La chute de la production industrielle diminue les espoirs de croissance

La chute de la production industrielle diminue les espoirs de croissance

La production industrielle française a lourdement chuté en février, malgré des indicateurs de confiance solides. Cette mauvaise surprise remet en doute l’espoir d’un secteur industriel moteur pour l’économie française au premier trimestre et fait craindre une évolution du PIB plus faible qu’attendue.

Une lourde chute

En février 2021, la production a chuté dans l’industrie manufacturière (−4.6% après +3.3% en janvier) et dans l’ensemble de l’industrie (−4.7% après +3.2%). Par rapport à un an auparavant, soit juste avant le début de la crise sanitaire, la production manufacturière est en recul de 7.1%, tandis que la production industrielle dans son ensemble est en baisse de 6.6% sur un an. La chute de février 2021 est principalement observée dans la fabrication de matériel de transport, où aussi bien l’automobile que les autres matériels de transport se sont effondrés sur un mois et figurent désormais respectivement 13.5% et 33.6% en-dessous de leur niveau d’avant crise. La pénurie de puces électroniques est probablement l’une des responsables. Mais, au sein de l’industrie manufacturière, la fabrication d’autres produits industriels et la fabrication de biens d’équipement ont également diminué fortement. Par ailleurs, la construction a aussi très fortement chuté sur un mois, de 6% par rapport à janvier, et se trouve désormais 4.7% en-dessous de son niveau d’avant crise.

La surprise est de taille

Soyons clairs, cette baisse de la production industrielle en février est une mauvaise surprise. C’est une surprise dans la mesure où les indicateurs de confiance ont été très solides en février, mais aussi en mars. Ainsi, l’indice PMI du secteur manufacturier avait augmenté de 51.6 en janvier à 56.1 en février, avant d’atteindre le niveau très élevé de 58.8 en mars. Le climat des affaires dans l’industrie avait lui aussi augmenté de 96 en janvier à 98 en février et mars. Ces indicateurs de confiance des entreprises pointaient donc vers une bonne performance du secteur industriel en février. Force est désormais de constater que cela n’a pas été le cas. Il est possible que la baisse de la production industrielle soit due en partie à des perturbations dans les chaînes d’approvisionnement, mais aussi à l’hiver vigoureux qui a probablement impacté au moins le secteur de la construction en février.

Le moteur de l’économie française n’est plus

Il est également néanmoins possible que cette mauvaise performance soit non pas le résultat de facteurs temporaires, mais plutôt l’illustration d’un secteur industriel moins résistant qu’espéré à la situation économique actuelle compliquée de la zone euro. Les confinements et les mesures sanitaires restrictives pèsent en effet fortement sur le secteur des services, ce qui, jusqu’à maintenant, contrastait avec la bonne tenue du secteur industriel. Cette divergence permettait d’espérer une performance économique globale pas trop défavorable au premier trimestre 2021 malgré la situation sanitaire compliquée en France et en Europe. Cet espoir est désormais remis en doute.

Les données d’aujourd’hui laissent penser que le PIB français performera moins bien qu’attendu par certains au premier trimestre 2021. Selon nous, on ne peut pas s’attendre à une croissance trimestrielle très positive, et celle-ci devrait s’établir aux alentours de 0% si un redressement de l’industrie est observé au mois de mars. Si l’on devait voir une nouvelle baisse de la production industrielle en mars, alors il est peu probable que l’économie française puisse échapper à une nouvelle baisse du PIB au T1 et donc à une nouvelle récession, après la chute du PIB au quatrième trimestre 2020. Compte tenu du troisième confinement en vigueur en avril, les mauvaises performances économiques sont susceptibles de continuer largement pendant le deuxième trimestre 2021, repoussant de plusieurs mois la reprise économique tant espérée.