Les taux sont (presque) négatifs

Les taux sont (presque) négatifs

En France, le discours prononcé à Sintra par Mario Draghi (et quelques tweets du Président Trump) a fait baisser le taux de référence sur les obligations à 10 ans en territoire négatif. Le mouvement a été momentané. Il n’est pas exclu cependant que cela refasse l’actualité. Si la barre est symbolique, cela ne doit pas laisser l’impression que le feu est vert pour tout type de nouvelle dette d’état…

En France, le discours prononcé à Sintra par Mario Draghi le 18 juin a mené à une première historique : le taux de référence sur les obligations d’état à dix ans est passé brièvement sous les 0%, suivant les obligations allemandes en territoire négatif. Le discours allait en effet un peu plus loin que les déclarations du même Mario Draghi lors de la dernière réunion de politique monétaire de la BCE où il avait seulement évoqué, en réponse à une question, le fait que de nouvelles actions avaient été discutées. En disant à Sintra qu’ « en l’absence d’amélioration, telle que cela constituerait une menace pour un retour soutenable de l’inflation , des mesures de stimulus additionnelles seront requises », il a relevé la probabilité d’une nouvelle baisse de taux sur les dépôts (actuellement à -0,40%) dès le mois de juillet.

Le seuil de 0% n’a pas été franchi longtemps sur le 10 ans, mais des maturités plus courtes étaient déjà négatives. Le seuil de 0% pour les obligations d’état à 10 ans n’est pas seulement symbolique. Et les signes donnés par la BCE que les taux vont rester bas plus longtemps ne le sont pas non plus. Cette évolution devrait en effet permettre à l’état français de continuer d’augmenter la maturité générale de la dette publique, autrement dit de garantir que celle-ci se finance à taux bas pendant plus longtemps. La maturité moyenne a déjà augmenté de 8 à 10 ans entre 2011 et 2018, le mouvement devrait se poursuivre.

Cela a également pour effet de continuer de réduire le poids de la dette sur les finances publiques, de quoi donner du souffle aux projets annoncés par le gouvernement Philippe pour la seconde moitié du quinquennat. Jusqu’ici en effet, la plupart des projections continuaient de voir des déficits publics proches de 3% du PIB d’ici à 2022, des taux d’intérêt plus bas devraient contribuer à les réduire.

On entend déjà ceux qui pensent que le nouvel endettement a plus de vertus du simple fait qu’il rapporte au lieu de coûter (si les intérêts sont négatifs). C’est oublier un peu vite qu’il s’ajoute à l’ancien. Dans le calcul de la progression de la dette publique, ce n’est pas tant le taux actuel qui compte, mais bien le taux implicite (celui qui est payé sur l’ensemble des obligations en cours). Si celui-ci diminue, c’est certes une bonne chose car il permet de progressivement remplacer l’ancienne dette par de la nouvelle (moins chère et de plus longue maturité) et de relâcher la contrainte sur le déficit primaire, mais il ne supprime pas cette dernière. Pour la relâcher plus encore, c’est de croissance dont l’économie a besoin. Si dépense il y a, les projets qui renforcent la croissance potentielle doivent donc rester prioritaires. Il est faux de dire que les taux négatifs permettent soudainement à l’état de s’endetter infiniment.