huit mille milliards de dollars, et c’est un chiffre qui devrait encore augmenter, puisque comme le rappellent la plupart des gouvernements, et encore, on a eu des annonces la semaine dernière et encore aujourd’hui, d’ailleurs, en France, l’action des gouvernements va s’inscrire dans la durée et permettre de soutenir, et même de fortifier le rebond, lorsque la situation sanitaire permettra la levée totale des mesures de confinement. Donc ce sont des chiffres qui sont colossaux, mais qui sont totalement à la hauteur de l’imprévisibilité du choc sanitaire que l’on a subi, et puis l’ampleur de ses conséquences au niveau économique. C’est en tous cas un scénario de redémarrage rapide que les marchés ont retenu pour entamer un rebond qui a d’ailleurs été tout aussi historique que la baisse, à partir du 23 mars, puisque depuis le 23 mars, les marchés d’actions ont repris plus de 20 points, ce qui fait que depuis le début de l’année, on a aujourd’hui un indice américain qui n’est qu’à – 2 ou – 3 % en euros depuis le début de l’année, alors que l’indice mondial ne perd plus que 5 %. Certes, les indices européens, pour des raisons principalement de composition sectorielle, sont encore à près de – 15 %, mais comme vous le voyez, on est loin de la baisse que l’on enregistrait le 23 mars. C’est un peu comme si les marchés faisaient l’impasse sur 2020 et qu’ils faisaient l’impasse sur tous les incertitudes que l’année porte au niveau des résultats des entreprises, au niveau des faillites éventuelles, parce que ce n’est pas parce qu’on a des plans de soutien que certaines entreprises ne feront pas faillite, mais effectivement, les marchés font aussi l’impasse sur les impacts que cela pourrait avoir sur l’emploi et les impacts évidemment sociaux avec des inégalités qui devraient se creuser, et qui creuseront le fossé social et donc les revendications qui vont avec. Donc les marchés se projettent aujourd’hui déjà sur 2021, sur la capacité de rebond rapide de l’économie que les plans de soutien et de relance devraient permettre avec un aplomb assez sidérant. On pense évidemment que ce rebond est une bonne chose, mais il est vrai, encore aujourd’hui, que les certitudes sont rares et que la visibilité reste assez incroyablement faible, à la fois sur l’ampleur réelle du choc, également sur celui de la reprise, et aussi sur le fait que les mesures de distanciation sociale et également d’une possible transformation des habitudes de consommation aient un impact sur la croissance potentielle. C’est quelque chose que l’on ne saura pas avant plusieurs trimestres, voire d’ici l’année 2022.
 
Julien Schahl
D’accord, donc ce que tu dis c’est un rebond salutaire, effectivement. Pour réutiliser tes propos, le CAC 40 aujourd’hui a repassé la barre des 5000 points dans la journée, ce qui est tout à fait sidérant. Il était à un point bas à 3600, donc il a repris quasiment 38 %, donc ce que tu dis, c’est que c’est un rebond salutaire. Il reste un certain nombre d’incertitudes. Dans ce cadre-là, ce que je voudrais faire pour quelques minutes, c’est de rentrer un peu sur des éléments sectoriels, savoir quels secteurs d’activité ou géographiques, alors géographiquement, je pense que c’est un peu plus compliqué, ils s’en sont un peu mieux sortis sur les trois derniers mois, et évidemment, après, un peu étayer les perspectives que Rothschild a sur les semaines et les mois qui viennent, et on parlera ensuite des placements et de l’appétit des taux d’intérêt à venir.
 
Marc Terras
En fait, le rebond a été assez particulier. Nous, on est plutôt sensible au fait que le rebond a été principalement technique. C’est-à-dire qu’il est venu plus d’une sorte de fatigue des vendeurs que d’un appétit durable ou alors de convictions fortes des acheteurs. Je disais que les acheteurs s’étaient appuyés sur des plans de soutien, mais globalement, les flux n’ont pas été très puissants et le rebond ne s’est pas fait dans des volumes jusqu’ici importants. Disons que ce rebond a été porté principalement par des secteurs plutôt défensifs, qui offrent une grande visibilité sur leurs résultats, et surtout par un nombre d’ailleurs relativement faible de valeurs, c’est le cas notamment aux États-Unis où…
 
Julien Schahl
Toujours les mêmes, dans les GAFAs un certain nombre s’en est sorti.
 
Marc Terras
Toujours les mêmes, exactement, on parle toujours des cinq plus grandes valeurs que sont Facebook, Amazon, Apple, Netflix et Google, qui ont été des valeurs qui ont profité évidemment du confinement, et qui ont vraiment tiré ce rebond de manière extrêmement importante. Alors, déjà, ces valeurs avaient bien résisté dans la baisse, et en plus, elles ont été très performantes dans la hausse, donc ce que l’on retient, c’est qu’on a principalement eu une hausse des valeurs de croissance, plutôt défensives, comme la santé ou encore des valeurs technologiques, et évidemment, à la traîne, celles qui ont été le plus touchées à la fois dans la baisse et qui ont le moins rebondi, des valeurs cycliques comme évidemment l’automobile, ou encore les valeurs bancaires qui, elles, ont subi de plein fouet ce choc et ont eu beaucoup de mal à rebondir, pour différentes raisons, mais globalement on a eu une vraie distorsion entre des valeurs de croissance avec beaucoup de visibilité sur les résultats, et puis des valeurs cycliques*(17.45), qu’on appelle aussi des valeurs **(17.47) qui sont très peu chères aujourd’hui, sur lesquelles les garanties de résultats sont beaucoup moins importantes, qui dépendent énormément d’une reprise cyclique, et elles ont vraiment souffert sur toute la première phase du rebond. Et là, on observe depuis quelques jours un rattrapage de tout ce qui a été délaissé, de tout ce qui a moins bien fonctionné, et donc on a une surperformance très nette de tout ce qui a été délaissé, donc de ces valeurs cycliques, valeurs bancaires en tête ou encore l’automobile.
 
