Premiers signes de fragilité pour 2020

Premiers signes de fragilité pour 2020

En France, le principal indicateur d’activité de la Banque de France montre que l’activité est peut-être en train de montrer une élasticité inhabituelle à la moindre moue des consommateurs. Les premiers indicateurs de 2020 confirment que la croissance du 1er trimestre sera vulnérable.

Les premiers indicateurs de l’année…

Les derniers indicateurs d’activité de la Banque de France montrent une image mitigée de l’économie française. En reculant de 97,3 à 96,5 en décembre, le principal indicateur a terminé l’année en dessous de sa moyenne de 2019. Malgré la faiblesse de fin d’année, l’indicateur montre de meilleurs chiffres d’activité pour le T4 que pour le T3, nous ne sommes donc pas inquiets pour la croissance de la fin de l’année.

Dans l’industrie manufacturière, l’indicateur est resté fort, montrant des niveaux d’activité plus élevés qu’en novembre. Ceci a été confirmé par les chiffres de production manufacturière publiés simultanément par l’INSEE pour le mois de novembre et qui ont montré une contraction de 0,1% après deux mois de croissance positive. L’examen des détails révèle que la production de biens de consommation a été le principal facteur de la baisse, chutant de 9,2% sur un mois alors que la production de biens d’investissement continuait de croître de 3,1%.

Si la production industrielle a augmenté d’un faible 0,3 % en novembre, c’est grâce à la croissance observée dans l’énergie et la construction.  Nous pensons que le mois de décembre devrait apporter de meilleurs chiffres, permettant un rebond de la production manufacturière au T4 après la contraction de 1% (T/T) enregistrée au T3. Cependant, c’est peut-être déjà du passé : l’enquête de la Banque de France a montré une plus faible utilisation des capacités de production et une baisse des carnets de commandes en fin d’année, ce qui pourrait entraîner une certaine faiblesse des chiffres de l’activité industrielle au premier trimestre de l’année. 

C’est en réalité le secteur des services qui est à l’origine de la baisse de l’indicateur de la Banque de France en décembre, avec l’un des niveaux d’activité les plus faibles de 2019 et des signes de problèmes de trésorerie dans plus d’entreprises qu’à n’importe quel moment de 2019. On notera également la baisse de la confiance des consommateurs en décembre, l’indicateur principal passant de 105 à 102, son plus bas niveau depuis juillet. Le principal facteur à l’origine de cette baisse est l’évaluation de la situation économique par les consommateurs, qui a également affecté leur confiance dans leur situation financière future. Les craintes liées au chômage sont cependant restées contenues et l’enquête n’a pas montré un impact important de cette baisse de moral sur leurs intentions d’achat.

…conduisent à la prudence pour 2020

Au total, la première semaine de 2020 a apporté suffisamment de données pour mieux évaluer les premiers effets de la contestation sociale qui affecte les transports depuis plusieurs semaines et a ramené des milliers de manifestants dans les rues. L’impact sur l’industrie est modéré : les entreprises continuent d’investir, alimentant la demande de biens d’investissement tandis que les producteurs de biens de consommation prennent des mesures pour réduire leurs stocks du fait de l’incertitude. L’activité reste élevée dans les autres secteurs industriels, comme la construction.

L’impact sur le secteur des services semble jusqu’ici se traduire par une prudence accrue plutôt que par de la panique. Le souvenir de la crise des « gilets jaunes » et de son impact sur l’activité est encore bien frais, les entreprises montrent donc qu’elles sont prêtes à s’adapter à une demande plus faible dès les premiers signes de repli des consommateurs. C’est pourquoi les premiers signes de faiblesse de la confiance des consommateurs sont si inquiétants : même si la confiance des consommateurs reste élevée (et en tout cas bien supérieure à celle de l’an dernier), les entreprises de services seront probablement très sensibles dans leurs plans d’embauche et d’investissement, à tout nouveau type d’incertitudes.

Nous pensons que cela ne devrait pas affecter l’activité du T4 qui devrait montrer un léger rebond par rapport au troisième trimestre, confirmant la prévision de croissance de 1,3% en 2019. Mais si la confiance des consommateurs continue d’être affectée par l’atmosphère politique actuelle, l’élasticité de l’activité liée à celle-ci pourrait être exceptionnellement élevée au premier trimestre. Nous restons donc prudents et maintenons notre prévision de croissance du PIB de 1% pour 2020.