Victoire aigre-douce pour Angela Merkel

Victoire aigre-douce pour Angela Merkel

 L’ING Eco, votre rendez-vous hebdo, vous propose un résumé des dernières actualités macroéconomiques, grâce aux experts d’ING Belgique.

États-Unis – Réduction du bilan entamée, Fed toujours optimiste

Comme prévu, la Fed a annoncé qu’elle allait commencer à réduire son bilan le 1er octobre. Le taux à court terme est également resté inchangé à 1,00%-1,25%, comme anticipé. Ce qui était en revanche moins attendu, c’est que les prévisions de la Fed pour les taux n’ont pas été modifiées. La Fed s’attend donc toujours à un relèvement des taux supplémentaire (de 25 points de base) en 2017 et à trois relèvements en 2018. Ceci suggère que la récente baisse de l’inflation est considérée comme temporaire. Selon la Fed, des pressions haussières devraient à nouveau s’exercer sur les prix d’ici la fin de l’année, dans le sillage de la hausse des prix pétroliers et de la dépréciation du dollar. La Fed a également porté sa prévision de croissance pour 2017 (4e trimestre en glissement annuel) de 2,2% à 2,4%. Nous tablons dès lors sur un relèvement des taux par la Fed en décembre. Il existe bien sûr des risques. Le principal est d’ordre politique. Le récent prolongement du plafond de la dette prend fin à la même période que la réunion de la Fed de décembre. Si une solution ne se dessine pas rapidement, le risque de l’absence d’un accord pourrait malgré tout inciter la Fed à reporter son relèvement des taux au début de 2018. Ceci ne constitue cependant pas notre scénario central.

Les ventes au détail en août ont fait légèrement augmenter les craintes relatives à la croissance du PIB. Les ventes se sont contractées de 0,2% en glissement mensuel, contre des attentes de -0,1%. Les chiffres de juillet ont en outre été revus à la baisse, de 0,6% à 0,3% en glissement mensuel. Ceci n’est pas une bonne nouvelle pour la croissance des dépenses des consommateurs au troisième trimestre et, donc, pour la croissance du PIB non plus. Il existe néanmoins suffisamment de facteurs allant dans le sens opposé, comme le taux d’emploi élevé : nous restons dès lors optimistes pour la consommation privée.

Zone euro – L’économie continue à surprendre

La confiance des consommateurs a atteint son niveau le plus élevé depuis 2001 en septembre : l’indice est passé de -1,5 à -1,2. La situation économique actuelle reste très confortable pour le consommateur. La récente amélioration de la croissance salariale et la faiblesse de l’inflation ont clairement un effet positif sur la consommation privée. Même si nous nous attendons à ce que la croissance de la zone euro décélère au cours des prochaines années, les consommateurs continueront à soutenir la croissance du PIB au cours des prochains mois. L’indice PMI composite est également solide et a davantage progressé que prévu en septembre (passant de 55,7 en août à 56,7 en septembre). L’indice du secteur des services est passé de 54,7 en août à 55,6 en septembre alors qu’un statu quo était attendu. Pour l’industrie manufacturière, on s’attendait à un repli, mais l’indice a malgré tout augmenté fortement, de 57,4 à 58,2. Par ailleurs, Angela Merkel va entamer son quatrième mandat à la tête de l’Allemagne, mais cela sera probablement aussi son mandat le plus difficile (voir topic).

Japon – La BoJ garde le cap

La politique monétaire du Japon n’a pas été modifiée. Le taux à court terme reste donc à -0,10% et l’objectif pour les taux longs (obligations d’État japonaises à 10 ans) est toujours de 0%. La BoJ reste optimiste à propos des perspectives économiques.

Victoire aigre-douce pour Angela Merkel

Les urnes allemandes ont rendu leur verdict ce week-end. Angela Merkel rempile pour un 4ème mandat. Elle n’aura cependant pas la majorité absolue et il va lui falloir trouver des partenaires de coalition. Ceux-ci pourraient bien déterminer à quoi ressemblera l’Europe de demain. L’extrême droite fait sa plus grande percée au Bundestag depuis 1945, elle comptera 94 sièges et devient la 3ème force politique d’Allemagne.