Julien Schahl
Alors, justement, j’ai une question sur l’automobile. De votre point de vue, l’automobile a beaucoup subi, tu dis qu’ils commencent un peu à se rattraper, peut-être dû à la formalisation des aides étatiques concernant Renault, par exemple. Est-ce que vous avez une projection sur ce secteur dans les temps qui viennent ? C’est Patrick qui pose la question.
 
Marc Terras
Sur le secteur automobile en particulier, c’est assez compliqué à définir, mais aujourd’hui, on pense plutôt qu’on a un rattrapage vraiment technique de ces valeurs qui ont été délaissées, cela s’applique aussi au niveau géographique, on le voit, l’Europe rattrape un retard très conséquent qu’elle avait accumulé par rapport aux États-Unis, donc c’est effectivement un effet secteur, mais c’est aussi un effet qui amène l’ensemble des investisseurs à rechercher ce qui n’a pas beaucoup monté. Pour nous, c’est une configuration réellement technique et nettement plus psychologique que fondamentale. Effectivement, il y a des aides pour les secteurs qui ont été le plus durement atteints, par exemple l’aéronautique ou encore l’automobile. Néanmoins, les fondamentaux ne militent pas à moyen, long terme, pour ces secteurs qui restent effectivement handicapés, je dirais à court terme par tout ce qui pouvait les affecter, notamment au niveau des normes de pollution avant la crise, et ensuite, sur un éventuel changement des habitudes de consommations des consommateurs qui devraient davantage se tourner vers d’autres modes de transport ou encore, quand cette industrie sera mûre et sera accessible au plus grand nombre, vers l’automobile électrique, mais on en est encore loin. Donc aujourd’hui, on profite de manière tactique du rebond de toutes ces valeurs qui ont été délaissées, dont l’automobile. À moyen terme, il est compliqué, au-delà de valorisation qui évidemment sont aujourd’hui extrêmement attractives, et d’une situation des investisseurs qui sont très peu investis sur ces secteurs-là, ce qui peut être à court terme un vrai facteur de soutien, je dirais qu’à moyen, long terme, on devrait rester plutôt assez prudent sur ce secteur en particulier.
 
Julien Schahl
D’accord, très bien. Alors effectivement, tu l’as dit, on a passé la barre des 5000 points. Tu as commencé à parler de vos perspectives. Est-ce que vous attribuez une partie de ce rebond aussi aux énormes investissements et dépôts de liquidité des banques centrales, à la planche à billets, ce qui pourrait expliquer cette déconnexion entre potentiellement l’industrie réelle, en tous cas l’économie réelle, et cette économie financière ?
 
Marc Terras
Ce qui est sûr, c’est que les banques centrales ont un discours extrêmement rassurant pour l’investisseur. Elles se sont engagées à soutenir à tout prix les économies de leurs pays, donc effectivement, le bilan de la banque centrale américaine est illimité, et la Banque centrale européenne, elle, de son côté, a assoupli les règles d’aide pour venir majoritairement et prioritairement en aide aux pays les plus en difficulté, à savoir les pays de la périphérie comme l’Espagne ou encore l’Italie, et qui plus est, en dépit du fait que pour des raisons d’aléa moral, les autorités allemandes remettent en question cette flexibilité qu’a introduit la BCE, il y a cette fois-ci, ce n’est pas vent debout, mais une très forte motivation des banquiers centraux européens, de faire ce qu’il faudra, quitte à faire vraiment là encore exploser le bilan. Elle fera ce qu’il faudra pour soutenir l’économie, tant que l’économie européenne en aura besoin, et ensuite pour permettre au gouvernement une relance en bon ordre et dynamique de l’économie de la zone euro. Donc effectivement, à partir de ce constat, les marchés peuvent rester optimistes quant à l’avenir des marchés. Le truc c’est qu’aujourd’hui, même s’il y a beaucoup de signaux techniques qui pourraient nous amener à rester investis sur les marchés, il y a aussi beaucoup d’incertitude, et on est dans un monde bipolaire, sur lesquels les éléments positifs et négatifs peuvent se relayer pour donner de nouveau de la volatilité au cours des prochains trimestres. Donc on va voir, à partir de maintenant, si au-delà de l’euphorie qui s’appuie aujourd’hui sur le soutien des banques centrales et des gouvernements, et aussi des espoirs que portent la recherche médicale, si les signaux encourageants que l’on a aujourd’hui continuent de s’accumuler ou si au contraire il y a un retour des investisseurs, de leur but psychologique, vers les fondamentaux qui, depuis la fin du mois de mars, ont été quasiment totalement oubliés.
 
Julien Schahl
D’accord, donc là, tu nous présentes deux scénarios. Du coup, votre condition, ne serait-ce que sur le symbole des 5000 points, vous pensez que c’est un seuil qui, sur le marché français, va perdurer ou il y a vraiment deux scénarios qui sont à confirmer de votre côté ?
 
