Nouvelle crise politique en Italie

Nouvelle crise politique en Italie

États-Unis – FED et guerre commerciale

Lors de sa réunion de politique monétaire de juillet, la FED a comme prévu baissé son taux directeur de 25 points de base pour qu’il atteigne désormais la fourchette 2,00%-2,25%. C’était la première baisse des taux de la FED depuis plus de 10 ans (décembre 2008). La FED a également décidé de mettre fin à la réduction de son bilan en août, soit deux mois plus tôt qu’annoncé. Elle a également laissé la porte ouverte à plus d’assouplissement. Dans le même temps, Jerome Powell s’est montré relativement positif vis-à-vis de l’économie américaine, indiquant que le marché du travail était fort, comme indiqué par les 164 000 emplois créés en juillet, et que l’économie connaissait une croissance modérée. La baisse de taux est donc principalement due à l’incertitude économique engendrée par la guerre commerciale. Depuis cette décision, les tensions commerciales se sont encore aggravées. D. Trump a annoncé, pour le 1er septembre, une hausse des droits de douane de 10% sur les 300 milliards d’exportations chinoises pas encore touchées par les hausses de tarifs. La Chine a contre-attaqué en stoppant les importations de biens agricoles américains et en laissant le yuan se déprécier et dépasser la barre des 7 yuans pour 1 dollar. Cet avertissement de la Chine, qui indique qu’elle est prête à utiliser la monnaie comme arme, confirme notre scénario selon lequel les tensions commerciales vont continuer à s’aggraver pendant les prochains mois, avant un probable accord en 2020 pour permettre à Trump d’être réélu sur base d’une « victoire ». Dans ce cadre, nous pensons que la FED pourrait encore baisser deux fois ses taux en 2019, en septembre et en décembre.

Zone euro – L’industrie allemande est à la peine

Les perspectives économiques restent mitigées en zone euro. La croissance de la zone euro s’est établie à 0,2% qoq au Q2, soit une baisse par rapport au Q1 (0,4%). De nombreux indicateurs laissent penser que la croissance pourrait continuer à ralentir au Q3, comme par exemple l’indicateur du sentiment économique (ESI), qui continue de diminuer (102,7 en juillet contre 103,3 en juin) suite à la baisse de confiance des entreprises. En Allemagne, le secteur industriel est toujours à la peine. La production du secteur a ainsi baissé de 1,5% en glissement mensuel en juin et de 5% en glissement annuel, plombée par la guerre commerciale, mais aussi par la baisse de la demande en provenance des pays de la zone euro. Les exportations allemandes ont aussi diminué, faisant craindre une contraction du PIB allemand au 2ème trimestre 2019. Par ailleurs, en Italie, une nouvelle crise politique a éclaté (voir topic).

Royaume-Uni – Contraction du PIB au Q2

L’économie britannique s’est contractée au Q2 2019 pour la première fois depuis 2012, avec une croissance du PIB de -0,2% qoq, causée par une réduction des stocks. En outre, les investissements des entreprises ont baissé à cause de l’incertitude liée au Brexit et, dans une moindre mesure, la faiblesse de la demande mondiale, qui ont réduit l’appétit des entreprises de se développer. La consommation privée a par contre supporté la croissance, augmentant de 0,5% qoq, grâce à la hausse des salaires réels qui booste le pouvoir d’achat des ménages.

La hausse des salaires est une des raisons qui a poussé la Banque d’Angleterre à maintenir son taux directeur à 0,75% lors de sa dernière réunion. Elle a par contre abaissé ses prévisions de croissance pour 2019 (1,3% contre 1,5% auparavant) et pour 2020 (1,3% contre 1,6%) à cause de l’incertitude entourant le Brexit et la guerre commerciale.

Nouvelle crise politique en Italie

Le leader de la Ligue, Matteo Salvini, a décidé de mettre fin à la coalition gouvernementale en Italie. Cela conduit à beaucoup d’incertitude pour les prochains mois.

Une crise politique à un moment critique

Depuis plusieurs mois, la coalition italienne ne tenait plus qu’à un fil. Matteo Salvini et son parti cherchaient à mettre fin à son gouvernement avec son partenaire, le parti populiste de gauche du Mouvement 5 étoiles, devenu très encombrant. La Ligue ayant largement gagné les élections européennes et étant très en forme dans les sondages (37% d’intentions de vote), la tentation était trop forte de surfer sur la tendance pour réclamer des élections. Finalement, c’est le projet d’une ligne TGV entre Lyon et Turin, fortement soutenu par la Ligue et détesté par le M5S qui a signé la fin de la coalition. Le 8 août au soir, Matteo Salvini, a fait savoir au Premier ministre Giuseppe Conte que le gouvernement était techniquement mort, avant de déposer une motion de méfiance le lendemain. Le but de Salvini est d’organiser des élections le plus vite possible, car il espère gagner la majorité absolue ou mettre en place une majorité avec le parti ultra-conservateur « Fratelli d’Italia » (7% des intentions de vote).

