Le rebond de la consommation peut-il durer ?

Le rebond de la consommation peut-il durer ?

Les dépenses de consommation en biens ont fortement rebondi cet été. Même en comptant l’effet des soldes, ces chiffres confirment un rebond proche de 20% des dépenses au T3, même l’habillement – très touché par le confinement – a eu sa part de reprise. Cependant, les dernières enquêtes auprès des consommateurs montrent que les craintes du chômage progressent – à raison – et que les intentions d’épargne se renforcent, un contexte peu favorable à la folie du shopping.

  • La consommation des ménages en biens a fortement rebondi en juillet et août, aussi bien par rapport au deuxième trimestre (+17%) que par rapport au niveau d’avant crise (+2,1%).

  • Même en cas de stagnation en septembre, la consommation sera très forte au troisième trimestre, soutenant le rebond dynamique attendu du PIB. 

  • Les craintes du chômage et les intentions d’épargne qui en découlent pourraient cependant handicaper la suite du rebond.

Un fort rebond dans la consommation de biens

En France, les dépenses de consommation des ménages en biens se sont relevées en août, augmentant de 2,3% en glissement mensuel après une baisse de 0,9% en juillet. Sur une année, les dépenses de consommation en biens sont en hausse de 2,4%. Le rebond de la consommation se poursuit donc et, pour le troisième mois consécutif, les dépenses de consommation en biens sont supérieures à leur niveau d’avant la pandémie (+3,2% par rapport à la moyenne de décembre-février). Notons néanmoins que les données pour le mois d’août sont influencées par le report de la période des soldes, décalée d’une quinzaine de jours en raison de l’épidémie de covid. Cela se voit par exemple dans les données de consommation de textile, en très forte hausse sur un an en août (+10%) après une baisse en juillet (-4,2%). Ce secteur, où les dépenses avaient plongé de 70% en l’espace de deux mois pendant le confinement, a dépassé en août de 13,6% son niveau de dépenses d’avant-crise.

Dans ces conditions, étudier l’évolution de la moyenne sur juillet et août nous permet d’éviter ces effets statistiques. Deux constats intéressants ressortent de cette analyse. Premièrement, en juillet-août, les dépenses de consommation en biens sont 17% plus élevées qu’au deuxième trimestre 2020, principalement en raison d’un très fort rebond de la consommation de biens durables et de textile. Par rapport au niveau d’avant la pandémie (niveau moyen décembre 2019-février 2020), la hausse des dépenses de consommation de biens est de 2,1% (Cf. Graphique 1). Il y a donc très clairement eu un fort rebond au troisième trimestre 2020 et celui-ci a plus que contrebalancé la baisse observée au deuxième trimestre suite au confinement. Les chiffres de juillet et août impliquent que, même en cas de stagnation en septembre, la consommation de biens au troisième trimestre sera très dynamique, proche de 20%. Compte tenu du fait que la consommation de biens représente près de 50% de la consommation totale des ménages, ces données laissent présager une forte croissance de la consommation dans les chiffres du PIB pour le troisième trimestre, attendus en hausse de 14% (T/T). Pour l’avenir, il faut se tourner vers ce que nous disent les consommateurs dans les enquêtes parues cette semaine.

Les enquêtes de confiance auprès des consommateurs montrent que les intentions d’achat se maintiennent… prudemment  

La confiance des consommateurs s’est maintenue en septembre (le principal indice est à 95,3), mais reste sous ses niveaux d’avant-crise (supérieurs à 102 depuis juillet 2019). Certaines composantes sont positives : on voit notamment que les consommateurs sont plus confiants quant à leur situation financière future et que leurs intentions d’achat se maintiennent. C’est surtout parce que leur épargne récente est très élevée, un comportement qui n’est pas prêt de changer : la plupart pensent que c’est le bon moment pour épargner. Ces intentions d’épargne n’ont pas été aussi élevées depuis 2013. Il faut dire que malgré les chiffres de chômage rassurants parus la semaine dernière, les consommateurs craignent de voir le chômage augmenter. Une analyse que nous partageons (Cf. Note ING du 25/9).

Un T4 à haut risque

Les statistiques de consommation de l’été, même en tenant compte de l’effet des soldes, laissent entrevoir un fort rebond de la consommation au T3, même si les dépenses ne connaissaient pas de croissance supplémentaire en septembre. Les intentions d’achat restant bien orientées pour ce mois, il n’est pas exclu que les dépenses de consommation en biens rebondissent de près de 20% sur le trimestre, dépassant ainsi leur niveau d’avant le Covid.

Or, dans son ensemble, l’économie française n’en sera sans doute pas encore là : nous prévoyons qu’au T4, le PIB sera toujours à seulement 93% de son niveau d’avant crise, avec des conséquences grandissantes sur le niveau de chômage. La question est de savoir si la consommation peut se maintenir dans ces conditions, au T4 et en 2021. La prolongation des mesures de chômage partiel devrait y contribuer, mais les intentions d’épargne élevées et les craintes du chômage pourraient peser de plus en plus sur les comportements d’achats. Après un T3 meilleur qu’attendu, il est donc vraisemblable que la fin de l’année soit moins dynamique qu’espéré, raison pour laquelle nous ne modifions pas notre prévision de croissance de -9,5% pour 2020. Pour 2021, tout dépendera de la prolongation des mesures de chômage temporaire qui ont jusqu’ici permis de sauvegarder le pouvoir d’achat d’une part suffisante de la population pour voir les dépenses de consommation rebondir. A ce stade, nous tablons sur un rebond plus ténu que les attentes du Gouvernement (6% contre 8%).