Marc Terras
Ce serait extrêmement ambitieux et peut-être même arrogant de dire exactement ce qui va se passer, parce qu’aujourd’hui, je le répète, les incertitudes sont extrêmement fortes, déjà sur l’ampleur du choc. Le FMI aujourd’hui, le fonds monétaire international, prévoit une récession de l’ordre de 3 % au niveau mondial pour 2020, et ensuite un rebond de 5,4 % sur 2021, et ce que l’on observe, c’est qu’au gré des chiffres économiques qui tombent, ces révisions sont extrêmement rapides et pour l’instant, elles sont de plus en plus amples. C’est-à-dire qu’on prévoit une récession de plus en plus profonde, et ensuite un rebond de plus en plus important, mais on ne sait pas jusqu’où cela va aller, donc il y a une incertitude à ce niveau-là, et ensuite, il y a de l’incertitude, comme je le disais tout à l’heure, sur la croissance potentielle, à savoir est-ce que les habitudes des consommateurs seront les mêmes dans l’après-Covid que dans l’avant Covid ? Et est-ce qu’on aura une croissance potentielle au même niveau que celle qu’on avait avant la crise ? On ne le sait pas encore aujourd’hui, on ne sait pas comment les économies vont reprendre, et à quel rythme, en dépit des montants colossaux qui sont mis sur la table pour permettre cette relance. Les éléments positifs que l’on a aujourd’hui, c’est que les données sanitaires montrent que le déconfinement se passe plutôt favorablement, et que contrairement à ce qui a été craint, on n’a pas encore aujourd’hui de seconde vague, alors, cela s’accompagne d’énormément de papiers médicaux qui cherchent à montrer que l’aspect viral, en tous cas contagieux du virus aurait diminué. Il y a beaucoup d’études qui disent une chose et qui se contredisent quelques jours après, donc il est difficile de s’appuyer sur ces éléments-là, mais globalement, aujourd’hui, pas de seconde vague, et quand il y a une résurgence, elle est plutôt bien gérée. Le deuxième point qui est plutôt positif, c’est que même si on vise aujourd’hui la récession la plus sévère depuis la grande dépression de 1930, on a à faire aujourd’hui à une frise très atypique avec un choc de croissance qui n’est ni dû à une hausse de taux, ni à une baisse de l’immobilier, qui sont sur le siècle dernier les deux éléments principaux d’une récession. Là, il s’agit d’un choc sanitaire et on ne sait pas, faute de comparaison, comment sortir de ce type de choc, et globalement, il est possible que la durée de ce choc soit historiquement courte. Ensuite, je l’ai déjà dit, les mesures monétaires et budgétaires sont historiques et vont évidemment empêcher l’économie mondiale de tomber en dépression. La différence entre la dépression et la récession, c’est la durée, donc une dépression, ce n’est rien d’autre qu’une récession qui dure. On va l’éviter cette dépression. On n’évitera évidemment pas la récession en 2020 et en 2021 il est tout à fait possible qu’on en sorte, et qu’on en sorte de manière rapide, donc c’est un premier point. Et effectivement, aujourd’hui, le contexte monétaire et budgétaire contribue à augmenter l’intérêt des actions au détriment des obligations dont les rendements sont partout quasi nuls, en tous cas sur les marchés développés. Et le dernier point qui est positif, je le disais déjà tout à l’heure, ce sont les éléments techniques qui aident à la hausse, de façon d’ailleurs assez brutale. Ces éléments techniques, c’est le pessimisme des investisseurs. Cela peut paraître assez étonnant, mais quand la quasi-totalité des investisseurs sont pessimistes, chaque bonne nouvelle, ou chaque bonne surprise peut vraiment créer un choc aussi important. Je le disais tout à l’heure, le rebond a été fait dans de faibles volumes, cela signifie aussi que la liquidité dans les portefeuilles à la fois des assureurs, des fonds de pension, et de beaucoup de Hedge Funds est colossale et donc peut être réinvestie sur n’importe quelle bonne nouvelle, et je pense principalement évidemment à une bonne nouvelle d’ordre médical. Ensuite, effectivement, on a des niveaux de cash*(27.01) qui sont très importants dans les portefeuilles des investisseurs et également de la question alternative. Donc ce sont pour des bonnes nouvelles qui militent plutôt pour le fait de rester investis aujourd’hui, et pour les éléments négatifs, j’en disais un mot tout à l’heure, depuis le rebond, c’est la psychologie qui domine les débats, et les fondamentaux ont été oubliés. Le risque, c’est qu’au-delà des chiffres catastrophiques que l’on a aujourd’hui, qui sortent, mais qui sont entre guillemets normaux compte tenu de la paralysie économique liée au confinement mondial, si ce choc économique se poursuit et que les conséquences sont plus longues et plus profondes que les attentes des investisseurs, alors forcément, il y a un risque que les investisseurs, en tous cas les quelques investisseurs qui souscrivent aujourd’hui quittent cette bulle psychologique et refassent le lien entre la trajectoire de croissance, celle des résultats des entreprises et donc de leur valorisation qui, aujourd’hui, pourrait apparaître comme étant des valorisations trop importantes, et donc on pourrait avoir des sursauts assez importants de la volatilité. Donc je vous ai présenté des éléments positifs, des éléments négatifs, et il est difficile de faire le tri dans ces différents éléments, donc il est important d’être extrêmement pragmatique aujourd’hui, d’être réactif, et donc, dans nos recommandations, d’avoir recours à des gestions qui elles-mêmes sont extrêmement flexibles et qui, en fonction, de ces différents éléments et de l’évolution de ces éléments, en tous cas de ceux qui prennent le pas sur les autres, puissent tirer profit de la situation et protéger au maximum les mandats quand cela se passe mal, et au contraire, comme c’est le cas depuis le 23 mars, profiter de la hausse et de l’appréciation des actifs risqués.
 
