Premiers impacts mesurés sur le marché du travail

Premiers impacts mesurés sur le marché du travail

Les chiffres de mars montrent un bond historique (+246.000) des inscriptions au chômage malgré les mesures de chômage partiel. Nous pensons que le chiffre d’avril fera paraître ce chiffre faible en comparaison. Les chiffres montrent que les travailleurs les plus vulnérables paient un prix élevé à la crise actuelle. 

  • Après 8 mois consécutifs de baisse du chômage, les inscriptions à Pôle Emploi ont bondi de 246.000 personnes

  • Les travailleurs les plus vulnérables payent un lourd tribu à la crise

  • Le chiffre d’avril devrait être deux à trois fois supérieur.

  • Une part non négligeable de cet impact devrait persister au-delà de la reprise attendue au second semestre

En France, les statistiques sur le chômage du 1er trimestre 2010 donnent un aperçu de ce qui s’est passé sur le marché du travail au début de la crise du Covid-19. Si l’on sait que plus d’un tiers des salariés (près de 10 millions) sont aujourd’hui en chômage temporaire, l’impact sur le taux de chômage reste à mesurer. En effet, tous les salariés ne bénéficieront pas du régime, et une partie des bénéficiaires pourrait de toute façon perdre leur emploi dans les prochains mois avec le dépôt de bilan de leur entreprise.

Le chômage a augmenté de 246.000 personnes en mars. Au début de la crise financière, il a fallu dix mois pour cumuler une hausse de 250.000 en 2008. L’examen des détails montre que les travailleurs les plus vulnérables ont été les premiers touchés, les fins de contrats d’intérim (+150 % sur un mois) et de contrats de courte durée (+30 %) ayant le plus contribué à cette hausse. Ils représentent environ 12 % des salariés.

Ce n’est que le début. Le chiffre d’avril devrait être deux à trois fois plus mauvais (dans le haut des 600.000). Nous pensons que le taux de chômage devrait atteindre 10 % en 2020, contre 8,5 % fin 2019. Cela signifierait que la population au chômage serait toujours plus élevée d’environ 700.000 personnes fin 2020 par rapport à février. Ce chiffre devrait être amplement dépassé à court terme, notamment à cause des contrats courts arrivant à échéance qui ne se renouvelleront pas tout de suite. Cependant, la reprise attendue pour le deuxième semestre 2020 devrait le faire baisser de manière significative.

Grâce aux mesures de sauvegarde économique mises en place, notamment en termes de chômage partiel, la France évitera de voir des millions d’inscriptions au Pôle Emploi, ce qui aurait sans doute conduit à un taux de chômage proche de 15 %. Néanmoins, avec plus de 300.000 personnes sous contrat de courte durée et une estimation de 3 à 4 % des salariés risquant d’être victimes de la faillite de leur entreprise, plus de 800.000 personnes de plus qu’en février devraient connaître une période d’inscription à Pôle Emploi cette année. Bien que ce chiffre soit supérieur à celui de 2009, nous prévoyons que la moitié de l’impact sera effacé d’ici la fin 2021 grâce à la reprise économique. Cela signifie néanmoins aussi que l’impact sera durable sur le marché du travail (avec un taux de chômage supérieur à 9% jusqu’en 2022) et nécessitera des plans d’actions supplémentaires, à plus long terme.