En Allemagne, les élections de ce dimanche ont rendu leur verdict et Angela Merkel est reconduite, sans surprise, pour un 4ème et dernier mandat à la tête du pays. La seule inconnue de ce scrutin étaient les forces d’opposition qu’elle aurait à affronter. La future coalition dépend en effet des forces en présence. Les résultats, 33% pour la CDU/CSU de Mme Merkel, 20,5% pour le SPD (dont c’est la seconde défait historique après 2013, gangrené par l’extrême gauche de Die Linke qui progresse encore à 9,2%), 10,7% pour les libéraux et 8,9% et les verts, laissent à Mme Merkel un exercice plus compliqué que ce qui était attendu. De plus, l’opposition au Bundestag sera sans merci : l’extrême droite devient la 3ème force politique d’Allemagne, faisant sa plus grande percée au Bundestag depuis 1945, avec 94 sièges.

Globalement, la campagne a été particulièrement ennuyeuse si on la compare à ce qui s’est passé en France ou aux Pays-Bas. Les principaux sujets de débats n’ont en effet pas suffisamment différencié les principaux candidats de gauche et de droite, que ce soit sur la crise des réfugiés ou les voitures diesel. Comme l’a dit Mme Merkel à M Schulz la semaine dernière, répondant à son souhait d’un débat télévisé sur les défis qui attendent l’Allemagne, « tout a déjà été dit ». Et ce n’est pas l’économie qui aurait pu faire débat : la croissance a dépassé les 2% au second trimestre – bien au-delà de ce qui est observé dans les autres pays – et les indices d’activité restent positifs tant dans l’industrie que les services, l’indice IFO n’a jamais été aussi élevé et la croissance de l’emploi est saine (comparée à la faible croissance de la population allemande). Les consommateurs sont d’ailleurs très positifs sur le fait que le chômage soit si bas (5,7%, un record dans l’Eurozone) et soutiennent la consommation privée (Cf. Graphiques 2 et 3).

Les aléas du « modèle allemand », décrié par beaucoup de politiques au sud du Rhin, ne font pas débat en Allemagne où les inégalités (Cf. Graphique 4) ont moins progressé pendant la crise que dans d’autres pays (en Allemagne et en Belgique elles ont même légèrement baissé), et ce même si les emplois précaires ont fait grimper le taux de pauvreté chez les travailleurs (un mouvement logique dans la mesure où ils étaient auparavant dans une situation financière peu différente mais au chômage). En fait, les problèmes liés au marché du travail sont liés à l’accueil et à l’activation des réfugiés (surtout dans les régions où le taux de chômage est inférieur à 3,5%) dont seulement 5% sont sous contrat de travail, et à l’activation des femmes sur le marché de l’emploi. Des chantiers qui attendent la Chancelière dans son dernier mandat.

Une coalition avec les socialistes donneraient à Mme Merkel une majorité au Bundestag, mais l’option est déjà exclue par ces derniers. Reste alors la possibilité d’une tripartite (« Jamaïquaine » avec les verts et les libéraux) ou d’un Gouvernement minoritaire. Quoi qu’il en soit, cela prendra sans doute un temps record : Mme Merkel avait déjà mené les plus longues négociations des 30 dernières années en 2013 pour trouver une coalition (86 jours), le marathon devrait donc durer au moins jusqu’à la fin de l’année. Pour la zone euro, l’enjeu est de taille. En effet, si des investissements publics et certaines réformes structurelles devraient être menées quel que soit le partenaire de coalition d’Angela Merkel, le choix de ce partenaire pourrait être déterminant pour l’avenir de la zone euro.

En effet, alors qu’Emmanuel Macron veut relancer le chantier Européen avec l’Allemagne dans les prochains mois, promouvant l’intégration en zone euro (obligations communes, ministre des finances, etc) et le rapprochement franco-allemand, la liberté avec laquelle Angela Merkel pourra agir dans la future coalition sera déterminante pour l’avenir de l’Europe. La Chancelière voudra sans doute rester dans les livres d’histoire comme celle qui aura sauvé l’Europe plutôt que le contraire. Reste à savoir si ses partenaires la laisseront faire, ce qui est loin d’être garanti vu les positions anti-européennes des libéraux allemands du FDP.