Julien Schahl
D’accord, Marc, alors écoute…
 
Marc Terras
Pragmatisme et flexibilité. Cela reste les maîtres-mots dans un pilotage qui ne se fait pas évidemment à vue, mais sur lesquels les anticipations ne peuvent pas être à moyen ou à long terme, mais plutôt à court terme.
 
Julien Schahl
D’accord. J’aimerais que l’on parle un peu de zones géographiques. Il y a eu deux, trois questions autour des marchés français et des marchés américains. Je vais essayer de les regrouper. Est-ce qu’on a noté dans ce trimestre passé des comportements vraiment divergents selon les zones géographiques, Amérique, pays émergents, Europe ? Et après on parlera peut-être des perspectives qui peuvent être différentes selon les marchés. Quel impact, par exemple, sur les marchés de la prochaine élection américaine ?
 
Marc Terras
Alors, oui, effectivement, la différence entre les différents marchés était énorme. Je le disais, notamment entre les marchés européens, qui depuis le début de l’année, au terme de ce beau rebond, perdent encore environ 12 %. Le marché euro, c’est à peu près la même chose, c’est à peu près 11 %. Alors que le marché américain, si on prend le S&P, il est à – 3,3 %, donc on le voit, le différentiel reste vraiment important, plus de neuf points, et c’est sans parler de marchés technologiques comme le NASDAQ, par exemple, qui eux, gagnent depuis le début de l’année plus de 11 %. C’est donc une distorsion qui est extrêmement importante, qui est vraiment liée à ce que je disais tout à l’heure, des valeurs de croissance, notamment des valeurs technologiques qui ont extrêmement bien résisté. Nous, cela nous semble je dirais dangereux aujourd’hui, dans le sens où les cinq valeurs dont je vous parlais tout à l’heure ont une capitalisation boursière, donc pèsent autant dans l’indice américain que les 350 plus petites valeurs de l’indice américain. Sachant que pour être dans le S&P 500, il faut être quand même assez gros, donc cette distorsion nous semble assez dangereuse pour le marché américain et justifie selon nous le rattrapage partiel aujourd’hui du marché européen qui profite donc de sa plus grande cyclicité sectorielle. Ensuite, il y a évidemment beaucoup d’autres pays comme le Japon qui lui aussi fait une performance de – 7 % depuis le début de l’année, et c’est beaucoup plus contrasté sur les marchés émergents. Paradoxalement, l’un des marchés qui se portent le mieux dans le monde émergent, c’est le marché chinois, et notamment les actions du marché chinois qui ne perdent que 2 % depuis le début de l’année. Pourquoi ? Parce que la Chine a été en avance dans le cycle sanitaire, et donc aujourd’hui est en avance dans le cycle économique. Il y a un redémarrage au niveau de la Chine, et il y a beaucoup d’autres pays qui ont des comportements très contrastés. C’est vrai que l’indice global de l’Amérique latine réalise une performance qui est très mauvaise, de l’ordre de 31 %, principalement impacté par les devises, puisque les pays, eux, en dollars, évoluent entre par exemple – 4 % pour l’indice indien, et cela va jusqu’à – 19 % pour l’indice brésilien, donc beaucoup de contrastes sur les marchés émergents.
 
Julien Schahl
Et sur la France, est-ce que le marché français a plus subi ? Est-ce qu’il est plus fragile ? On a souvent parlé du coussin de sécurité du système d’État providence, et on a entendu des voix expliquer que cela ne se vérifiait pas dans le choc industriel et économique que l’on subissait, et dans les perspectives de récession qui diffèrent entre Bruno Le Maire qui parle de 11 % et d’autres prévisions qui sont à 7 ou 8 %. Donc comment se situe-t-on ? Sommes-nous plus fragiles que les autres malgré cette culture de l’État providence ?
 
Marc Terras
Alors, justement, parce que ce choc est totalement atypique, l’État providence génère comme une inertie au niveau des données économiques en situation normale, même quand il s’agit d’une situation de récession ou de croissance normale. C’est-à-dire que cet État qui est plus administré que les autres, grâce à un système social extrêmement développé, permet d’amortir les chocs tout comme il empêche l’économie française de repartir de manière extrêmement vive lorsque l’économie mondiale repart. La différence, c’est que là, il s’agit d’un choc sanitaire et que la population a été confinée au même titre que les autres pays de la zone européenne, et qui plus est, la France a une dépendance au tourisme qui est bien plus importante que d’autres pays européens, même que l’Espagne ou l’Italie. C’est pour cela que dans les derniers chiffres qui ont été publiés au niveau européen, la France a davantage souffert que le reste de l’Europe du fait de cette dépendance à la fois automobile et au tourisme. Ce sont des éléments à retenir qui expliquent ce problème. Maintenant, en fonction des habitudes de consommation des consommateurs, et notamment des touristes, on aura ou non une capacité de rebond plus importante que les autres pays européens. C’est traduit d’un point de vue boursier comme on a pu le voir, parce que la France a souffert sur cette crise.
 
Julien Schahl
Je voudrais que l’on parle deux, trois minutes peut-être des taux d’intérêt. Tu l’as un peu abordé, mais qu’on revienne dessus, donc globalement, comment se sont-ils comportés ? Ont-ils baissé ? Se sont-ils stabilisés ? Quelle perspective sur ces taux d’intérêt ? Il y a aussi une question sur les fonds en euros à laquelle je me permets très rapidement de répondre juste après parce que c’est évidemment lié à une situation globale de taux d’intérêt.
 