Cette crise politique arrive à un moment critique. Le mois dernier, le premier ministre Conte était parvenu à un accord avec la Commission européenne (CE) afin d’éviter une procédure de déficit excessif pour son endettement croissant. Le problème est que le budget 2020, dont un draft doit être envoyé en octobre, semble être en mauvaise voie pour respecter les exigences de la Commission et l’absence de gouvernement fonctionnel en octobre compliquera encore les choses. L’Italie est censée mener une politique de resserrement budgétaire de l’ordre de 24 milliards d’euros pour atteindre l’objectif de déficit de 2,1% du PIB fixé pour 2020, comme convenu avec la CE. Actuellement, il est indiqué dans la loi italienne que le taux de TVA va augmenter de 3,2pp en 2020, pour atteindre 25,2%. La Ligue est contre cette augmentation et veut donc éviter qu’elle soit mise en place en négociant un autre budget avec des mesures permettant de compenser la hausse de la TVA, qui serait approuvé par le Parlement italien et par la CE. Mais, pour pouvoir négocier cela, il faut un gouvernement et le soutien du Parlement, ce qui n’est plus le cas depuis que Salvini a décidé de mettre fin à la coalition gouvernementale.

Trois scénarios possibles

Dès lors, que va-t-il se passer ? Tout dépend en fait du timing. Premièrement, la suite des événements dépend de quand le premier ministre Conté décidera de démissionner officiellement. Pour le moment, il a laissé entendre qu’il attendait un vote formel de censure du Parlement (dont les membres sont pour le moment en vacances). Une fois la démission actée, le Président de la République, Sergio Mattarella, entamera une période de consultations avec le chef des principaux partis tout en analysant les différentes options. Ces consultations peuvent durer autant de temps que le souhaite le Président. Selon notre analyse, le Président se trouve face à trois possibilités :

          1. Nouvelles élections

C’est le plus probable des scénarios. Salvini souhaite explicitement des nouvelles élections, qui peuvent avoir lieu au plus tôt 45 jours après la dissolution du parlement par le Président. Si le Président décide de dissoudre le parlement le plus vite possible, les premières dates envisageables pour les élections seraient le 13 ou le 20 octobre, soit pile au moment de la deadline européenne pour soumettre le draft du budget (15 octobre). Des élections plus tardives amèneraient le risque que le nouveau parlement n’ait pas le temps de valider le budget avant la deadline du 31 décembre.

          2. Prolongement du gouvernement actuel

La Président Mattarella pourrait tenter de convaincre Salvini et Di Maio de maintenir la coalition en place jusqu’au moins à la fin de l’année, probablement suite à un remaniement ministériel, avant des élections en 2020.

          3. Un nouveau gouvernement de technocrates

Le Président pourrait essayer de mettre en place un gouvernement temporaire de technocrates, avec comme tâche spécifique d’élaborer le budget et le faire approuver par la Commission Européenne et le Parlement italien, avant des élections en 2020.

Incertitude et volatilité

En attendant de connaitre les prochaines étapes et l’éventuelle date pour des nouvelles élections, l’incertitude risque de prévaloir, entrainant une volatilité accrue sur les marchés italiens. Le spread entre la dette italienne et la dette allemande a déjà augmenté depuis jeudi et pourrait continuer à augmenter, surtout si les doutes subsistent quant à la capacité du gouvernement italien à soumettre un budget 2020 et à éviter des tensions avec la Commission Européenne. En outre, la probable victoire de Matteo Salvini aux élections pourrait faire augmenter les doutes concernant le futur de l’Italie dans la zone euro. Par le passé, des membres de la Ligue ont régulièrement exprimé des réserves par rapport à l’euro et à l’Union Européenne, discutant même à certains moments d’un « Italexit ». Il faudrait analyser les discours de campagne de la Ligue pour voir si ce type de discussion est toujours d’actualité. En attendant, les risques ont augmenté, ce qui n’est pas favorable à la situation économique italienne et européenne.