PMI : attention à l’euphorie 

PMI : attention à l’euphorie 

Le principal indicateur du climat des affaires s’est redressé au début du mois de juin, passant de 78,4 à 84,7 contre 105 en février. Les indices PMI confirment le redressement : ils sont en juillet à un plus haut depuis deux ans. Ces enquêtes, réalisées dans les trois premières semaines de juillet, confirment qu’après les premières semaines du déconfinement, les entreprises sont optimistes sur leurs perspectives de production. Cependant, certaines composantes de ces enquêtes montrent bien que le retour à la normale est loin d’être acquis.

Les PMI à leur plus haut depuis 2018

La première estimation des indices PMI du mois de juillet montre un degré élevé d’optimisme : à 52 dans l’industrie et 58 dans les services, ces indices sont au plus haut depuis 2018. La légère baisse observée dans l’indice manufacturier ressemble à un léger ajustement à haut niveau. Cependant, il faut se rappeler que ces indicateurs donnent un poids particulier à l’activité attendue par les entreprises. Les enquêtes de l’INSEE cette semaine, si elles allaient dans le même sens (l’activité attendue est élevée), révélaient d’autres faiblesses qui devraient limiter toute tentative d’euphorie.

Services : perspectives de rebond limitées pour l’emploi

Dans le secteur des services, la confiance se situe juste au-dessus de son plus bas niveau de la crise de 2009. Ce seul constat montre à quel point le rebond du déconfinement est relatif. L’opinion des entreprises sur leur propre situation ne s’est d’ailleurs pratiquement pas améliorée entre mai et juillet (l’indicateur était de -52 en juillet contre -57 en mai), toujours très en-dessous du pire niveau atteint en 2009 à -30), montrant que la position financière a pour beaucoup été mise en péril par les semaines d’inactivité, et ce malgré le déconfinement. Les attentes quant à l’activité des prochaines semaines sont moins enthousiastes que dans le manufacturier mais sont positives : l’indice repasse à 1,9 contre -71 en avril. On note aussi un frémissement des intentions d’investissements, qui se relèvent très lentement.

Au niveau de l’emploi, la prudence reste de mise. S’il y a une amélioration considérable pour les contrats d’interim ou temporaires (dont le niveau ne pouvait tomber plus bas puisque l’enquête de juillet montre à nouveau une valeur exceptionnelle de -100 pour la tendance récente dans ces contrats), les intentions d’embauche hors travail temporaire ne sont guère plus élevées qu’au creux de la crise de 2009. Dans le commerce de détail, hors automobiles, le constat est très semblable. Autrement dit, dans ces deux secteurs, si le déconfinement apporte un soulagement, les doutes restent nombreux quant au niveau d’activité qui caractérisera cette « nouvelle normalité » post-covid.

Industrie : l’euphorie risque d’être brève

La situation dans le secteur manufacturier est plus paradoxale : les entreprises ont vu leur optimisme quant à leur propre situation augmenter plus vite que dans les services et les perspectives générales sont considérées comme pratiquement aussi bonnes qu’à la fin 2019 dans l’enquête de juillet. Cependant, les carnets de commandes sont très peu remplis et les stocks élevés. La faiblesse du commerce extérieur (les commandes à l’export étaient encore plus basses en juillet qu’en avril) et le report des investissements des entreprises privées laissaient peu d’espoir de ce point de vue. L’écart entre les commandes et l’état actuel des stocks (qui ne montrait aucune amélioration en juillet) ne permet pas vraiment de tabler sur une reprise très dynamique au-delà du rattrapage dû à la réouverture des chaînes de production (Graphique 2). Nous restons donc prudent quant à l’interprétation des intentions des entreprises quant à leur propre production : l’enquête de juillet montre comme en juin un niveau à un plus haut depuis 2 ans, une euphorie qui ne semble pas en ligne avec le niveau élevé des stocks.

Enfin, on notera que dans la construction – où le travail a pu reprendre plus rapidement – l’activité prévue s’est nettement améliorée, et a maintenant rattrapé son niveau de février. 

Le rebond ne doit pas cacher le malaise qui entoure la reprise

L’enquête de l’INSEE permet de relativiser la bonne tenue des PMI publiés aujourd’hui, qui signalent le rebond de l’activité dans les services et l’industrie. Ces enquêtes étant des soldes d’opinion, il est naturel qu’il y ait plus de répondants positifs que négatifs après des semaines de déconfinement. Les enquêtes de l’INSEE nous montrent un malaise plus profond, au-delà de la « remise en route » de l’activité, sur les perspectives de reprise. Cela conforte le scénario d’une reprise en deux phases : un V, suivi à partir du 4ème trimestre par une reprise plus lente qui ne permettra de rattraper le niveau d’activité d’avant-crise qu’à la fin de 2022. Pour en savoir plus sur ce sujet, consultez ici notre trimestriel économique.