Marc Terras
Alors je le disais tout à l’heure, les taux à l’instar des autres classes d’actifs ont souffert pendant cette crise, mais même sur le mois de mars, ils ont fini par se reprendre sur la fin du mois pour finir en territoire tout juste négatif. Sur les taux européens, sur le mois de mars on a fini à – 0,1 % pour les emprunts souverains. En réalité, comme les gouvernements ont réagi extrêmement vite et que d’énormes programmes d’endettement ont été lancés, le marché primaire, donc le marché des émissions a été extrêmement actif, et donc cela a fait craindre aux opérateurs que cette suroffre de papier ne fasse baisser le prix des obligations. C’est pour cela que les obligations ont souffert, et finalement, les banques centrales se mettant en face de tout papier qui est émis, les risques ont diminué et donc la valeur des actifs obligataires s’est réappréciée. Maintenant, depuis le début de l’année, on a effectivement un boom qui représente les emprunts allemands, en hausse de + 1,87 %, donc en territoire positif, mais cela reste relativement faible. On a également des obligations de crédit dans les obligations d’entreprise et les obligations High Yield, ce qu’on appelle High Yield, ce sont des obligations d’entreprise, mais plus risquées, qui restent encore en territoire négatifs et qui là, à l’instar des actions, ont beaucoup souffert sur la crise, souffert du risque et de la crainte de faillite en chaîne de ces entreprises et maîtrises de dette. Les perspectives que l’on a sont les mêmes que celles que l’on peut avoir sur les marchés d’action. On profite aujourd’hui de l’amélioration de ces marchés en étant investis sur ces classes d’actifs, il faut néanmoins rester prudent, parce ce que si on a de mauvaises surprises au niveau du taux de faillite de ces entreprises et si on n’a pas la reprise escomptée et suggérée par les plans de relance qui sont mis en place, on pourrait avoir des classes d’actifs sur tout ce qui est emprunt d’entreprise et emprunt à haut rendement, High Yield, qui pourraient continuer de souffrir sur les mois qui viennent. Donc là encore, pragmatisme et flexibilité, il est extrêmement compliqué de voir dans le cas des deux scénarios que j’ai donnés lequel allait l’emporter ou quels allaient être les éléments qui, les uns après les autres, allaient être les contributeurs principaux à l’évolution du marché, en dépit de cela ou en fonction de cela, on agira sur ces actifs comme on agit sur les autres. Sur les emprunts d’État, effectivement, aujourd’hui, on ne peut qu’escompter le maintien des emprunts d’État à de très bas niveaux, donc il va être très difficile de trouver du rendement sur ces emprunts d’État puisque la Banque centrale européenne comme les autres banques centrales du monde entier, que ce soit la banque d’Angleterre, ou la Fed, ou encore la banque du Japon vont tout faire pour maintenir des taux à leurs plus bas niveaux, avec la planche à billets pour le faire, c’est une véritable monétisation de la dette qui est en train de s’opérer, et donc ont des moyens illimités pour maintenir ces taux à de très bas niveaux, et il est très peu probable que l’on ait sur les prochains trimestres une hausse des taux qui soit incontrôlée et qui échappe au contrôle surtout des banques centrales.
 
Julien Schahl
D’accord. Je vais rebondir juste sur ce que tu dis autour des emprunts d’État et pour essayer de vous répondre sur la partie fonds en euros, alors nous ne sommes pas assureurs, donc nous n’avons pas vocation à prédire les rendements des fonds en euros, notamment ceux de l’assureur Generali, néanmoins, sachez que des fonds en euros sont des produits garantis et sécurisés, à ce titre, la majeure partie des investissements qui sont faits sur des fonds en euros, sont faits sur des emprunts d’État au regard de ce que vient de nous expliquer Marc, et il n’y a pas de rebond prévu en termes de taux de rendement des fonds en euros de manière évidente, alors, il y a des réserves pour la plupart des assureurs qui permettent de maintenir ou de lisser la baisse, mais ces produits qui ont encore rendus des rendements entre 1 et 1,5 % pour 2019 sont des produits qui ont pour vocation à rester sur des niveaux qui ne seront pas des niveaux supérieurs à ceux-là*(38.18), sachez néanmoins que si l’on regarde l’ensemble des produits d’épargne disponibles dans les pays européens, notamment, pouvoir délivrer même 1 % garanti et disponible, même si ce n’est pas un compte liquide, ce ne sont pas des solutions d’épargne qui existent dans l’ensemble des pays européens, donc oui, cela baisse et il n’y a pas de perspective de hausse forte possible dans ce contexte-là, mais cela reste une solution de cash qui est une solution envisagée pour une part de son épargne évidemment dépendant des horizons de placement. Il y a quelques questions autour de cette manne financière, cette planche à billets et du remboursement. Il faut s’attendre à ce que la dette explose à terme, qu’elle impacte les hausses d’impôts, notamment en France, on est déjà à des niveaux qui sont, comme on nous l’explique, parfois contre-productifs. Est-ce que vous avez une vision, une analyse sur cela ? On remboursera comment ?
 
Marc Terras
Il est vrai que les dettes publiques et les niveaux d’endettement ont explosé. C’est quelque chose que les États assument. Ensuite, effectivement, est-ce qu’il va falloir rembourser ? A priori, oui. Mais il est difficile d’envisager dans une phase de reprise aussi compliquée que celle dans laquelle nous allons être plongé qu’effectivement la pression fiscale n’augmente encore, en tous cas sur les prochaines années, sur les contribuables. Après, beaucoup d’options sont sur la table, il est difficile à court terme de voir comment le désendettement va se faire. On a plutôt tendance à imaginer que les dettes pourront être transformées en dettes perpétuelles et donc que seules les charges d’intérêt seraient payées par les États qui devraient rembourser aux banques centrales ce qui leur a été prêté.
 
