Revoici la menace géopolitique

Revoici la menace géopolitique

Les Etats-Unis – Déception

Aux États-Unis, les quelques indicateurs économiques publiés la semaine dernière n’ont pas apporté de nouvelle claire sur l’économie. La confiance des consommateurs mesurée par le Conference Board est restée stable en décembre. Cela n’apporte donc rien de neuf. Le signal donné par les indicateurs PMI est à peine plus clair : l’indice PMI du secteur manufacturier mesuré par Markit est resté stable (il passe de 52,6 à 52,4, donc le repli est insignifiant). Par contre, l’indice PMI mesuré par l’ISM s’est un peu plus nettement replié en décembre, passant de 48,1 à 47,2. Il faudra donc attendre la prochaine salve d’indicateurs économiques pour savoir si l’économie américaine se stabilise à un modeste niveau de croissance ou si elle rebondit plus solidement.

Zone euro – Peu de contagion

Les indicateurs PMI pour la zone euro ont également retenu l’attention. Dans le secteur manufacturier, la confiance et l’activité semblent toujours en demi-teinte. L’indice PMI s’est légèrement replié en décembre, passant de 46,9 à 46,3. On notera surtout que l’indice reste largement inférieur à 50. Dans le secteur des services par contre, l’indice PMI progresse en passant de 51,9 à 52,8. Cela semble confirmer que les problèmes dans le secteur manufacturier n’affectent pas trop le secteur des services. C’est un élément important car une telle contagion serait le signe d’une proche récession.

La croissance de la masse monétaire a légèrement ralenti, passant de 5,7% sur un an à 5,6%.

Enfin, on notera qu’en Allemagne, l’inflation harmonisée passe de 1,2% en novembre à 1,5% en décembre. Cette progression est surtout liée à l’évolution des prix de l’énergie, dans un marché pétrolier clairement haussier en fin d’année.

Revoici la menace géopolitique

Fin 2019, nous signalions que l’année 2020 serait marquée par l’incertitude autour des élections présidentielles américaines. Celles-ci devaient surtout se traduire par un apaisement sur le plan du commerce international, dans le but de donner un coup de fouet à l’économie américaine. C’était sans compter sur la géopolitique…

L’étincelle… et l’escalade

Ce vendredi, les Etats-Unis ont abattu un influent général iranien en Irak ainsi que son bras droit par des frappes aériennes. Cette attaque a bien entendu eu pour conséquence de faire bondir le cours du pétrole, comme tout événement géopolitique dans la région. Certes, la réaction des marchés pétroliers a été moins forte que lors des attentats sur les installations pétrolières saoudiennes en septembre dernier. Cependant, elle risque d’être bien plus durable. En effet, alors que les nouvelles avaient été très vite rassurantes après ces attentats (en termes de renforcement de la sécurité et de capacités d’approvisionnement), on assiste actuellement à une escalade dans les tensions entre les Etats-Unis et l’Iran. Il est donc peu probable que les tensions se calment aussi rapidement. Tout dépend de la suite qui sera apportée par l’Iran à ses menaces de riposte. Quelle que soit la forme de cette riposte, elle augmentera les tensions géopolitiques et donc la prime de risque dans les cours pétroliers. Mais elle pourrait aussi directement viser des pétroliers, le trafic dans le détroit d’Hormuz ou même des installations pétrolières. Dans ce cas, l’impact pourrait encore être plus grand.

Le pétrole…toujours le pétrole

Actuellement, le marché pétrolier reste davantage contraint par la demande. Mais des attaques sur des installations pétrolières pourraient rapidement changer la donne, dans la mesure où nous estimons le surplus d’offre à seulement 900.000 barils/jour. Ceci étant, des blocages ou des attaques pourraient être compensés par d’autres routes de transport du pétrole, par l’utilisation de stocks stratégiques et par l’annulation de la réduction des quotas de production décidée par les membres de l’OPEP+ en fin d’année dernière. Ceci pourrait rééquilibrer le marché. Dès lors, seul un scénario extrême comme une réduction drastique des capacités de production de l’Irak pourrait emmener le pétrole vers les 100 USD/baril. Mais nous n’en sommes pas du tout là.

Il n’empêche, le prix du baril de pétrole avait déjà augmenté de près de 30% en 2019. Cette crise intervient donc alors même que les prix pétroliers ne sont pas au plus bas. De nouvelles hausses suite aux tensions actuelles risquent d’affecter l’économie mondiale qui, pour rappel, n’est pas au mieux de sa forme.

L’inquiétude principale viendrait de la consommation des ménages, surtout en Europe. C’est en effet elle qui tire l’activité pour le moment. Or, une hausse de la facture d’énergie affectera la capacité des ménages à consommer autre chose et cela se ressentira sur le volume de la consommation. Par ailleurs, une hausse des prix pétroliers se traduira par plus d’inflation, ce qui indubitablement fera ressurgir la question du comportement des banques centrales. Le doute s’est déjà mis à planer en zone euro sur la volonté de la BCE de réviser, voire de recalibrer sa politique monétaire, compte tenu des effets non-désirés des taux négatifs. Une hausse de l’inflation attisera les spéculations sur un tel scénario. Pour être clair, nous ne nous attendons pas à des hausses de taux de la part de la BCE et pensons que ces considérations sont prématurées. De plus, une hausse des prix du pétrole étant un choc négatif pour l’économie de la zone euro, cela écarte fondamentalement le risque d’une intervention à la hausse. Mais l’impact premier d’un tel choc sur l’économie étant d’augmenter l’inflation, cela ne manquera pas d’attiser l’incertitude et donc la volatilité dans les marchés.

Conclusion

Suite aux événements de ces derniers jours, notre scénario économique n’est pas fondamentalement modifié. Il faut dire que nous n’étions pas parmi les plus optimistes pour 2020. Par contre, dans les marchés, pas mal de « certitudes » de fin d’année dernière tombent à l’eau. L’année 2020 ne sera pas calme, ni sur le plan politique, ni sur le plan économique. Le fait que D. Trump décide d’agir sur le plan géopolitique, probablement avec des arrière-pensées électoralistes, n’est pas une bonne nouvelle. Certainement pas lorsqu’il s’agit des intérêts pétroliers. Malgré la volonté de plus en plus franche d’opérer une transition écologique en Europe, nos économies restent particulièrement dépendantes aux énergies fossiles. Le risque d’une forte augmentation de leur prix pourrait remettre en cause les perspectives de croissance et d’inflation.