La stabilité des prix au microscope

La stabilité des prix au microscope

Christine Lagarde a annoncé le début de la revue stratégique de la politique monétaire en zone euro la semaine dernière. Au cours de ce processus, qui durera jusqu’à la fin de  l’année 2020, la BCE étudiera avec des tiers comment elle peut améliorer sa politique et les instruments utilisés pour mener celle-ci. Il y a beaucoup de sujets sur la table de cette revue stratégique. Notons qu’une telle analyse politique n’est pas anormale. La BCE en a déjà effectué une en 2003 et la Réserve fédérale analyse actuellement son fonctionnement. Dans cet article, nous aborderons l’un des sujets brûlants qui sera certainement abordé : la définition de la stabilité des prix.

Les traités européens donnent à la BCE et aux banques centrales nationales la stabilité des prix comme objectif principal. Toutefois, les traités ne définissent pas exactement ce qu’est la stabilité des prix. C’est la tâche de la BCE elle-même de donner une définition. Lors du lancement de l’euro en 1999, la BCE a défini la stabilité des prix comme « une inflation comprise entre 0 et 2% à moyen terme ». En 2003, à la suite d’une revue stratégique, la situation a changé et la BCE a défini la stabilité des prix comme « une inflation proche mais inférieure à 2% à moyen terme ».

L’inconvénient de la définition actuelle est qu’elle est sujette à interprétation. Qu’entend-on par “proche de 2%” ? Est-ce 1,75% ou 1,95% ? Certains plaident donc en faveur d’un chiffre explicite dans la définition de la stabilité des prix.

S’il devait y avoir un chiffre précis, le plus probable serait 2%. Cependant, aucune étude universitaire ne suggère que 2% peut être considéré comme une inflation “optimale”, il s’agit donc plutôt d’une convention. Ce qui est sûr, c’est qu’il est important que le chiffre ne soit pas trop bas, afin d’éviter la déflation. Mais il ne doit pas non plus être trop élevé, afin que la volatilité des prix reste limitée. 2% est donc généralement considéré comme un compromis acceptable.

Une deuxième discussion importante portera sur le caractère symétrique ou non de l’objectif d’inflation. Si un objectif d’inflation est symétrique, la banque centrale réagira aussi fortement quand l’inflation est supérieure à l’objectif que quand elle est inférieure à celui-ci. Au sein de la BCE, il y a actuellement un débat sur la question de savoir si la BCE a ou non une cible symétrique. Mario Draghi a dit un jour que c’était bien le cas, mais le gouverneur de la banque centrale allemande Jens Weidmann a récemment déclaré qu’il n’était pas d’accord.

La discussion est importante pour la future politique monétaire de la BCE. En effet, l’inflation dans la zone euro a été bien inférieure à 2% ces dernières années. Le graphique 1 le montre bien. Si l’inflation avait été de 2% chaque année depuis que Mario Draghi est entré en fonction en novembre 2011, l’indice serait aujourd’hui à 113. Pourtant, en réalité, l’indice se trouve actuellement à 105. Il y a donc une différence de 8 points.

La question est donc la suivante : que fera la BCE si l’inflation atteignait 2% ? Augmentera-t-elle les taux d’intérêt pour limiter l’inflation et la maintenir à 2% ? Ou bien n’augmentera-t-elle pas immédiatement les taux d’intérêt et acceptera-t-elle que l’inflation soit supérieure à 2% pendant un certain temps, de sorte qu’à plus long terme, la moyenne soit égale à 2% ? La question doit être résolue lors de la révision stratégique qui vient de commencer.

Un dernier désaccord sur la définition de la stabilité des prix concerne la manière dont la BCE doit traiter les prix volatils. Les prix des denrées alimentaires et de l’énergie sont connus pour leurs fluctuations à court terme et les politiques tentent généralement d’ignorer ces fluctuations à court terme tant qu’elles n’ont pas d’impact sur l’inflation globale. La BCE parle d’ailleurs souvent de l’inflation “sous-jacente”, mais elle n’a pas de définition fixe ni d’objectif à cet égard.

Cela peut parfois entraîner des problèmes. Par exemple, prenez la hausse des taux de refinancement en juillet 2008, juste avant la crise financière. La BCE avait à l’époque avancé comme raison l’augmentation des prix des denrées alimentaires et de l’énergie et de son impact possible sur d’autres prix (via les effets de second tour). Pourtant, rétrospectivement, il aurait été préférable que la BCE ne réagisse pas à ces fluctuations de court terme. En conséquence, certains universitaires suggèrent qu’un deuxième objectif, en plus de l’objectif général d’inflation, pourrait être une solution. De même, la BCE pourrait également fixer un objectif d’inflation excluant les prix des denrées alimentaires et de l’énergie.

Nous pouvons conclure que la définition de la stabilité des prix n’est pas une discussion sémantique, mais pourrait avoir des effets directs sur la conduite de la politique monétaire. Les économistes et les analystes suivront donc cette discussion avec grand intérêt.