Julien Schahl
Donc de la pure création de monnaie ?
 
Marc Terras
Oui, complètement. En fait, la création monétaire de cette manière-là peut être gênante quand il n’y a qu’un seul pays qui la fait. Là, il se trouve que tous les pays du monde entier le font, donc en réalité, c’est de l’injection monétaire qui se fait de manière globale, de manière généralisée. Si un jour un pays s’arrêtait de le faire avec des situations financières qui lui permettent de se relancer sans cette manne ou sans cette aide financière, cela poserait un problème d’aléa moral, cela pourrait être le cas déjà en Europe avec l’Allemagne qui a plutôt des comptes qui sont beaucoup plus sains que d’autres pays de l’Union européenne, et cet aléa moral a joué et joue encore aujourd’hui avec la Cour de Karlsruhe vis-à-vis de l’action de la Banque centrale européenne, mais globalement, si tous les pays le font, tous les pays peuvent s’entendre sur la manière de gérer cette dette. On ne va pas jusqu’à l’annulation de la dette comme cela peut se voir avec certains pays émergents, mais on peut aller sur une dette sur une durée extrêmement longue, et une dette sur laquelle on ne rembourse que les intérêts de la dette, d’où l’intérêt de garder des taux à des niveaux extrêmement bas pour éviter à ces intérêts de la dette perpétuelle d’exploser à la hausse.
 
Julien Schahl
D’accord. Il y a quelques questions autour des fonds en euros d’Eurossima. Je pense qu’on ne va pas forcément y répondre parce que cela sort un peu du cadre de la thématique de cette web-conférence, mais il est tout à fait possible que l’on imagine en avoir d’autres et on pourrait évidemment en avoir une avec notre assureur Generali pour répondre à vos questions. Juste un mot, je voyais une remarque de l’un de nos clients autour de l’explosion de la collecte en livret A, donc quelque part, cela expliquerait ce contexte-là, que la collecte sur les produits d’épargne liquide explose. Pour répondre à cela, c’est un peu différent, l’explosion des encours sur les livrets A, les livrets de développement durable et les livrets en général est surtout due à une baisse de consommation, donc à un reflux très important des retraits plus qu’à une explosion du nouvel argent qui serait investi sur ces comptes-là, donc ce sont plutôt des éléments dont on pense qu’ils sont conjoncturels, et qu’ils auraient tendance à baisser, et c’est ce que l’on observe à ce stade mois par mois, à mesure que les mesures limitant la consommation se résorberaient. Voilà, il nous reste quelques minutes. On ne va pas dépasser l’heure, donc au plus tard à 19 heures, on n’aurait fini. Au départ, c’était 45 minutes, mais je vois qu’il y a encore des questions et des thèmes que l’on n’a pas abordés et que je voudrais voir abordés, et justement, je voulais voir abordé le thème de l’immobilier. Il se trouve qu’il y a une question sur la partie immobilière. Alors, la partie immobilière, c’est différents marchés, il y a l’immobilier résidentiel, il y a l’immobilier de bureau qui peut aussi être affecté par l’évolution des méthodes de travail que l’on observe, avec l’explosion forcée du télétravail qui donne des idées à beaucoup d’entreprises plus structurellement, il y a également la pierre papier, voilà, donc qu’est-ce qu’on peut attendre de cela ? Avec éventuellement une hausse des taux d’intérêt, en tous cas sur les prêts immobiliers, et une limitation peut-être de la capacité d’acheteur.
 
Marc Terras
On a du mal à imaginer comment les choses pourraient bien se passer sur le marché immobilier, en tous cas à court, moyen terme. Pour le coup, effectivement, dans les mandats, ce n’est pas une classe d’actifs sur laquelle aujourd’hui nous relevons des opportunités d’investissement. Pourquoi ? Parce que sur la partie immobilier commercial, on est encore dans une très forte incertitude, notamment à cause des mesures de confinement qui sont presque totalement levées, mais avec des contraintes sanitaires qui restent d’actualité, notamment la distanciation sociale, des éléments qui font que par exemple, dans l’hôtellerie ou dans la restauration, le secteur va souffrir de manière assez importante. Alors, évidemment, ce n’est pas le même, mais globalement, ces sujets de distanciation peuvent avoir un impact relativement important sur les chiffres d’affaires des locaux, en tous cas des utilisateurs de locaux commerciaux. Ensuite, sur l’immobilier de bureau, on ne constate pas pour l’instant d’infection majeure, c’est-à-dire qu’on ne note pas que des grands groupes décident de quitter leur siège pour mettre à profit de manière plus durable l’expérience qu’ils ont eue sur le télétravail dans leur société, par contre, il y a plutôt des projets d’agrandissement qui sont différés ou qui sont annulés. Dans ce cadre-là, on n’a pas forcément d’effondrement, mais en tous cas, on n’a pas de développement à court terme à envisager. Enfin, sur l’immobilier d’habitation, le rôle des banques sera prépondérant. C’est-à-dire que les banques ont, aujourd’hui, grâce aux banques centrales les moyens de prêter pour permettre aux marchés immobiliers de repartir, et nous, ce que l’on observe, c’est que des projets qui avaient été initiés avant le confinement n’ont pas été abandonnés, et donc ils se remettent en place, c’est donc un premier point, ensuite, envisager la poursuite du mouvement, c’est un peu compliqué. Ce que l’on observe aujourd’hui, c’est que même si les banques ne sont pas censées le faire, globalement, il y a une différenciation entre un prêt, en tous cas entre le traitement d’un dossier de prêt, pour une personne qui travaille dans le secteur aérien et pour une personne qui travaille dans le secteur de la biotechnologie, vous voyez ? En réalité, visiblement, selon les études qu’on lit, il y a aujourd’hui une différenciation qui est faite entre les banques et l’absence de cette différenciation totale, ou alors voir à quel point elle est faite, sera un signal important pour savoir si l’immobilier résidentiel peut ou non continuer sur la tendance qu’il avait avant la crise. On a plutôt tendance à imaginer que ce sera plus délicat. Dans ce cadre-là, aujourd’hui, on n’a pas de signaux véritablement solides qui nous amènent à investir sur ce secteur de l’immobilier. On est plutôt prudent, plutôt une accumulation de signaux, soit de stabilité, soit de dégradation, mais aujourd’hui, assurément pas de signal de reprise durable du secteur. Alors évidemment, au niveau des valorisations des sociétés immobilières ou foncières, on a quelques opportunités, mais on a besoin d’un support fondamental plus important pour aller de manière plus significative sur cette classe d’actifs.
 
