Premiers bourgeons ou feu de paille

Premiers bourgeons ou feu de paille

Etats-Unis – Le flou

La confiance des consommateurs mesurée par le Conference Board s’est légèrement repliée en novembre, passant de 126,1 à 125,5. Au-delà de l’évolution mensuelle, l’indice de confiance ne montre pas de tendance claire depuis le début de l’année. En effet, il évolue en dents de scie autour de la valeur actuelle. Après une longue progression au cours des 10 dernières années, il est normal qu’un tel indicateur plafonne. Il n’empêche, cette évolution illustre le ralentissement de l’économie américaine et les doutes des consommateurs.

Ceci étant, la deuxième estimation du PIB américain au troisième trimestre a donné lieu à une légère révision à la hausse de la croissance, passant de 1,9% en rythme trimestriel annualisé à 2,1%.

Zone Euro – Un mieux ?

L’indicateur du sentiment économique mesuré par la Commission européenne, qui mesure le niveau de confiance de l’ensemble des acteurs de l’économie, s’est légèrement redressé en novembre, passant de 100,8 à 101,3. Pour rappel, par construction, la moyenne à long terme de l’indicateur est fixée à 100. La confiance se relève par ailleurs tant dans le secteur industriel que dans le secteur des services. C’est une bonne nouvelle, mais la progression reste modeste. On n’y verra donc pas un réel rebond de l’économie (voir topic).

On notera encore que selon l’estimation flash d’Eurostat, l’inflation est passée de 0,7% à 1,0% en novembre. Au-delà des phénomènes temporaires, l’inflation reste fondamentalement faible en zone euro, ce qui justifie la politique monétaire particulièrement souple de la BCE.

Enfin, le taux de chômage harmonisé a encore légèrement baissé en octobre, passant de 7,6% à 7,5%. A première vue, c’est une bonne nouvelle. Ceci étant, la baisse devrait très prochainement prendre fin. En effet, le taux de chômage est un indicateur retardé du cycle, il devrait donc être prochainement touché par le ralentissement conjoncturel.

Chine – Impulsion de la demande intérieure

L’indice PMI du secteur manufacturier est passé en novembre de 49,3 à 50,2. C’est une bonne nouvelle puisque l’indice était resté en zone de contraction ( inférieure à 50) pendant 6 mois. La progression dépasse également toutes les attentes. L’indice PMI tend donc à montrer, ou plutôt à confirmer, que l’économie chinoise se stabilise. Ceci étant, la composante des commandes intérieures se redresse le plus, alors que les commandes à l’exportation demeurent en zone de contraction. Il semble donc que les investissements en infrastructure commencent à être mis en production en Chine, alors que les tensions commerciales maintiennent une pression à la baisse sur l’activité. En bref, l’économie chinoise tend à se stabiliser grâce aux mesures prises par les autorités, mais seule une vraie détente sur le plan du commerce international pourra assurer la durabilité de tout rebond économique.

A ce sujet, le président Trump a signé un décret soutenant les manifestants à Hong Kong. Certes, le décret est cosmétique sur le fond. Il demande un examen annuel du statut spécial de l’entité au regard de la loi américaine et condamne tout responsable qui porterait atteinte aux droits humains. Il interdit également l’exportation vers Hong Kong d’instruments tels que les balles en caoutchouc. Mais ce décret peut aussi représenter un tournant dans les négociations commerciales entre les Etats-Unis et la Chine, alors que la « phase 1 » de l’accord doit aboutir dans les prochains jours.

Premiers bourgeons ou feu de paille

Au premier regard, les indicateurs économiques du mois de novembre montrent un léger mieux. La période de ralentissement prend-t-elle fin ou est-ce juste un énième mini-rebond de l’économie ? En fait, il est trop tôt pour le dire…

Pour comprendre l’évolution du cycle économique, les économistes utilisent notamment les indicateurs de confiance. Ils ont en effet l’avantage d’être disponibles tous les mois, d’être publiés sans retard et d’être assez fidèlement liés au cycle de l’activité économique. Après avoir affiché des tendances baissières en 2019 (et même 2018 s’agissant des indicateurs européens), de nombreux indicateurs publiés en novembre ont délivré quelques bonnes nouvelles. Il n’en fallait pas plus pour que les plus optimistes en concluent la fin de la période de décélération, permettant d’entrevoir l’année 2020 sous de meilleurs auspices.

N’est-ce pas aller un peu vite en besogne ? Certes, on ne peut nier que certains indicateurs de confiance se sont un peu redressés en novembre. C’est notamment vrai pour l’indice du sentiment économique mesuré par la Commission européenne. Il est passé de 100,8 à 101,3 en novembre : il reste donc au-dessus de sa moyenne de long terme et progresse. On observe par ailleurs une progression de la confiance des consommateurs en zone euro, mais également dans les secteurs de l’industrie, des services et du commerce de détail. C’est donc loin d’être négligeable. Au niveau des indicateurs PMI, particulièrement surveillés par les marchés, on se souviendra que les indices du secteur manufacturier en zone euro se sont également redressés un peu en novembre. Mais c’est surtout la progression de l’indice PMI de la Chine, dépassant les attentes, qui a rassuré plus d’un investisseur. On soulignera enfin qu’aux Etats-Unis, on retrouve également des indicateurs un peu plus rassurant, même si ce lundi, l’indice ISM s’est replié de manière inattendue.

Ces évolutions ne sont néanmoins pas suffisantes pour en conclure que 2020 sera un bon cru sur le plan économique, et ce pour plusieurs raisons :

– D’une part, les « progressions » enregistrées sont relatives. On ne peut pas parler de fort rebond des indicateurs.

– Le niveau des indicateurs de confiance, notamment dans le secteur industriel, reste particulièrement faible et traduit souvent une contraction de l’activité.

– De meilleurs indicateurs au cours d’un mois ne signifient pas grand-chose. Pour parler de changement de tendance, ou de « point de retournement », plusieurs données successives allant dans une nouvelle direction sont nécessaires. Ce n’est souvent pas le cas actuellement.

Dès lors, la prudence s’impose quand il s’agit d’interpréter les « bonnes nouvelles » du moment. Selon notre analyse, les indicateurs du cycle prouvent au moins une chose : en dehors d’un choc négatif inopiné, une récession n’est pas imminente : l’économie mondiale semble au contraire se stabiliser pour le moment. Dans ce sens, les indicateurs conjoncturels confirment notre scénario de base.

Au-delà de cette conclusion, il va falloir attendre encore 1 à 2 mois pour que les indicateurs révèlent une direction un peu plus claire (ou pas). Le léger mieux que semblent indiquer aujourd’hui les indicateurs conjoncturels peut très bien être le socle d’un début de reprise économique en 2020, comme il pourrait s’agir d’un feu de paille avant une nouvelle dégringolade des indicateurs. N’oublions quand même pas qu’une série de fondamentaux économiques (endettement des entreprises, taux de chômage,…) continuent de plaider pour une fin de cycle.

A ce stade, nous tablons sur une situation de faible reprise en 2020 : la situation du secteur industriel semble effectivement s’améliorer un peu et tant la politique budgétaire que monétaire devrait aider l’économie mondiale en 2020. Mais compte tenu des fondamentaux actuels, un rebond vigoureux semble hors de portée. Les prochains mois devraient permettre d’affiner ce scénario et probablement de lui donner une direction plus tranchée.