Après la reprise dynamique du T3, une nouvelle contraction de l’activité est à venir

Après la reprise dynamique du T3, une nouvelle contraction de l’activité est à venir

La dynamique (mais incomplète) reprise économique du troisième trimestre en France a enfin un chiffre : le PIB a augmenté de 18.2% par rapport au deuxième trimestre. Malheureusement, cette reprise est déjà une histoire du passé et le nouveau confinement va amener, une nouvelle fois, l’économie française fortement en territoire de contraction au quatrième trimestre 2020. Nous estimons que le nouveau confinement conduira à une contraction du PIB au T4 de l’ordre de 5% en glissement trimestriel et à une baisse du PIB annuel pour 2020 de 1% supplémentaire.

Une reprise dynamique

18.2% de croissance trimestrielle en France au troisième trimestre 2020. Un chiffre bien évidemment historique, mais qui ne fait que refléter la sévérité du choc économique causé par la pandémie du coronavirus (-13.8% au deuxième trimestre et -5.9% au premier trimestre 2020). La réouverture de l’ensemble des secteurs et les programmes de soutien gouvernementaux aux emplois, aux entreprises et au pouvoir d’achat qui ont été implémentés pendant le confinement ont permis à l’activité économique de bondir.

La consommation des ménages a fortement contribué à la croissance dynamique du Q3, en augmentant de 17.3% en glissement trimestriel, grâce notamment à un effet de rattrapage sur les achats de biens par les ménages, alors que la consommation des services par les ménages reste en revanche largement en-dessous du niveau d’avant crise. La consommation des ménages est l’une des composantes du PIB qui a le mieux récupérée de la crise (avec le consommation publique). Elle se trouve désormais à 97.7% de son niveau de fin 2019. La formation brute de capitale fixe a également fortement rebondi (+23.3% en glissement trimestriel), mais reste très largement inférieure à son niveau d’avant crise (-5.3% par rapport à la fin de 2019), surtout dans le secteur de la construction.

Les exportations ont, elles aussi, connu un rebond dynamique (+23.2% en glissement trimestriel), mais cela ne permet absolument pas de compenser la chute dramatique observée au cours du premier semestre. Les exportations françaises se trouvent ainsi à la fin du T3 toujours 15% en-dessous du niveau observé fin 2019. Cela s’explique par le fait que la crise du coronavirus a eu un impact dramatique sur les secteurs traditionnellement les plus porteurs pour les exportations françaises, dont l’aéronautique et le tourisme international.

In fine, si la reprise a été très dynamique, elle n’a pas permis d’effacer le choc du confinement. A la fin du troisième trimestre, l’économie française se trouvait toujours 4.1% en dessous du niveau d’activité qui prévalait avant la crise (à la fin de l’année 2019).

Le boost artificiel des dépenses publiques

Notons qu’en France, plus que dans d’autres pays européens, la reprise a été bien aidée par la reprise des dépenses publiques (+15.4%), mais c’est principalement dû à la façon dont les services publiques ont été comptabilisés pendant et après le confinement. Pendant le confinement, l’INSEE avait estimé que 25% des agents publics avaient continué à être payés, mais ne pouvaient plus travailler. Cela avait conduit à une réduction statistique de 13.2% des dépenses publiques au premier semestre 2020. Dans d’autres pays européens, cette baisse n’avait pas été comptabilisée de cette manière, compte tenu du fait que les salaires publics ont continué à être versés. Dès lors, la récession de la première moitié d’année en France a été artificiellement plus forte que dans d’autres pays européens, dont l’Allemagne. A contrario, au troisième trimestre, avec le retour des agents publics au travail, l’effet s’est inversé et la croissance réelle de la consommation publique a été très forte en France, boostant la reprise du PIB plus que dans d’autres pays.

Des perspectives sombres pour le quatrième trimestre

Malheureusement, ces chiffres sont de l’histoire ancienne et la reprise est déjà terminée. La propagation du coronavirus et la hausse de l’incertitude ont conduit les indicateurs du climat des affaires et de confiance des ménages à baisser en octobre.

Mais le pire sera bien entendu le mois de novembre. Le nouveau confinement qui entrera en vigueur ce 30 octobre pour une durée minimum d’un mois va durement impacter l’activité économique, même si cet impact probablement sera moindre qu’au printemps. En effet, contrairement au confinement du printemps, les écoles peuvent rester ouvertes et le travail reste possible en-dehors des activités fermées. Cela implique que l’industrie et la construction, qui avait dû s’arrêter en grande partie lors du confinement du printemps faute de pouvoir avoir recours au télétravail, devraient pouvoir continuer à fonctionner de manière relativement normale. Les services non-marchands devraient également maintenir un niveau d’activité supérieur à celui d’avril.

Néanmoins, avec la fermeture des commerces non-essentiels, les services marchands (qui représentent 56% du PIB) risquent d’être impactés de façon similaire pendant le mois de novembre qu’ils ne l’ont été au mois d’avril (baisse d’activité de l’ordre de 30% par rapport au niveau d’avant crise). Dès lors, nous estimons que le PIB français pourrait se contracter de l’ordre de 5% en glissement trimestriel au quatrième trimestre. L’effet de ce nouveau confinement sur la croissance annuelle du PIB en 2020 sera une contraction de 1 point de pourcentage supplémentaire qu’en l’absence de deuxième confinement. Comme le troisième trimestre a été meilleure que prévu, la contraction du PIB devrait être de l’ordre de -9.5% sur l’année.

Une reprise de plus en plus incertaine pour 2021

A la fin de l’année 2020, l’économie se trouverait toujours près de 9% en-dessous de son niveau de fin 2019. Si l’on peut espérer une reprise au premier trimestre 2021 grâce à un assouplissement des mesures de confinement, il est fort peu probable qu’elle soit aussi dynamique que celle observée au troisième trimestre 2020, après le premier confinement. D’abord, car l’hiver et les activités d’intérieur semblent plus propices à la propagation du virus que ne l’est la saison estivale, ce qui fait craindre un déconfinement plus progressif que la première fois. Ensuite car le message est désormais clair : tant qu’il n’y a ni vaccin, ni traitement, le coronavirus demeurera et les craintes d’une troisième flambée de la pandémie et des mesures restrictives qui suivent seront toujours présentes. Malheureusement, ni les ménages, ni les entreprises ne pourront exclure de leurs perspectives pour le futur un troisième confinement. En conséquence, il est probable que les agents économiques adoptent un comportement beaucoup plus prudent lors du deuxième déconfinement que lors du premier, ce qui freinera la reprise.

En conclusion, les chiffres de croissance du PIB français pour le troisième trimestre sont comme un rayon de soleil qui traverse les nuages pendant un instant lors d’une pluvieuse journée d’automne : il nous remémore avec nostalgie la chaleur de l’été, mais ne permet en rien d’oublier que les réalités actuelles sont beaucoup moins réjouissantes. La France est entrée pour la deuxième fois de l’année en contraction, et les perspectives de reprise pour 2021 s’assombrissent fortement.