Julien Schahl
D’accord, alors, j’avais une question, et je pense que c’est la dernière que l’on va aborder, et après on essayera de se projeter un peu sur éventuellement nos mandats et les actions que vous avez prises au sein des mandats. Je rappelle que vous recommandez Generali, dans la gestion de nos mandats. Il y avait une question, à un moment, au sujet de l’inflation : en fonction des différents scénarios, compte tenu de la planche à billets qui tourne à plein, même si cela fait quelque temps qu’elle tourne et que l’on n’a pas observé de regain d’inflation, est-ce que c’est un scénario possible et est-ce que c’est un scénario souhaitable au regard du taux d’endettement ?
 
Marc Terras
On ne pense pas que l’inflation reprenne rapidement, parce que pour qu’elle reprenne, il faudrait principalement que l’inflation salariale se manifeste et reprenne, or, on a plutôt tendance à imaginer qu’il n’est pas certain que la majorité des emplois qui ont été détruits pendant cette crise, notamment aux États-Unis, on voit qu’on est quasiment à 20 % de chômage aujourd’hui, il y a eu une réelle explosion du chômage avec la destruction de dizaines de millions d’emplois, alors, il y a des mesures, évidemment, notamment le chômage partiel, qui ont été prises en Europe, mais néanmoins, il n’est pas évident que les sociétés qui ont eu recourt à ce chômage partiel puissent toutes se relancer et retrouver un rythme de croissance tel qu’il était avant la crise, donc on a plutôt tendance à penser que le chômage peut être sur un niveau plus élevé qu’il ne l’était avant la crise, en tous cas que les créations d’emplois seront sur un rythme inférieur une fois que l’on sera revenu à un déconfinement totale et à la capacité qu’auront les entreprises à reprendre un rythme normal, mais on n’est pas certain, je dirais, de retrouver la fluidité de l’emploi que l’on avait auparavant lorsque le chômage baissait un peu partout. Donc à partir de là, il n’est pas certain du tout que l’on ait des pressions salariales qui se manifestent, et donc pas d’inflation salariale à attendre. Et de l’autre côté, effectivement, c’était le but des États et des banques centrales de préserver l’appareil productif, justement pour qu’il n’y ait pas de goulot d’étranglement sur l’offre et que l’on n’ait pas une explosion des pris sur des biens et services qui n’auraient pas pu être préservés ou alors qui n’auraient été que partiellement préservés pendant la crise.
 
Julien Schahl
D’accord. Et ce n’était pas non plus souhaitable pour diminuer le poids de la dette d’avoir une inflation à 3 ou 4 % ?
 
Marc Terras
Dans le contexte actuel, ce serait plutôt compliqué à gérer, cela pourrait contraindre aussi les banques centrales à relever leurs taux, et ce n’est absolument pas souhaitable aujourd’hui. Par ailleurs, il y a des forces dépressionnistes qui continuent à s’exprimer comme l’évolution du pétrole, on l’a vu sur les dernières semaines, avec une baisse extrêmement importante des prix du pétrole. C’est certes très dommageable pour les pays qui sont producteurs de pétrole, et notamment certains pays émergents, néanmoins, c’est un gain de pouvoir d’achat qui est important et qui favorise les ménages et les entreprises, donc la consommation et l’investissement. En tous cas c’est une force dépressionniste qui continuera à s’exprimer de manière assez durable, car on n’envisage pas du tout le retour du pétrole sur les niveaux d’équilibre sur lesquels il était avant la crise.
 
Julien Schahl
Ah oui ! On n’a pas parlé du pétrole et de cette sidération du pétrole négatif. Alors, on sait tous qu’il s’agissait d’options sur des stocks existants qui coûtaient cher en stock, mais du coup, le pétrole est revenu à des niveaux qui sont autour de 30 $, c’est cela ? Quelle est la perspective ?
 
