Update Economique Trimestriel en France

Update Economique Trimestriel en France

 Passage à la vitesse supérieure

La situation en France a considérablement changé en un an. La reprise économique est passée à la vitesse supérieure, grâce à des niveaux de confiance qui n’avaient plus été aussi élevés depuis dix ans. Il s’agit probablement des effets positifs du vent de réforme qui souffle actuellement sur le pays. Nous pensons d’ailleurs que les réformes vont se poursuivre en 2018, ce qui devrait permettre d’atteindre un taux de croissance du PIB de 2,0 % cette année.

« There is no alternative »

L’été dernier, les sondages faisaient état d’un démarrage pour le moins compliqué pour le Président, Emmanuel Macron, et son gouvernement, avec une cote de popularité en chute libre. En août, nous faisions partie de ceux qui pensaient qu’Emmanuel Macron ne pourrait pas descendre plus bas, vu que seule sa base semblait encore croire en lui. Cinq mois plus tard, la donne a complètement changé. D’après un sondage IPSOS publié en janvier 2018, 53 % des Français approuvent l’action du Président et 60 % disent soutenir le Premier ministre, Édouard Philippe. Un résultat en partie dû à la fragilité de l’opposition dans les sondages avec, d’une part, une gauche désorganisée et, d’autre part, une droite qui ne parvient toujours pas à convaincre. Il n’y a visiblement pas d’alternative au président français à l’heure actuelle. Ses premiers succès sur la loi de moralisation de la vie publique (pour les Parlementaires) et surtout sur la loi travail qui n’a pas enflammé la rue comme certains le redoutaient, montrent que le pays s’est enfin engagé sur la voie des réformes.

Le gouvernement devrait poursuivre sur sa lancée en 2018, avec notamment des réformes destinées à simplifier le cycle de vie des entreprises (de la création à la transmission). Il devrait également commencer à mettre en oeuvre son grand plan d’investissement de 50 milliards d’euros, qui prévoit notamment de nouveaux programmes pour accompagner les chômeurs sur le chemin de l’emploi. Mis à part cela, le gouvernement devra aussi prendre des risques sur deux réformes politiquement sensibles : la loi sur l’immigration et une réforme de la Constitution (visant à réduire le nombre de Parlementaires et à limiter le nombre de leurs mandats). Emmanuel Macron risque donc d’être encore omniprésent en 2018, pour prouver aux Français qu’il n’y a pas d’alternative à son action.

Notons par ailleurs que le gouvernement Philippe ne semble pas favorable à l’austérité, puisque la majorité des 80 milliards d’euros d’économies prévues sur les cinq prochaines années ont été reportées à après 2020. Si l’objectif reste de ramener les dépenses publiques de 55 % à 51,1 % du PIB entre 2016 et 2022, le gouvernement risque, en reportant ses efforts, de faire passer le déficit au-dessus de 3 % du PIB en 2020, même si le renforcement de la croissance devrait faciliter l’assainissement des finances publiques.

La confiance des entreprises favorisera la mise en place des réformes…

Le contexte de forte croissance économique, dû à la dynamique des réformes déjà enclenchée et au dynamisme observé dans le reste de la zone euro, est probablement le principal facteur qui plaide en faveur d’une poursuite des réformes en France. La confiance s’est, jusqu’à présent, avérée élevée dans tous les secteurs, ce qui laisse présager une nouvelle forte croissance de l’économie nationale en 2018.

Dans l’industrie manufacturière, l’activité devrait avoir rebondi de 2,4 % en 2017 (après une hausse de 0,4 % en glissement annuel en 2016). Et comme l’activité a démarré l’année 2018 au même niveau qu’en octobre 2008, il est probable que la reprise continuera. Alors que les indicateurs de confiance se trouvent à leur niveau le plus élevé depuis dix ans, nous pensons que l’activité manufacturière devrait enregistrer un taux de croissance de 4 % cette année. La plupart des sociétés du secteur se montrent, de manière générale, optimistes depuis octobre. En décembre, les carnets de commandes n’avaient d’ailleurs plus été aussi remplis depuis dix ans. Les perspectives sont tout aussi favorables dans le secteur de la construction, où la confiance a également atteint un plafond à la fin de l’année passée, en prévision d’une hausse de l’activité. La faiblesse des taux d’intérêt et le redressement du marché immobilier sont deux facteurs essentiels pour ce secteur, qui est en phase de reprise depuis trois ans. L’enquête menée en décembre montre que les intentions d’embauche demeurent élevées dans la construction.

Dans le secteur des services, le regain de confiance semble plus solide qu’au début de 2017, vu qu’il est soutenu par un niveau de confiance général qui n’avait plus été aussi élevé depuis des années. En décembre, les intentions d’embauche dans le secteur ont renoué avec leur niveau élevé d’avril dernier. Une bonne nouvelle pour l’emploi, qui devrait aussi profiter d’une tendance similaire dans le secteur de la construction. Enfin, même le secteur du détail montre des signes de reprise de l’embauche. Cette composante de l’enquête est en effet repassée au-dessus de zéro pour la première fois depuis 2012.

