Un plan d’urgence économique national, à défaut d’une Eurozone unie

Un plan d’urgence économique national, à défaut d’une Eurozone unie

Dans son deuxième discours d’Etat en moins d’une semaine, le Président Macron a annoncé des mesures plus drastiques pour contenir l’épidémie, mais aussi pour sauvegarder l’économie française. Même s’il est trop tôt pour en être certain, ces mesures pourraient limiter la récession à 1% du PIB sur l’ensemble de 2020.

Le président Macron s’est adressé à la nation pour la deuxième fois en moins d’une semaine, annonçant que la France était “en guerre” (un mot qu’il a mentionné six fois) « sanitaire » et prenant de nouvelles mesures qui devraient être précisées plus tard ce mardi par le gouvernement Philippe. Bruno Le Maire a entamé l’exercice dans la matinée. La crise du Covid-19 mobilisera en outre toutes les ressources politiques, toutes les réformes étant gelées à l’Assemblée Nationale, qui devrait dans les prochaines heures permettre au gouvernement de prendre des mesures d’urgence directement par ordonnance.

Mesures sanitaires nécessaires

Les mesures sanitaires d’urgence visent à isoler le plus possible les personnes, bien que le président Macron n’ait pas parlé de “confinement”. Hormis les travailleurs des industries essentielles (production d’eau et d’énergie, soins de santé ou alimentation par exemple) et ceux pour qui le travail à domicile est impossible, les déplacements ne seront possibles que localement (les transports longue distance seront limités en France et ont été suspendus au niveau européen vers les destinations non-Schengen pour les 30 prochains jours), pour faire des courses ou se faire soigner. Dès ce mardi à midi, des contrôles de police seront mis en place. La France a passé le cap des 750 nouveaux cas par jour, il faut infléchir la courbe par les mesures qui ont fait leurs preuves ailleurs (Graphique 1).

…ont des impacts économiques importants

Cela confirme que le coup qui est porté à l’économie française à la fin du mois de mars, et selon toute vraisemblance aussi à la première moitié du mois d’avril, est extrêmement sévère. Des secteurs manufacturiers entiers s’arrêtent, comme l’ont annoncé ce lundi plusieurs industries automobiles. En supposant qu’une grande partie du PIB actuel de la deuxième moitié du mois de mars (95 milliards d’euros en termes courants sur deux semaines) sera amortie par les mesures nécessaires, le premier trimestre 2020 verra une contraction du PIB de plusieurs points de pourcentage, conduisant à une récession technique qui n’aurait pas pu être évitée et dans laquelle toute la zone euro est maintenant entrée : nous prévoyons actuellement deux trimestres de contraction du PIB et un taux de croissance de -1,2 % en 2020 pour l’ensemble de la zone euro.

Les mesures de sauvegarde économique ne peuvent pas éviter une récession, mais peuvent assurer une reprise rapide

Les mesures de sauvegarde économique annoncées hier par le président Macron, qui s’est engagé à ce qu’ “aucune entreprise ne soit exposée au risque de faillite”, devraient permettre à l’économie française de rebondir après cette récession technique. Les entreprises bénéficieront en effet de 300 milliards d’euros de garanties d’État pour leurs crédits, que les banques ont été encouragées à “reporter” par les dernières décisions de la BCE. La Banque de France jouera un rôle de médiateur entre les entreprises et les banques. Ces 300 milliards d’euros représentent 17 % de la dette des entreprises non financières françaises (qui s’élève actuellement à 75 % du PIB).

En outre, depuis la semaine dernière, les entreprises peuvent également différer le paiement de leurs impôts sur un simple email pendant un mois, ce qui représente un effort d’environ 10 milliards d’euros par semaine pour le Trésor et celles qui peuvent démontrer que les conséquences étaient une “menace directe à leur survie” pourront demander des réductions d’impôts cette année. Enfin, les conditions de chômage temporaire seront également considérablement élargies et couvriront plus de 75% des revenus des travailleurs tandis que les factures d’énergie et les loyers seront temporairement suspendus pour les petites entreprises et les indépendants qui bénéficieront d’un fond de solidarité d’envioron 1 milliard d’euros.

Ces mesures, temporairement chiffrées à 45 milliards d’euros par le Gouvernement, représentent 2% du PIB. Néanmoins, seulement une partie de celles-ci feront l’objet d’une dette à long terme supplémentaire. Si la capacité à produire et à regénérer de l’activité dès la fin de l’épidémie est sauvegardée, une partie de ces recettes fiscales ne sont en effet que différées. Si nous attendons un creusement du déficit 2020, il sera limité par la reprise que ces mesures devraient elles-mêmes permettre.

Pas de réaction financière au niveau de l’Eurogroupe

La réaction nationale se place dans un contexte européen où la France et l’Allemagne n’ont pas pu parvenir à une action coordonnée au niveau de l’Eurogroupe ces dernières heures : pas d’utlisation du budget commun, ni de création d’instruments financiers communs, ni de mise à contribution particulière du Mécanisme Européen de Stabilité. La réponse européenne reste semble-t-il exclusivement l’apanage de la Commission de l’UE27, laissant les pays de l’Eurozone à leurs mesures indidividuelles.

Limiter la contraction du PIB à 1 % en 2020, sous certaines conditions

Nous pensons que ces mesures aideront l’économie française à rebondir plus rapidement après la profonde récession qu’implique désormais le Covid-19 et à atteindre le troisième trimestre avec un nombre limité de grandes faillites et donc un taux de chômage bien inférieur à ce qu’une récession de cette ampleur aurait pu provoquer. Grâce à ces mesures, et en partant de l’hypothèse que le nombre de cas Covid-19 atteindra un pic à la mi-avril (Graphique 1), la contraction du PIB pourrait être limitée à 1,0%, avant de rebondir en 2021. L’ampleur de ce rebond dépendra cependant de la reprise du commerce mondial, il est trop tôt pour l’estimer, mais nous pensons qu’il devrait être plus important que notre prévision actuelle de 1,6 % pour le rebond de la zone euro en 2021.