Marc Terras
Exactement. Cela reflète les anticipations d’un accord entre l’OPEP et la Russie. La Russie qui a un prix d’équilibre de 45 $, l’Arabie Saoudite qui a un prix d’équilibre de 80 $, d’ailleurs, pour avoir un équilibre budgétaire dans une situation normale, donc le pétrole, d’après nous, peut difficilement rester à des prix trop bas. Donc là, il est trop bas pour avoir une continuité du rebond. Il faudrait que la production mondiale soit en adéquation avec les besoins, c’est-à-dire qu’on ait un redémarrage des économies qui serait positif pour la demande. On observe aujourd’hui ce redémarrage en Chine, mais pas encore sur le reste du monde, États-Unis et Europe, cela redémarre sur des niveaux très déprimés aujourd’hui, même si on a des inversions de tendance. Donc il faudra que cela redémarre, c’est plutôt du moyen terme, et il faudra aussi que l’on ait des coupes de production. Ce serait positif pour l’offre, et dès que l’on aura une corrélation de l’un de ces deux éléments, ce sera effectivement positif pour une seconde phase de hausse, mais ces gains de pouvoir d’achat vont encore perdurer quelques mois et vont se faire à la faveur des consommateurs à la fois américains, européens et japonais.
 
Julien Schahl
D’accord. Je te remercie, Marc, je propose que l’on conclue cette conférence en parlant deux minutes des mandats. Vous avez récemment, je crois, procédé à un arbitrage au sein des mandats, peux-tu nous en dire deux mots ?
 
Marc Terras
Oui. Alors, effectivement, il y avait eu des arbitrages déjà dans le courant de l’année dernière, sur la deuxième partie de l’année, qui venaient du fait qu’il nous semblait que les marchés étaient hauts et n’avaient plus réellement de catalyseurs pour continuer à monter, donc les valorisations nous semblaient plutôt assez élevées, on avait donc pris le parti d’être légèrement plus prudent que les indices de référence en étant sur des niveaux d’investissement en actifs risqués, enfin, principalement en action, légèrement en dessous des indices. Dans le même temps, on a recommandé à Generali d’investir sur des supports extrêmement flexibles qui pouvaient s’adapter rapidement à la configuration des marchés, et donc les mandats, tout en étant sous-investis en action, ont profité de la hausse des marchés jusqu’au mois de février. Assez rapidement, les fonds flexibles recommandés qui étaient détenus par les mandats ont joué complètement leur rôle sur la phase de baisse, donc en fait, les mandats, même s’ils ont subi cette baisse, ont quand même profité d’un niveau d’investissement un peu plus faible que les indices de référence, et ils ont aussi profité du désinvestissement des fonds flexibles qui sont détenus et ces fonds flexibles ont bien fonctionné sur le rebond, c’est-à-dire qu’ils ont réinvesti de manière assez importante, ils ont renforcé l’aspect cyclique de leur portefeuille, ce qui fait qu’en fait, le rebond n’a pas été tout de suite correctement pris, alors évidemment, les mandats ont profité de la hausse que l’on a eue à partir du mois de mars, mais ce n’est qu’assez récemment que les mandats surperforment de manière assez nette leurs indices de référence grâce au caractère cyclique qui est contenu par chacun de ces mandats. La dernière recommandation que nous avons faite, c’est que nous avons renforcé légèrement, c’est un arbitrage, au sein des États-Unis, la composante croissance des États-Unis qui s’est faite pour le coup au détriment de la composante cyclique américaine, parce qu’on a davantage confiance en la cyclicité européenne et au rattrapage des valeurs cycliques européennes par rapport aux États-Unis qui se sont déjà bien appréciés depuis le 23 mars. Donc aujourd’hui, la recommandation que l’on a, c’est d’avoir des mandats qui sont légèrement en dessous des indices de référence sur les actions pour les raisons que je citais tout à l’heure, à savoir que l’on avance encore dans l’inconnu, et que le rebond a déjà été violent et pour une grande part s’est basé sur un aspect très psychologique. On craint le retour à des fondamentaux qui pourraient être compliqués en termes de volatilité, donc c’est dans ce cadre-là que l’on est sous pondérés par rapport aux indices de référence, mais tout en étant sous pondérés, on conserve une pondération importante sur des fonds flexibles plutôt que sur des BRICS*(54.27) purs qui eux gèrent de manière extrêmement pragmatique l’évolution des marchés au jour le jour et sur lesquels on a constaté, sur lesquels on accompagne, des différences d’exposition à ces différents marchés extrêmement fortes. Donc c’est la stratégie que nous mettons en œuvre pour protéger les porteurs en cas de nouvelle hausse de la volatilité et en même temps le recours à des fonds principalement flexibles, pragmatiques, extrêmement réactifs sur les marchés sont là pour amplifier cette tendance que l’on a à être pragmatique face à des marchés sur lesquels l’inconnu est très important.
 
Julien Schahl
Parfait, Marc. Je te remercie pour le temps que tu nous as consacré pour ce partage, c’était la première conférence que l’on faisait sur ce format. J’espère que cela vous aura donné satisfaction, que cela vous aura donné des clés d’analyse sur tous les évènements que subissent les marchés depuis maintenant plusieurs mois, et si effectivement les retours sont bons, nous serons heureux d’essayer d’en programmer d’autres, avec d’autres intervenants. Merci à tous pour votre présence, merci encore, Marc, du temps que tu nous as consacré, et à très bientôt. Sachez que nos conseillers clientèle et nos conseillers patrimoniaux sont à votre disposition, bien sûr, pour parler de vos cas particuliers. J’ai vu une ou deux questions qui sont liées à des cas particuliers, on ne peut pas trop y répondre là, cela dépend de vos données personnelles, cela dépend de votre situation, mais nos conseillers financiers et nos conseillers patrimoniaux sont là pour cela, appelez-nous pour que nous puissions vous aider à investir correctement selon votre profil et vos besoins. Merci à tous, très bonne fin de journée.