… et aura un impact positif sur l’emploi

Il faudra néanmoins du temps pour que ces bonnes intentions se traduisent par une croissance plus rapide de l’emploi. La reprise en France a démarré sur un mode mineur en 2014 et n’a que très modérément dopé la croissance de l’emploi privé depuis : il a fallu trois ans pour passer d’une croissance moyenne de 0,0 % (entre le premier trimestre de 2014 et le deuxième trimestre de 2015) à une croissance de 1,4 % en glissement annuel en 2017 (neuf premiers mois). Un rythme qui n’est cependant pas suffisant pour faire chuter le chômage : celui-ci s’élevait encore à 9,4 % au troisième trimestre de 2017, soit un niveau plus élevé qu’au début de l’année. Cette augmentation s’explique notamment par le fait que 72,4 % (en moyenne) des personnes bénéficiant d’emplois aidés ou d’une formation sous la présidence de François Hollande n’ont pas trouvé de travail à l’issue de cette période et viennent désormais gonfler les statistiques du chômage. Sur les dix premiers mois de l’année 2017, cela représentait 65 000 personnes, d’où les 16 000 chômeurs supplémentaires enregistrés jusqu’à présent en 2017 après le recul de 113 000 observé en 2016, et ce malgré l’accélération de la reprise au second semestre de l’année.

Ceci étant dit, l’accélération de la croissance du PIB (2,0 % en 2018) et les réformes destinées à soutenir le marché du travail devraient permettre de doper l’emploi au second semestre de cette année et de faire retomber le taux de chômage aux alentours de 9 % à la fin de l’année.

La demande intérieure reste solide…

La demande intérieure a renoué avec son niveau de la mi-2016 au troisième trimestre. La différence est que la croissance est aujourd’hui répartie de manière plus équilibrée entre les investissements et la consommation : les deux ont contribué pour 0,9 pp à la croissance du PIB au troisième trimestre (la contribution des investissements n’avait plus été aussi élevée depuis 2010). Le dynamisme des investissements s’explique par l’augmentation des taux d’utilisation des capacités due à l’accélération de l’activité et qui pousse les entreprises à dépenser davantage. En outre, Emmanuel Macron s’apprête à faire passer le taux de l’impôt sur les sociétés de 33 % à 25 %. En 2016, la contribution à la croissance des investissements des entreprises avait été presque entièrement due à des mesures fiscales, dont les effets s’étaient rapidement estompés. Cette fois, les investissements sont guidés par la demande, ce qui explique pourquoi nous nous attendons à un rebond plus soutenu en 2018 et 2019, avec des taux de croissance de respectivement 5,0 % et 4,2 % (après 4,4 % l’année passée). À cela s’ajoutent également les importantes dépenses des ménages (toujours encouragés par la faiblesse des taux d’intérêt et la perspective d’une suppression de la taxe d’habitation). Tout ceci devrait permettre aux investissements d’enregistrer une croissance de 3,9 % cette année (contre 3,6 % en 2017).

La consommation privée devrait également continuer de progresser en raison de l’impact positif du recul du chômage et des réformes fiscales sur le moral des consommateurs. Si, dans l’esprit des gens, le mandat de François Hollande est souvent assimilé à une période de hausses des impôts (ce qui, de manière générale, n’est pas vrai), Édouard Philippe est jusqu’à présent parvenu à éviter ce piège. Bien que l’actuel gouvernement ait, dans un premier temps, été accusé d’être “le gouvernement des riches”, le fait est que le pouvoir d’achat des travailleurs devrait augmenter en 2018, alors que l’introduction du prélèvement forfaitaire unique (également appelé “flat tax”) sur les revenus financiers permettra de simplifier la fiscalité du capital. Dans ce contexte, nous pensons que la croissance de la consommation privée renouera avec son niveau de 2016 cette année (2,2 %), après une année 2017 décevante (seulement 1,2 %).

… et entraînera une croissance record en 2018 et 2019.

La croissance va, par conséquent, encore être principalement alimentée par la demande intérieure. Bien qu’elle ait été jusqu’à présent compensée par les stocks, la contribution négative des exportations nettes devrait toutefois s’établir à -0,6 pp pour 2017, soit une contribution un peu moins négative qu’en 2016 (-0,8 pp). Pour cette année, nous tablons sur une reprise de la croissance des exportations, à 3,4 %. La reprise de la consommation privée et de la demande de biens d’investissement devrait toutefois probablement être plus rapide, ce qui signifie que la contribution du commerce extérieur restera négative en 2018 et 2019.

En conclusion, la situation en France a considérablement changé en un an. La reprise économique est passée à la vitesse supérieure, grâce à des niveaux de confiance qui n’avaient plus été aussi élevés depuis dix ans. Il s’agit probablement des effets positifs du vent de réforme qui souffle actuellement sur le pays, sous l’impulsion du gouvernement Philippe. Même si la plupart de ces mesures ne produiront pas leurs effets avant plusieurs mois, les attentes peuvent désormais reposer sur des bases plus solides. Nous pensons que les réformes vont se poursuivre cette année, ce qui devrait permettre au PIB d’enregistrer une croissance de 2,0 %. Au vu de la popularité du Premier ministre et de la fragilité de l’opposition, il semble que la voie pour de nouvelles réformes n’a plus été aussi dégagée depuis 2007. Une opportunité que le président Macron a certainement l’intention de saisir.

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